Human Village - information autrement
 
En aparté avec… Orji Uzor Kalu
par Mahdi A., janvier 2023 (Human Village 47).
 

Nous avons rencontré le Chief Whip [1] du Sénat nigérian, le docteur Orji Uzor Kalu, qui conduisait une délégation de parlementaires de son pays lors de la 78e session du Comité exécutif et la 44e conférence de l’Union parlementaire africaine (UPA) qui se déroulaient à Victoria Falls, au Zimbabwe.
M. Kalu, ancien gouverneur de l’État d’Abia, est aussi une des plus grandes fortunes du Nigeria et envisage d’investir à Djibouti. Il a accepté un entretien avec Human Village pour évoquer les grands enjeux de notre continent pour ces prochaines années : migration, développement durable, marché commun africain, terrorisme et extrémisme violent…

La conférence de Victoria Falls, présidée par Mohamed Ali Houmed, s’est déroulée du 5 au 10 novembre. Elle portait sur deux principaux thèmes : la contribution du Parlement à la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent et les moyens d’atténuer les effets de ce fléau avec une bonne gouvernance démocratique.

Quel bilan tirez-vous des trois années de la présidence de Mohamed Ali Houmed à la tête de l’Union Parlementaire Africaine (UPA) ?
Mohamed Ali à la tête de l’UPA a su montrer qu’il avait le potentiel d’un véritable leader africain. Il est respecté par toute la délégation nigériane. Sa gestion des débats parlementaires et ses efforts pour ramener les 16 parlements des pays de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) [2] dans le giron de l’UPA ont été très appréciés. Il faut reconnaitre qu’user de son influence pour encourager activement la candidature de la présidente du Sénat du Zimbabwe, Mme Mabel Chinomona, et mener campagne à ses côtés pour que ce pays, membre de la SADC, puisse lui succéder à la tête de l’institution parlementaire continentale est un coup de maître, qui doit être salué, pour ce qu’il est : un geste en faveur des pays anglophones appartenant à la région SADC, et dont tous les membres, à l’exception du Zimbabwe, avaient quitté l’Union parlementaire en raison d’un différend qui avait opposé, il y a plus d’une décennie, pays francophones et pays anglophones. C’est ce geste politique fort et cette volonté politique de rapprocher les deux blocs que je veux saluer et garder en mémoire comme l’un des faits marquants de la présidence de Mohamed Ali Houmed à l’UPA. Il peut être fier de son mandat de trois années à la tête de l’UPA. Auparavant, je n’aurais pas pu imaginer qu’il aurait été possible de réconcilier les pays de la SADC avec notre organisation parlementaire continentale, mais son attitude, son talent pour trouver des solutions pour rapprocher des positions opposées aura su faire la différence. Rendez-vous compte qu’on est en bonne voie pour réconcilier toute la famille parlementaire africaine. Il nous a convaincu que c’était possible, et désigner à l’unanimité le Zimbabwe pour prendre la relève valide sa politique de conciliation. Je considère qu’il est d’une grande bonté et d’une grande humanité.

La présidente du Sénat et le président de l’Assemblée nationale du Zimbabwe autour de Mohamed Ali

Quelles sont les raisons qui vous incitent à vouloir investir à Djibouti ?
Je vois beaucoup de bonnes opportunités dans l’économie djiboutienne. C’est une économie en mouvement, en expansion constante depuis plus d’une dizaine d’années. Dotée par ailleurs d’un potentiel touristique exceptionnel mais qui me parait sous-exploité. Je suis convaincu que votre pays peut devenir une destination touristique à fort potentiel si le gouvernement poursuit dans la lancé de ses ambitions pour ce secteur en maintenant sa politique d’ouverture favorables aux investissements étrangers.

Quels sont concrètement les investissements que vous projetez à Djibouti ?
Ils sont nombreux : l’hôtellerie, les centres-commerciaux, la logistique, la finance, l’assurance, les médias de presse écrite, télévisuels, voire radiophoniques… Il y a tellement d’opportunités ici. Bref tout ce qui pourrait générer de la création de richesses.

