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Un remake des scénarios irakien et libyen se déroule au Yémen
par Mahdi A., juin 2015 (Human Village 23).
 

Les négociations de paix sous les auspices des Nations-unies entre les différents belligérants yéménites ont échoué hier, vendredi 19 juin. Elles avaient débuté mardi 16 juin 2015 à Genève. Les deux parties se sont séparées sans accord sur un compromis. Le contraire aurait été surprenant puisque le gouvernement yéménite en exil, réfugié à Ryad, était clairement opposé au dialogue avec les Houtis. Il s’était rendu à Genève sous la pression onusienne.
Ces négociations étaient tellement mal engagées que la délégation Houtis, se rendant en Suisse à bord d’un jet des Nations-unies, a été bloquée à l’aéroport international de Djibouti après ce qui aurait du être une courte escale technique faute d’avoir obtenu l’autorisation de survol des espaces aériens du Soudan et de l’Egypte, tous deux membres de la coalition arabe conduite par les Saoudiens. Les délégués Houtis n’ont pu reprendre leur plan de vol que 24 heures plus tard. Il aura fallu, tout le talent et la persuasion de la diplomatie américaine et du sultanat d’Oman, pour convaincre les Saoudiens, derrière cette manœuvre grossière, de lever le pied et de permettre aux délégués de rejoindre la capitale suisse.
De ces négociations, les Saoudiens n’en voulaient pas, puisque près de trois mois d’une campagne militaire aérienne contre les forces Houties, qui se sont emparées de plus de la moitié du pays, n’ont pas donné de résultat tangible : les forces Houties n’ont pas bougé de leurs positions… La coalition arabe ne pouvait se résoudre à négocier sans avoir réussi à gagner un pouce de territoire contre les Houtis. Des bilans font état de près de 3000 morts et plus de 6000 blessés victimes de ces bombardements incessants.
Pourtant la population yéménite attendait beaucoup de ces négociations. Les habitants sont les grands perdants de ce refus de dialoguer directement. Le scénario va se poursuivre, les bombardements vont redoubler, les civils ne seront toujours pas épargnés. D’ailleurs cette population civile, rien ne lui aura été épargné, sans répit, sans accès à l’eau, à l’électricité, à la nourriture en quantité suffisante, et une pénurie de médicaments…
Faut-il attendre que le Yémen soit totalement détruit pour que la communauté internationale ait le courage d’exiger des Saoudiens qu’ils changent de stratégie et acceptent enfin de dialoguer avec les Houtis…

Quelles sont les conséquences de cet échec des négociations de paix de Genève ?
Les Saoudiens vont devoir envisager sérieusement un changement substantiel de leur stratégie. Elle s’articulait essentiellement autour des frappes aériennes et la fournitures d’armes aux tribus sunnites locales. Mais il faut se rendre à l’évidence ces dernières ne sont pas en mesure d’affronter les Houtis. Elles ne sont pas formées, ne savent pas utiliser les armes sophistiquées dont elles disposent. La ligne adoptée par les saoudiens est un échec. Le risque d’escalade est réel, puisque dans les jours qui viennent le déclenchement d’une opération militaire terrestre d’envergure n’est plus à écarter. Cette option, mise en sourdine après le refus courageux du Parlement pakistanais qui a mis un veto à l’envoi de troupes en Arabie Saoudite « pour servir de chair à canon » et ce contre l’avis de son propre gouvernement, risque de revenir sur la table.
Cette nouvelle stratégie nécessiterait l’envoi de troupes nombreuses. L’Arabie saoudite ne s’engagera pas seule dans cette opération au sol, même si elle dispose de 150 000 hommes positionnés à sa frontière avec le Yémen. Elle sollicitera l’appui et le renforcement de l’engagement militaire des pays membres de la coalition.

