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Discours de l’ambassadeur djiboutien à l’ONU
par Mohamed Siad Doualeh, septembre 2022 (Human Village 46).
 

77e session de l’Assemblée générale des Nations unies
Lundi 26 Septembre 2022

Monsieur le président,
Monsieur le secrétaire général,
Excellences,

Nous nous réunissons à un moment où le monde continue de traverser une période incertaine faite de crises multiples, sécuritaire, économique, sanitaire et climatique. Le thème choisi pour ce débat général de la 77e session de l’Assemblée générale : « un moment décisif : des solutions transformatrices à des défis interdépendants » peut paraître abstrait, peut-être même abscons, mais il recouvre une réalité concrète, douloureuse qui exige l’engagement ferme de la communauté internationale à réexaminer son approche afin de s’attaquer de manière urgente aux menaces multiples qui pèsent sur le monde. Les Nations unies ont été créées non seulement pour prévenir la guerre, mais aussi à travers la coopération internationale, résoudre les problèmes économiques. La charte des Nations unies, en son article 1 alinéa 3 nous enjoint de « Réaliser la coopération internationale en résolvant les problèmes internationaux d’ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire… »

Les perspectives d’une reprise post Covid ont été assombries par le conflit en Ukraine qui a causé une aggravation rapide de la situation économique mondiale, la hausse vertigineuse des prix alimentaires et du carburant ainsi que les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement. Nous partageons la position du secrétaire général qu’en dépit de cette détérioration des perspectives, il est permis de croire et d’espérer. A condition bien sûr qu’il y ait un sursaut collectif et que nous nous engagions de nouveau à travailler ensemble afin de relever les défis interconnectés auxquels nous faisons face.
Nous soutenons le plan de relance des objectifs de développement durable qu’ il propose.
Dans ces efforts, une attention prioritaire doit être accordée aux pays les moins avancés, qui incluent une population de 1,1 milliards et qui continuent de faire face à des obstacles majeurs exacerbés par la situation économique mondiale. Nous sommes en particulier alarmés par les risques de graves difficultés de paiement de la dette extérieure, leur marginalisation du commerce international, la faiblesse de l’accès à l’électricité et bien sûr l’impact catastrophique des changements climatiques. Nous exprimons notre profonde gratitude au Qatar qui abritera la 5e conférence des Nations unies pour les pays les moins avancés. Nous formons le vœu qu’elle offre l’occasion à la communauté internationale de se mobiliser afin de les aider à surmonter les obstacles structurels auxquels ils font face.

Mon pays, Djibouti, fait face aux conséquences de multiples chocs exogènes y compris la hausse des prix alimentaires mondiaux suite à la guerre en Ukraine. Si ces facteurs ont contribué à ralentir la croissance, ils n’ont pas entamé sa détermination à tout mettre en œuvre afin de faire de Djibouti, « un pays stable, pacifique, propre, sécurisé et procurant un environnement serein pour les initiatives privées ». Pour ce faire, elle a élaboré le Plan national de développement 2020-2024, Djibouti ICI (I pour Inclusion, C pour Connectivité, I pour Institutions). Nous avons eu l’opportunité d’en expliciter le contenu lors de notre examen volontaire national, en juillet 2022, ici à New York mais permettez-moi de brièvement revenir sur les 3 axes stratégiques qui le définissent :

Inclusion
Cet axe vise à :
a) repenser et opérationnaliser le modèle de développement durable inclusif, avec un rôle accordé aux initiatives privées comme levier essentiel de la production et des échanges
b) Assurer une meilleure répartition aux djiboutiennes et djiboutiens des fruits de la croissance.

Connectivité
Il vise à :
a) positionner Djibouti comme plaque tournante de l’économie régionale et continentale ;
b) assurer une meilleure intégration nationale en vue d’un développement urbain et rural accéléré, ainsi qu’une meilleure couverture des services socio-économiques.

Institutions
À travers la mise en œuvre de l’axe 3, le programme national de développement permettra de renforcer les capacités humaines et institutionnelles du pays pour consolider :
a) la réalisation des droits et des libertés,
b) la démocratie, la stabilité et la transparence des institutions ;
c) la cohésion sociale.

La République de Djibouti, sous le leadership de son excellence M. Ismail Omar Guelleh, est déterminée à œuvrer dans le sens d’une réalisation pleine et réussie des objectifs énoncés ci haut. Nous comptons naturellement sur le soutien traditionnel des partenaires et pays amis de Djibouti.