Lors de votre dernière visite à Djibouti vous avez rencontré le président de la République en audience privée. Cette rencontre a-t-elle été déterminante dans votre volonté affichée d’investir dans l’Est de l’Afrique ?
Oui, indéniablement, le président Ismail Omar Guelleh m’a conforté dans ma décision d’investir dans l’autre versant du continent, puisque je suis Nigérian… J’ai des investissements dans neuf pays en Afrique. Djibouti sera, inchallah, le dixième dans lequel j’envisage très sérieusement de me positionner commercialement. Je tiens d’ailleurs à remercier le président de l’Assemblée nationale, Mohamed Ali Houmed, qui a su susciter chez moi le désir d’y faire des affaires, mais aussi d’avoir facilité l’audience avec le président de la République.
Après cet échange, les choses sont allées très vite, et je tiens à l’en remercier. Le ministre du Budget a rapidement fait des propositions foncières pour que je puisse développer mes premiers investissements qui concernent l’hôtellerie et un grand centre commercial. Donc, oui, je suis impressionné par la diligence avec laquelle mon projet d’investissement a été pris en compte et très touché par l’efficacité de votre Guichet unique pour renseigner et accompagner les investisseurs étrangers. Je me sens chez moi ici, après juste trois séjours sur place. C’est plutôt rare ailleurs sur le continent d’avoir autant de facilité dans les démarches à entreprendre et de réponses diligentes aux nombreux questionnements et attentes. Je suis vraiment ravi d’avoir un deuxième chez moi à Djibouti.

Vos ambitions d’affaires ne se limitent pas à Djibouti, elles s’étendent sur de nombreux pays du continent ?
Oui, sur le continent, j’ai des affaires dans plusieurs pays, notamment dans les secteurs de la banque et de l’assurance.

Notamment au Togo, au Bénin, en Afrique du Sud ?
Effectivement dans ces trois pays entre autres. J’espère encore renforcer ce secteur dans de nombreux autres pays, dont Djibouti, la Somalie ou encore l’Éthiopie.

Où envisagez-vous de construire votre hôtel ?
En bordure de mer. Je tiens à remercier votre chef de l’État qui a émis des instructions dans ce sens. C’est allée très vite. Quelques semaines après mon départ, le ministre du budget avait pris attache avec moi avec des propositions d’emplacement. Je serai à Djibouti courant mars ou avril 2023 pour finaliser le projet et lancer les études.

Que pensez-vous de la présence d’autant de forces militaires étrangères à Djibouti ?
C’est une bonne chose pour l’économie, cela fournit une protection, c’est une des raisons qui m’encourage à venir à Djibouti pour y développer des affaires. Je pense vraiment qu’à Djibouti les investissements sont positifs, sécurisés, et que l’environnement politique est stable. Oui, il y a en effet une stabilité réelle qui est rassurante pour les investisseurs.

Que pensez-vous des problèmes sécuritaires dans les pays du Sahel, qui gangrènent au-delà comme au Togo, en Côte d’Ivoire, ou encore au Mozambique ?
C’est un danger qui concerne toute l’Afrique. La solution à ce défi ne peut être trouvé par un seul homme ou une seule femme, pas un dirigeant seul. C’est un problème qui nécessite une plus grande coordination entre les pays du continent. L’Afrique toute entière doit y faire face et combattre ce fléau de manière unie. Même si, pour certains faits je n’exclus pas que ce terrorisme a pu être manigancé, appuyé, encouragé, par certains pays occidentaux pour déstabiliser le continent et s’accaparer de nos ressources minières entre autres.

