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Cultiver des spirulines pour éviter une catastrophe écologique à Ali Sabieh
 

La situation de l’usine de traitement des eaux d’Ali Sabieh (ONEAD) est particulièrement inquiétante. L’eau brute provient de principe de deux forages même si actuellement un seul, situé à un kilomètre de l’usine, est utilisé. Acheminée sous pression, l’eau est traitée par osmose inverse. L’eau osmosée mélangée avec une quantité assez constante d’eau non traitée constitue l’eau du réseau de distribution de la ville d’Ali Sabieh. Comme dans tout système d’osmose inverse, il y a production d’eau de rejet (ou de refus) qui a un contenu en sel considérablement plus élevé que celui de l’eau de puisage puisque l’eau de rejet exporte tous les sels qui ont été « retirés » lors du traitement.
Consciente de ce problème, la direction de I’ONEAD a fait installer deux bassins dans lesquels l’eau de rejet est envoyée ; dans le premier bassin, aucune végétation ne s’est développée car la salinité est très élevée et certains ions ont des niveaux de phytotoxicité intolérables même pour les plantes halophytes les plus résistantes. On constate cependant, sur les cailloux disposés au long des parois de ce bassin et dans une moindre mesure dans ceux au fond de l’eau, la formation de cristaux, marque d’une certaine « épuration de l’eau ». L’eau excédentaire quitte ce bassin et se déverse dans un second bassin dans lequel s’est installée une végétation de plantes thallophytes. Les apports d’eau étant considérables, l’excédent s’écoule de ce dernier bassin vers le lit d’un oued dans lequel elle s’infiltre en provoquant une salinisation extrême des rives de l’oued et la mort des végétaux avoisinants. Ce phénomène est en expansion constante !

Lorsque I’ONEAD a mis en place les bassins de récupération des eaux de rejet, il avait été estimé que l’évaporation serait suffisante pour que l’usine ne rejette rien dans la nature et que les sels cristallisés au fond des bassins soient récupérables mécaniquement !
Lors de notre dernier séjour à Djibouti, nous avons prélevé des échantillons d’eau à l’entrée dans l’usine (eau de puisage), au niveau du premier bassin et au niveau de l’oued. Des tests empiriques réalisés immédiatement ont montré que l’ensemencement avec des spirulines (Arthrospira platensis Paracas) permettait une croissance importante dans l’eau de puisage et dans l’eau de rejet prélevée au niveau de l’oued. Le développement des spirulines dans l’eau de rejet prélevé dans l’oued était aussi important que celui obtenu avec le milieu de Zarrouk (milieu de référence). Dans tous les échantillons permettant une croissance des spirulines, nous avons constate une augmentation importante du pH et dans l’échantillon prélevé dans l’oued, nous avons également constaté une précipitation importante de carbonates.
Des essais complémentaires menés à Djibouti par un agronome de l’Agence de développement rural, Mlle Sophie Ghesquier, ont donné des résultats semblables.

L’analyse chimique a donné les résultats suivants :
- les valeurs de pH sont légèrement plus importantes dans les eaux de rejet que dans l’eau de puisage ; elles sont faibles pour une culture de spirulines mais nous avons dit précédemment que les spirulines provoquaient un relèvement de plus de deux unités ;
- les valeurs de conductivité sont plus importantes dans les eaux de rejet mais ne posent aucun problème pour la culture de spirulines ;
- les analyses ioniques (exprimées en meg/l) mettent en évidence un enrichissement considérable des eaux de rejets en calcium (15.2 ; 60.6 ; 44,7), en magnésium (18.7 ; 72.7 ; 66.4), en sodium (37.9 ; 148.3 ; 154.3), en sulfates (26.6 ; 105.8 ; 96.8), en chlore (40.5 ; 156.7 ; 163) et en carbonates (4.89 ; 18.9 ; 4.84). Il convient de préciser que la mesure de la teneur en carbonates a été réalisée à pH 4.3. Aucun des ions présents ne se trouvent en quantité susceptibles d’entraver la croissance des spirulines ; l’adjonction de certains ions notamment de sources d’azote sera même nécessaire.

La recherche des métaux lourds demandée dans les eaux de rejet est particulièrement importante puisque le dépassement des valeurs limites rendrait les spirulines impropres à la consommation humaine. Les résultats présentés dans le tableau ci-après montrent que la teneur en nickel (valeur limite : 10 ug/l) est trop élevée dans l’eau de rejet du premier bassin (50.1 ug/l) mais que l’eau de rejet prélevée dans l’oued a des contenus en métaux lourds inférieurs aux valeurs internationales admises.

Compte tenu des analyses biologiques et chimiques réalisées, nous conseillons d’installer des bassins de cultures de spirulines et de les alimenter avec l’eau de rejet ayant préalablement décanté dans les deux bassins existants. La réalisation de ces bassins permettra non seulement de produire des spirulines utilisables pour l’alimentation humaine en milieu hospitalier et de manière préventive, mais aussi d’extraire une quantité importante des sels présents dans les eaux de rejets. Il est évident qu’avant que de réaliser la construction de bassins de plusieurs centaines de m2, des essais pilotes devront être réalisés en conditions réelles sur site !
L’eau ayant franchi les bassins de décantation puis de culture des spirulines pourra être utilisée ensuite pour la production de fourrages tels que Atriplex nummularia, semibaccata ou farinosa.

Dr Charles Moncousin

 
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