Monsieur le président,
Monsieur le secrétaire général,
Excellences,

Le changement climatique pose un péril existentiel à l’humanité. Pour s’en convaincre et pour ceux qui continuent d’avoir quelques doutes, il suffit de suivre les événements météorologiques extrêmes partout dans le monde. Nous vous invitons également à lire le 6e rapport du groupe d’experts Intergouvernementaux sur l’évolution du climat dont le constat et les prévisions devraient susciter une mobilisation accrue de la communauté internationale. On ne peut plus reporter à plus tard la mise en œuvre des engagements. Nous ne pouvons plus passivement accepter que de COP en COP nous dressions le constat que nous n’avons pas suffisamment fait ! C’est pour cela que nous saluons le fait que la présidence égyptienne de la COP 27, un moment majeur, ait placé cette conférence sous le thème de la mise en œuvre effective des engagements pris, en particulier le soutien à une transition juste et la mobilisation de ressources financières et des investissements viables afin de faire face aux changements climatiques.
Djibouti réaffirme son engagement à la mise en œuvre de l’accord de Paris. Bien que faible émetteur de gaz à effet de serre, le pays est engagé dans une politique environnementale de grande ampleur, avec notamment une ambition de 100% de l’énergie consommée à Djibouti d’ici 2035. Même si cela semble échapper à certains, y compris ici aux Nations unies, Djibouti est aussi négativement affectée par les mêmes risques climatiques que les pays de la Corne de l’Afrique, en particulier : la sécheresse, la réduction drastique des ressources en eau, la hausse du niveau de la mer, les inondations ainsi que la salinisation des ressources en eau.

Monsieur le président,
Monsieur le secrétaire général,
Excellences,

Nous nous félicitons du résultat sans précédent de la septième reconstitution des ressources du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et la malaria tenue sous le leadership du président Biden. Les ressources ainsi mobilisées s’avèrent précieuses dans la lutte contre ces trois épidémies d’ici à 2030 mais également à renforcer la résilience et la capacité des systèmes de santé en leur donnant les moyens de détecter et mieux se préparer à des possibles menaces nouvelles.
Nous suivons avec attention et intérêt les discussions portant sur un traité international sur les pandémies en ce qu’il constitue un pas significatif vers la définition d’une approche globale plus adéquate et donner au monde les outils pour une meilleure préparation. En effet, le meilleur moyen de perpétuer une pandémie est de ne pas tirer les enseignements des échecs et des efforts de riposte contre les pandémies du passé.

Djibouti est honoré d’avoir abrité, en marge de cette session de l’Assemblée générale, un événement parallèle de haut niveau, en partenariat avec la commission de l’Union africaine et de la fondation Mastercard sur la thématique : « le nouvel ordre de la santé publique en Afrique » aux niveaux national, régional et mondial, a lancé en 2021 un nouvel ordre de la santé publique qui mette au centre les priorités de l’Afrique et qui repose sur cinq piliers :
 Renforcement des institutions de santé publique,
 Renforcement du personnel de santé publique,
 Développement de la fabrication de vaccins, de produits diagnostics et thérapeutiques,
 Partenariats respectueux et orientés vers l’action
 Augmentation des ressources nationales
Un appel à l’action a été adopté à l’issue des échanges et débats.

Monsieur le président,
Monsieur le secrétaire général,
Excellences,

Selon l’article 2, paragraphe 4 de la charte des Nations unies, « les membres des Nations unies s’abstiennent, dans les relations internationales, de recourir à la menace ou l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale, ou l’indépendance politique de tout Etat, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations unies ». C’est pour la défense de ce principe vital que Djibouti a, aux côtés des 141 États membres des Nations unies, voté en faveur de la résolution condamnant l’agression de l’Ukraine par la Russie. Nous exprimons notre grave préoccupation face à l’impasse que connaît le conflit, plus de sept mois après son éclatement. Nous le savions, ce n’ est pas un combat avec des épées de bois ! Le conflit a causé des pertes de vies innombrables et la destruction d’infrastructures y compris des hôpitaux et des écoles. L’intensification de l’effort de guerre, le risque d’enlisement et la menace du recours au nucléaire assombrissent les perspectives d’un règlement pacifique du différend. Nous reprenons en écho l’appel lancé par le président du Sénégal et président en exercice de l’Union africaine, Son Excellence Monsieur Macky Sall visant à la désescalade et aux négociations. Une paix juste et durable doit être notre priorité à tous !
Même si le chemin vers la paix est parfois tortueux, difficile, elle doit rester l’objectif prioritaire.