Cette opération « Restore Hope » risque de terminer de la même manière que celle américaine du même nom, en Somalie…
L’Arabie saoudite devrait réfléchir à deux fois avant de s’engager dans cette voie hasardeuse. Sur le sol yéménite la coalition aura à faire. Elle devra affronter non seulement les Houtis, et leurs alliés, mais également l’État islamique, Al-Quaeda (Aqpa) et… la population yéménite. Cette dernière voue dorénavant une haine farouche aux Saoudiens. Ils ont détruit leur vie, leurs habitations, leurs familles. On peut se tromper mais si les Saoudiens – alliés au gouvernement yéménite en exil qui a fait le choix de déclarer la guerre à son propre peuple et que pourtant la communauté internationale veut réinstaller au pouvoir – s’entêtaient à pénétrer le territoire yéménite avec des troupes au sol, ils créeraient sans aucun doute un risque d’embrassement du conflit. Il faut bien garder à l’esprit que personne n’a la même volonté de mourir pour sa cause que les combattants Houtis.
Aussi il faut mettre fin aux erreurs de calcul des pays soutenant les frappes aériennes, et de ceux qui pourraient être tentés par les importants arguments financiers de la diplomatie saoudienne, pour engager des troupes à leur côté pour bouter les Houtis et leurs alliés des territoires conquis depuis un an et rétablir le gouvernement légitime en exil du Yémen. L’hameçon, sonnant et trébuchant, au bout de la canne à pêche tendu par les Saoudiens aux pays de la coalition arabe a déjà eu raison des Sénégalais : ils vont envoyer 2100 hommes pour épauler les Saoudiens dans cette opération au sol.
Les Égyptiens vont probablement y mordre également à pleine dent. D’ailleurs on ne voit pas comment le président Abdel Fattah Al-Sissi pourrait se défiler, alors que l’économie égyptienne est sous perfusion saoudienne. Elle y a déversé des dizaines de milliards de dollars pour renflouer les caisses de l’État. Si ce n’était pas suffisant, l’Arabie saoudite pourrait rappeler que la première échéance de la facture de 5,2 milliards d’euros pour des armements français acquis par l’Egypte en février de cette année ( 24 avions Rafales, une frégate multimissions et des missiles air-air Mica et de croisière Scalp), soit un acompte de 500 millions d’euros, a été acquittée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Ils seraient certainement heureux de régler le solde si l’Égypte s’engageait plus fermement dans un conflit terrestre.

Mettre sur pied un large gouvernement d’union nationale
Concrètement, les campagnes aériennes contre des objectifs civils et militaires vont s’intensifier dans un premier temps ; le temps de planifier et de mobiliser des troupes pour une seconde phase, l’opération au sol. Les Saoudiens veulent faire plier les Houtis par la force, c’est la raison pour laquelle la communauté internationale doit se mobiliser pour trouver un moyen de sauver le peuple yéménite de la croisade religieuse que mènent les Saoudiens. Ce qui se passe au Yémen est un scandale, où on bombarde des populations civiles pour les protéger d’un coup d’État…
La communauté internationale devra œuvrer contre les Saoudiens et encourager une inclusion politique plus importante des populations chiites, en mettant de côté les politiques confessionnelles destructrices. Il ne faut plus perdre de temps, il est urgent de réfléchir à une transition politique la plus large et la plus crédible possible. Personne n’a à gagner d’un pourrissement de la situation. Enfin, il ne fait de doute pour personne – hormis peut être les Saoudiens – que le gouvernement en exil du président Mansour Hadi n’est plus légitime pour représenter et parler au nom du peuple yéménite. Il a apporté la caution morale qui a permis l’intervention militaire de la coalition arabe au Yémen.
Les Saoudiens devraient garder à l’esprit que ceux qui apportent la désolation aujourd’hui, seront ceux qui paieront pour la reconstruction du Yémen demain…

Mahdi A.

 
Commentaires
Un remake des scénarios irakien et libyen se déroule au Yémen
Le 22 juin 2015, par Mohamed.

Mahdi, la situation politique et sécuritaire au Yémen parait mal engagée. On dirait bien, que le Royaume Saoudien mène une guerre par procuration contre l’Iran, son grand ennemi chiite. Les houtis ne sont qu’un paravent pour affronter le grand ennemi iranien à distance. A partir de là, difficile d’envisager un quelconque retour à la normale par la voie du dialogue ou de la négociation. Tant que l’Iran n’aura pas réagit ou que l’Arabie Saoudite n’ait pas réussi son tour de force, on voit mal une issue pacifique et négociée à cette crise. Humble avis.

 
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