La politique répressive face à la traite des être humains vient de prendre un tournant radical en Éthiopie avec, pour la première fois, la condamnation de cinq passeurs à la peine de morts, nous informe Caliber. « Ils ont été reconnus coupables d’avoir facilité la migration illégale le long de la “route orientale”, le dangereux chemin emprunté par des milliers de migrants qui quittent la Corne de l’Afrique pour traverser la mer Rouge et le Yémen, dans l’espoir de trouver un emploi dans les pays du Golfe. Cette route est largement considérée comme l’une des voies migratoires les plus dangereuses du monde en raison des risques d’exploitation, d’abus et de mort en mer […] » [1].
Cette condamnation extrêmement sévère, mais difficilement applicable, vise à effrayer les personnes qui exercent cette activité, mais aussi répondre aux engagements pris par l’Éthiopie de lutter plus efficacement contre l’émigration clandestine de ses habitants vers l’Arabie saoudite et surtout les pays européens. On peut supposer que la fermeté annoncée par le gouvernement Abiy contre ces réseaux n’est pas sans lien avec la visite récente de Georgia Melonie première ministre italienne, à Addis Abeba la semaine dernière pour le sommet des Nations unies sur la sécurité alimentaire.
Cette visite fait suite à la réunion à Rome le 20 juin dernier de « plusieurs dirigeants africains et responsables européens [afin de] donner un second souffle au “plan Mattei pour l’Afrique”, du nom d’Enrico Mattei, fondateur du groupe pétrolier Eni […], lancé officiellement en 2024 […]. Objectif affiché : s’attaquer aux causes profondes de l’émigration clandestine en soutenant les économies africaines, tout en réaffirmant l’influence italienne – et européenne – sur un continent où la Chine, la Russie et la Turquie creusent leur sillon » [2].
Alors que les devises transférés par sa diaspora représentent plusieurs milliards de dollars, le gouvernement éthiopien peut-il réellement se passer de cette manne qui ne cesse de croitre… Il faudra voir dans la durée comment le gouvernement éthiopien mettra en œuvre ses engagements contre l’émigration de ses citoyens.
Selon Fistum Arega, directeur général du service éthiopien de la diaspora, « les trois milliards de dollars […] reçus de la diaspora au cours des huit derniers mois » participent au développement du pays en accroissant l’investissement. Il se félicite également que les « visites de la diaspora pendant les fêtes comme Noël et l’Épiphanie » permettent de renforcer « les échanges commerciaux, les investissements et la collaboration » [3].
Mahdi A.
[1] Vafa Guliyeva, « Ethiopia sentences five to death in human trafficking case », Caliber, 6 août 2025.
[2] « 5,5 milliards pour l’Afrique : le pari risqué de Meloni contre l’immigration », Le Point, 20 juin 2025
[3] « La diaspora éthiopienne stimule la croissance nationale grâce à des investissements et un engagement accrus », ENA, 3 avril 2025.