Cette thématique du terrorisme était au cœur des débats de la conférence parlementaire de l’UPA, à Vicoria Falls au Zimbabwe en novembre dernier. Quelles solutions ont été préconisées par les élus continentaux pour résoudre cette problématique ?
Il n’y a que deux solutions à ce problème : la première est militaire, la seconde est politique notamment en dialoguant, en sensibilisant les populations touchées par ces difficultés de façons à ce que leurs enfants comprennent les conséquences des actes perpétrés, et leurs implications sociales, économiques, et politiques. Beaucoup de parents ne peuvent plus inscrire leurs enfants à l’école notamment pour cette raison. Ce qui expliquent en partie pourquoi de nombreux enfants ne sont pas scolarisés en Afrique.
Beaucoup d’Africains ne sont pas instruits, l’instruction n’est pas suffisamment valorisée. Certains parents ont aussi abandonné leurs responsabilités, ne s’occupent pas suffisamment de leurs progénitures. Les enfants ne bénéficient malheureusement pas suffisamment de l’attention parentale ; c’est à la société d’y parer avec une présence des institutions de l’État plus fortes notamment dans les région reculées ou les besoins sont les plus criants et où la jeunesse souffre de ce manque flagrant d’investissement de leurs parents.
Toutefois il est aussi important de souligner que la plupart des parents sont occupés à gagner le pain familial pour subvenir aux besoins des leurs par leurs emplois respectifs.
La responsabilité de nos dirigeants est aussi grande. Sans doute n’ont-ils pas suffisamment investi dans les priorités de la jeunesse, pas suffisamment conscientisés sur les difficultés des populations reculées, alors que leur bien-être devraient être la préoccupation première de nos dirigeants. Lorsqu’ils en feront une priorité, que l’Afrique n’exclura aucun de ses enfants, cette Afrique pleinement inclusive prendra véritablement son envol.

Comment agissez-vous au Nigeria pour résoudre le défi sécuritaire que pose le mouvement Boko Haram ?
On combat sans relâche, en mobilisant nos forces armées, en sensibilisant notre population sur ce problème : on est en train de tout faire pour combattre Boko Haram. Il faut reconnaitre au gouvernement nigérian actuel d’avoir su agir efficacement pour faire reculer l’influence et la capacité de nuisance de ces terroristes. C’est un grand défi pour le Nigeria. Des nombreux moyens sont consacrés pour le combattre. Nous nous organisons avec les pays de la sous-région pour y arriver. Malheureusement, nous sommes contraints pour relever ce défi sécuritaire d’orienter des ressources financières initialement dévolues à des priorités de développement, comme des centres de santé, des écoles, la construction de routes, à des dépenses bien différentes pour combattre ces terroristes. Déjà, en s’approvisionnant en munitions et armes auprès de pays occidentaux. Il faut intensifier la lutte contre le terrorisme.
Les ressources engagées dans ce combat servent à garantir la sécurité de nos concitoyens. Pour garantir les investissements dans les infrastructures et le bien-être de nos populations, il faut d’abord éradiquer ce fléau. La culture du pardon et de la réconciliation doit aussi être encouragée par une mobilisation parlementaire pour que nos États prennent des initiatives promouvant la culture de la paix et du dialogue, notamment en soutenant des processus de concertation et de médiations locaux, incluant les autorités traditionnelles, religieuse et les associations communautaires.

Comment les parlementaires peuvent-ils agir dans la lutte contre le terrorisme pour appuyer le gouvernement dans son action et soulager les populations impactées par les affres de ces affrontements ?
Les parlementaires ont un rôle clé à jouer. D’abord continuer à soutenir le pouvoir exécutif dans ses objectifs pour éradiquer ces terroristes, notamment en votant des textes de loi qui renforcent les moyens de lutte contre ces mouvements armés. Ils doivent aussi autoriser les provisions budgétaires pour financer cette lutte. C’est le principal pouvoir à la disposition des parlements, voter le budget de l’État, en sus du contrôle de l’action gouvernementale. Il faut qu’ils s’en saisissent pour relever le défi du terrorisme notamment en adoptant les instruments juridiques appuyant le retour de la paix. En incitant nos gouvernements respectifs à prendre des mesures de facilitation et d’assistance aux populations victimes du terrorisme et déplacées internes ainsi que les réfugiés afin d’accroitre leur résilience, notamment en mettant en place un Fonds spécial de soutien en leur faveur pour les dédommager, les aider à se relever en permettant la reprise de leurs activités économiques, sociales et de l’éducation de leurs enfants. Il faut aussi savoir tendre la main aux auteurs de forfaitures en adoptant des mécanismes pour appuyer la réintégration des personnes qui acceptent de déposer les armes en leur accordant l’amnistie et en leur assurant les perspectives d’une vie meilleure, notamment par la création de comités de désarmement, de démobilisation et de réinsertion.
L’adoption d’une approche économique et sociale est aussi indispensable pour lutter contre les inégalités, la pauvreté et la précarité sociale, à travers une initiative pour le développement humain permettant de prévenir la radicalisation latente parmi les populations défavorisées ou marginalisées. Cela passe par l’amélioration des infrastructures routières, sanitaires éducatives, l’accès des populations aux services de bases, et en particulier en proposant des plans de soutien à l’activité économique et à l’entreprenariat des jeunes et des femmes.

