Le directeur de l’Agence française de développement (AFD) de Djibouti explique l’action de cet organisme en direction du secteur privé.
Pourriez-vous nous expliquer les raisons qui ont poussé l’AFD à mettre en place une structure dédiée au soutien du secteur privé ?
L’AFD — à l’époque la CCCE, Caisse centrale de coopération économique — a créé Proparco en 1977, avec la conviction que le secteur privé devait être un acteur essentiel du développement des économies du Sud. Cette filiale a donc été créée initialement pour prendre des participations dans des activités dites de capital-risque. Puis, elle a étendu son activité aux concours à long terme et s’est ouverte à l’actionnariat privé. En 2007, avec un bilan de près d’un milliard d’euros, elle représentait un niveau d’engagements de 600 millions d’euros et affichait un résultat positif de 24 millions d’euros.
La mission principale de Proparco est de catalyser les investissements privés en faveur des pays en développement, tant pour contribuer aux objectifs du Millénaire que pour soutenir des projets de croissance, en particulier ceux orientés vers le développement durable. Proparco a également pour priorité transversale de promouvoir les savoir-faire français et de travailler avec les autres bailleurs de fonds.Son action s’inscrit dans le droit fil du discours prononcé par notre président de la République en janvier 2008 : 45 % des engagements de Proparco ont concerné, en 2007, l’Afrique subsaharienne. À Djibouti, le premier engagement de Proparco date de 2008. Il s’agit d’un concours de 23 millions de dollars dans le cadre du financement global du Doraleh Container Terminal.
Comme vous le savez, l’AFD elle-même peut intervenir en faveur du secteur privé grâce au fonds de garantie ARIZ, qui garantit partiellement, à hauteur de 50 %, les concours à moyen et à long terme que les banques commerciales peuvent octroyer. Cela permet ainsi de réduire leur niveau de risque.
Ne pensez-vous pas que, dans une certaine mesure, Proparco concurrence les banques de la place ?
L’un des principes de Proparco est la subsidiarité. Ce terme technique signifie simplement que Proparco peut intervenir en complément ou en tant que chef de file dans des opérations commerciales, lorsque cela est souhaité par les banques de la place, qui ne disposent pas toujours des ressources nécessaires pour financer ces projets ou des équipes techniques capables de les instruire. Il n’y a donc pas de concurrence, car les créneaux ne sont pas les mêmes. Il existe, au contraire, une véritable complémentarité.
Quelles sont les conditions requises pour obtenir un concours financier de l’AFD ?
L’AFD, par l’intermédiaire de son instrument de garantie ARIZ, n’intervient pas directement en faveur des PME. Elle peut garantir partiellement, à hauteur de 50 %, des concours pouvant atteindre l’équivalent de quatre millions d’euros, accordés par les principales banques commerciales de la place bénéficiant d’une notation internationale à leurs clients pour financer des investissements productifs.
Il n’y a donc pas de contact direct entre l’AFD et les clients finaux pour ce type de produit. Pour les dossiers d’investissement portant sur des montants plus importants, Proparco est compétente et l’agence de Djibouti peut établir un premier contact avec les investisseurs.
À travers cette nouvelle forme d’appui, doit-on comprendre que l’AFD a partiellement renouvelé sa stratégie d’aide au développement ? Un secteur privé renforcé et soutenu dans ses objectifs de croissance sera davantage en mesure de créer des emplois et de la richesse et, par conséquent, de lutter contre la pauvreté. Dès lors, pourquoi avoir tant attendu avant de lancer ce programme en République de Djibouti ?
L’AFD disposait depuis longtemps de programmes de garantie qui ne décollaient pas véritablement, mais ceux-ci ont été entièrement refondus en 2007 et 2008. Nous disposons aujourd’hui d’un mécanisme, ARIZ, qui semble correspondre aux besoins profonds des pays et, surtout, à ceux de leurs banques commerciales. À Djibouti, nous avons accordé une première garantie avec la Banque Indosuez Mer Rouge à la mi-2008, pour une entreprise de pêche, et nous venons d’en accorder une seconde avec la BCI-MR/BRED. Nous espérons poursuivre ces opérations avec ces deux banques en 2009 et en 2010, et même amplifier l’octroi de ce type de produit. Cela leur permet de mieux répondre aux besoins de leur clientèle, tout en respectant les ratios prudentiels de leurs maisons mères et de la Banque centrale djiboutienne.
Je voudrais néanmoins conclure en vous indiquant que ce sont l’amélioration de la qualité des projets présentés par les investisseurs djiboutiens, ainsi que celle de l’économie tout entière depuis quelques années, qui permettent tant aux banques commerciales qu’à un bailleur de fonds comme l’AFD d’amplifier leurs actions. Les bons projets portés par des promoteurs professionnels et dynamiques trouvent toujours de bons financements…
Propos recueillis par Mahdi A.