Nous réaffirmons notre soutien à la position africaine qui exige une amélioration de la représentation du continent dans les instances internationales, en particulier le Conseil de sécurité, d’une manière qui reflète les réalités du XXIe siècle. L’Afrique participe, de bonne foi, dans les discussions portant sur les réformes du Conseil de sécurité et considère qu’il nous faille faire preuve de plus d’ouverture et de flexibilité si l’on veut sortir de l’impasse actuelle. Nos populations attendent des résultats tangibles afin de dissiper le sentiment qui croît que ces réformes ne seraient qu’un effort vain, sans fin dont la finalité ne serait que « de tout changer sans que rien ne change » !
Tout en réaffirmant la position africaine basée sur le consensus d’Ezulwini, Djibouti souhaiterait, en guise de contribution à la réflexion collective sur le droit de veto, émettre les suggestions suivantes. Elle souhaiterait proposer que les États membres envisagent de demander à la Cour Internationale de Justice, organe judiciaire principal des Nations unies, chargée d’interpréter la charte des Nations unies, d’apporter les clarifications suivantes :
Élucider la conformité de ce droit par rapport aux buts et principes des Nations unies, tels qu’ils sont contenus dans la charte elle-même, notamment dans ses dispositions préambulaires ainsi qu’ aux articles 1 et 2 dudit instrument.
Que la CIJ puisse également dire si un tel droit, qui est en réalité et dans sa pratique effective, un droit de blocage, est en conformité avec les dispositions pertinentes des articles 24 et 25 de la Charte.
Sans préjuger de la réponse de la Cour Internationale de justice qui dispose d’un pouvoir discrétionnaire, l’éclairage de cette haute juridiction, semble à nos yeux utile.

Monsieur le président,
Monsieur le secrétaire général,
Excellences,

Djibouti est éprise de paix ! Elle affirme son profond attachement au règlement pacifique des différends. C’est pour cette raison qu’elle n’a cessé de multiplier les appels en direction de son voisin, l’Érythrée, afin d’accélérer la normalisation des relations entre nos deux pays. En dépit de notre ouverture et de notre disponibilité, le secrétaire général, encore une fois, dans sa lettre, en date du 25 juillet 2022, adressée au président du Conseil de sécurité, déplore l’absence notable de progrès sur les questions en suspens, à savoir le litige frontalier et le sort des 13 prisonniers de guerre djiboutiens. Nous saisissons cette opportunité pour réitérer notre appel afin que l’Érythrée accepte enfin de résoudre les questions en suspens par le biais du dialogue bilatéral, la médiation ou un arbitrage contraignant. En outre, nous exhortons de nouveau nos voisins à procéder au démantèlement du camp d’Anda Ali. Ce serait en effet une mesure qui contribuerait à restaurer un climat de confiance dans les relations entre les deux pays.

En Somalie, nous nous félicitons des développements politiques récents, avec l’élection d’un nouveau président, M. Hassan Sheikh Mohamud et la mise en place d’un nouveau gouvernement. Nous saluons la détermination du Président telle qu’exprimée ici même du haut de cette tribune, à combattre les extrémistes d’Al Shabab dont il a dénoncé avec véhémence les méthodes et les motivations. Djibouti continuera à assister la Somalie, aux côtés des pays contributeurs de l’ATMIS, dans les efforts de stabilisation du pays. Notre engagement aux côtés de la Somalie est un engagement total, sans faille et s’inscrit dans la durée.

S’ agissant du Yémen, Djibouti est encouragé par la trêve annoncée dans les affrontements à la suite des négociations. Elle appelle à l’intensification des pourparlers en vue de parvenir à un cessez-le-feu durable. De même, nous continuons à suivre avec attention les efforts en cours pour contrer le risque écologique, maritime et humanitaire catastrophique posé par le Safer oil tanker.

Nous demeurons préoccupé par le comportement politique d’Israël caractérisé par l’obstruction et la violation des Accords de paix et des multiples résolutions du Conseil de Sécurité. Djibouti réaffirme sa position constante de soutien à l’établissement d’un État Palestinien indépendant et viable avec Jérusalem-Est, comme capitale.

En conclusion, œuvrons ensemble pour construire une organisation toujours plus forte, mieux outillée, plus apte à répondre efficacement aux défis globaux !

Merci de votre attention !

Mohamed Siad Doualeh, ambassadeur de la République de Djibouti à l’ONU

Voir la vidéo sur le site des Nations unies.

 
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