Soutenez-vous la Zone de libre échange continentale africaine (ZLECAF) ?
Oui totalement ! La ZLECAF va aider à démultiplier les échanges et les commerces entre les pays du continent. Rendez-vous compte on pourra partout commercer sans barrière ni entraves. C’est une très bonne chose pour l’Afrique, pour que l’Afrique puisse se développer.
Le marché intra-africain est très faible. Les pays du continent n’échangent pas ou peu entre eux, c’est une aberration économique qu’il faut corriger. Il faut investir dans les infrastructures pour relier efficacement les pays entre eux. Il faut développer davantage les liaisons aériennes aussi. D’ailleurs plusieurs compagnies extérieures au continent envisagent de venir s’y installer. J’encourage les compagnies africaines à s’engager plus activement, à l’exemple de compagnies sud-africaines, kenyanes ou encore, Iran Airways qui prévoit de s’implanter bientôt en force sur le continent. Cela va aider à l’expansion du commerce, du marché du fret, etc.

Quels sont vos espoirs pour l’avenir de l’Afrique ?
L’Afrique est sous les meilleurs auspices. Rendez-vous compte que les principaux minerais comme pétrole, gaz naturel, diamant, or, uranium, cobalt, platine, cuivre, tantale, utilisés dans la fabrication de produits de notre quotidien sont extraits de notre sous-sol africain. Les plus importantes ressources de cobalt, utilisé dans la fabrication des téléphones et ordinateurs portables se trouvent au Rwanda et en République Démocratique du Congo (RDC). La RDC fournie, à elle seule, plus de la moitié des besoins mondiaux en minerai de cobalt. En ce qui concerne l’or et le diamant, certains pays africains font parties des plus grands acteurs du secteur.
Le Botswana, l’Afrique du Sud et la RDC sont parmi les plus grands producteurs de diamant au monde avec la Russie et le Canada. Pour l’or, c’est l’Afrique du Sud, le Soudan, le Mali, et le Ghana. Utilisé comme combustible dans les centrales nucléaires, l’uranium est l’un des autres atouts de notre continent. Compte tenue des capacités de production, le Niger et la Namibie se placent respectivement en 4 ème et 5 ème position des producteurs d’uranium dans le monde après le Kazakstan, le Canada et l’Australie. Par ailleurs, le rhodium et le platine, deux minerais qui interviennent dans la composition des filtres utilisés pour les pots d’échappements de nos véhicules, proviennent majoritairement d’Afrique du Sud. Dans un avenir proche, la Mozambique, le Kenya, l’Ouganda et l’Ethiopie figureront parmi les acteurs importants du secteur énergétique.
Au Mozambique, lors de ces dix dernières années, d’importantes réserves de gaz naturel et de charbon ont été découvertes. Ce pays devrait, à l’horizon 2025, compter parmi les plus grands exportateurs de gaz liquéfié. Quand à mon pays, le Nigeria ou l’Angola, ces deux pays arrivent en tête des producteurs de pétrole du continent africain, respectivement 13 ème et 14 ème plus grands producteurs mondiaux. Pour ce qui est du gaz naturel, ce sont l’Algérie, l’Egypte et le Nigéria qui se placent en tête du tableau. Notre terre est bénie, n’en doutons jamais, d’ailleurs, il n’y a qu’à voir l’appétit des grands groupes internationaux pour nos ressources naturelles - malgré la présence d’importantes réserves de pétrole et de gaz naturel, nous ne sont pas encore en mesure de les extraire par nous mêmes notamment pour le gaz et le pétrole, il faut donc composer, rechercher des partenariats équilibrés. Il nous appartient de privilégier, dès que, c’est envisageable, des accords commerciaux gagnant-gagnant, en privilégiant, la transformation, ici, sur le continent.

Quel est le problème actuel le plus criant en Afrique qui empêche son développement et le bien-être de sa population ?
Pour être tout à fait honnête, je dois dire que pour la plupart ce sont ses chefs.

Nous avons interviewé votre compatriote, le président de la Banque africaine du développement, Akinwumi Adesina, qui indiquait comme priorité de mieux appuyer le financement contre le changement climatique. Pensez-vous que l’impact de ce changement climatique en cours soit déjà perceptible sur notre continent ?
Bien évidemment qu’il impacte nos territoires. Les famines, la sécheresse qui rend nos terres incultivables, nos récoltes qui s’amenuisent année après année, le bétail qui meurt de soif, les éboulements et autres catastrophes naturelles qui épuisent nos ressources financière et coûtent énormément en vies humaines.
Oui le changement climatique est réel, partout dans le monde, et plus encore sur notre continent où il est prégnant avec des sècheresses de plus en plus aiguës.
La seule manière de gérer les dégâts climatologiques est une mobilisation de tous les dirigeants du continent. Ils doivent réaliser que le changement climatique est réel, pas une simple lubie des pays occidentaux. Une fois que l’on réalise que quelque chose est réel, on peut commencer à la gérer et à rechercher des solutions pour y faire face ensemble. Il faudra se retrousser les manches et faire ce qui doit être entrepris pour soulager la planète de ce que l’homme lui fait subir, et qui est à l’origine des dégâts environnementaux.

Que pensez-vous des jeunes Africains qui veulent aller en Europe ou ailleurs dans le monde, n’hésitant pas à se jeter à la mer et à mettre leur vie en danger pour y parvenir ?
Je n’encourage pas cela. Ces jeunes ignorent que le continent africain est béni, qu’il est plus profitable de rester en Afrique et y fonder sa famille que d’aller en Europe où leur présence n’est, semble-t-il, pas souhaité par les habitants de ces pays. Je les décourage évidemment de s’engager dans ce périple. S’il s’agit d’y trouver un emploi, je suis convaincu que vous pouvez vous rendre où vous voulez sur le continent et avoir accès à davantage d’opportunités d’emploi ici qu’en Europe. Les Africains doivent rester sur le continent. Il est temps de s’occuper de cette jeunesse et de lui offrir des perspectives, des carrières professionnels prometteuses, notamment en mettant en place des dispositifs d’aides et de soutien pour accompagner efficacement des projets d’affaires portés par cette jeunesse africaine entreprenante, dynamique et innovante.

Pensez-vous que cinq ou dix ans suffiront pour inverser la donne et redonner confiance dans l’avenir dans le potentiel du continent ?
Oui certainement, mais pour ce faire, ce qui est primordial pour la stabilité de nos pays et l’essor de nos économies, c’est de permettre l’accès à une électricité en quantité suffisante et peu chère. L’Afrique a les moyens d’accéder à une énergie peu chère. Elle dispose sur le continent de toutes les ressources pour y parvenir et y développer toute l’énergie dont elle a besoin pour sa croissance et son développement industriel : l’hydroélectricité, le solaire, l’éolien, le gaz, l’hydrogène, etc. Avec ces énergies renouvelables, on produira localement pour répondre aux besoins manufacturés de nos populations.

Pour vous, le coût de l’énergie est le principal frein au développement de l’Afrique ?
Oui, son coût actuel est bien trop élevé. On doit développer nos propres ressources énergétiques et ne plus dépendre des États-Unis, de l’Europe, où encore de la péninsule arabique. On doit développer nos propres ressources énergétiques, technologiques, en nous assurant que tous les pays africains puissent en bénéficier aux meilleures conditions.

Et qu’en est-il des infrastructures ?
C’est primordial pour le développement qui doit commencer quelque part. Mais je reste convaincu que le plus important pour l’Afrique, c’est avant tout l’énergie : il ne faut pas chercher à mettre la charrue avant les bœufs. Une fois que vous avez l’énergie, les infrastructures sont faciles à développer.

Avez-vous un dernier message à l’adresse de la jeunesse africaine ?
Je l’ai déjà dit : la jeunesse africaine doit croire en l’Afrique, rester en Afrique, travailler en Afrique, car l’avenir prometteur est ici. Les pays africains sont des nids de miracles économiques futurs. Vous n’ignorez pas que l’humanité est née en Afrique, puis elle est allée en Europe, aux Amériques, et même en Asie. Maintenant une seconde phase débute celle du retour sur le continent où tout à commencer, il faut s’y préparer car notre continent va éclore, va briller de mille feux, les opportunités sont là il n’y a qu’à presque se baisser pour les saisir. Les jeunes devraient arrêter de mettre en jeu leur vie en traversant la Méditerranée. Ils doivent contribuer en apportant leur pierre aux fondations pour ériger une Afrique meilleure demain, et cela commence aujourd’hui. Les jeunes ont été déçus, ils disent qu’ils n’ont pas d’avenir ici, mais ils ont tort, ils peuvent en être, l’avenir leur appartient, s’ils se décident à assumer leurs responsabilités.
J’ai commencé dans ma vie professionnelle en bas de l’échelle, pour gravir les marches du succès un par un, il faut y croire et se donner les moyens de parvenir à ses objectifs.

Quand vous étiez plus jeune, vous n’aviez jamais pensé quitter le continent pour réussir ailleurs ?
Non, jamais. Ma jeunesse était différente, il n’était pas question de quitter l’Afrique, car on voyait le grand potentiel de notre continent et je continue à le voir.
En partant de rien au Nigeria, aujourd’hui, j’emploie 4200 journalistes dans ma branche media dénommée The Sun Publishing Ltd, propriétaire de plusieurs journaux aussi bien de presse écrite et radiophonique, que télévisuelle.

La presse rapporte de l’argent au Nigeria ?
Oui, bien sûr. C’est une bonne source de profits. Sinon comment pourrais-je rémunérer mes employés si je ne réalisais pas de revenus.

Vous êtes dans quels autres secteurs d’activités au Nigeria ?
Je suis dans l’embouteillage d’eau, dans l’agroalimentaire, le transport aérien, ainsi que d’autres secteurs.

Dans le secteur bancaire, la finance, l’assurance aussi ?
Oui, et dans différents autres secteurs, tous les secteurs générateurs de profits. Cela va de la transformation de la tomate, les jus de fruits, l’huile de palme. Mon groupe Slok Nigeria Limited génère un chiffre d’affaires de quatre milliards de dollars, toutes entreprises confondues.

Et le dixième pays sera Djibouti ?
Le prochain pays, mon prochain nid sera Djibouti.
Je prévois de revoir le président de la République, Ismaïl Omar Guelleh encore une fois. Lors de notre rencontre il m’avait offert un excellent thé que j’avais fort apprécié. J’aimerais bien le revoir encore une fois et avoir l’honneur de son hospitalité. Oui, je me sens déjà chez moi à Djibouti. Lors de la visite du président Mohamed Ali Houmed à Abuja je lui avais offert la tenue nigériane de ma communauté, depuis, il est de ma tribu. Et voilà que lui m’a offert une tenue djiboutienne lors de ma dernière visite à Djibouti.

Donc le président du parlement Mohamed Ali Houmed fait en quelque sorte partie de votre tribu ?
Oui, et je suis membre de sa tribu aussi, c’est une fraternité mutuelle.

Propos recueillis à Victoria Falls (Zimbabwe) par Mahdi A.


[1Chef de la majorité. Voir sa fiche sur Wikipédia en anglais.

[2La communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) regroupe seize États (Afrique du Sud, Angola, Botswana, Comores, République démocratique du Congo, Eswatini, Lesotho, Madagascar, Malawi, Maurice, Mozambique, Namibie, Seychelles, République-Unies de Tanzanie, Zambie, Zimbabwe).

 
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