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Sécurité du stockage de conteneurs dans les zones franches
par Mahdi A., août 2022 (Human Village 45).
 

Le 17 juillet dernier, le commandant des ports, Mohamed Moussa Abar, a envoyé au directeur général de la SGTD une nouvelle directive sur la sécurité. Elle met à jour les procédures de gestion des risques et les exigences relatives à l’entreposage et au transit de produits dangereux dans notre pays. En pratique, cette directive interdit dorénavant le stockage de ces produits dans les zones franches.
Mohamed Moussa Abar révise la liste des zones et activités concernées, en bannissant tous les lieux qui ne remplissent pas les conditions exigées pour la gestion de ces produits. « A cet égard, les règles et les mesures de sécurité doivent être strictement appliquées en particulier aux cours des opérations de déchargement et de manutention dans nos installations portuaires. »

Accident en Jordanie

Le commandant des ports fait une liste des différents accidents relativement mineurs qui se sont produits par le passé sur le territoire – fort heureusement pas de la même portée qu’au port de Beyrouth ou d’Aqaba – mais qui auraient pu avoir des conséquences graves. Il souhaite que chacun soit conscient des risques entraînés par une erreur humaine ou technique toujours possible, ici, comme ailleurs. Il insiste donc sur l’importance de se mobiliser à tous les niveaux pour renforcer les mesures de sécurité dans la manipulation et la gestion de ces produits : « Récemment des accidents chimiques se sont produits dans des sites de zones franches au PK 12 à proximité des cités résidentielles faisant plusieurs blessés. Ces zones franches ne disposent pas des aires de stockage aménagées pour ces produits dangereux. Le personnel n’est pas formé et ne porte pas les équipements de protection individuels appropries (PPE) durant les manipulations ».

Cette directive vise à renforcer les bonnes pratiques au sein des zones franches, et à veiller à la bonne application des exigences règlementaires par les entités publiques ou privées soumises aux règlementations relatives à la sureté maritime et portuaires.
Le message laisse entendre également que la directive ne s’appliquera pas aux structures, comme la SGTD, qui disposent d’un espace dédié dans l’enceinte portuaire pour la conservation provisoire de ce type de cargaisons sensibles : « En vue de protéger la sécurité et l’environnement, les conteneurs dangereux pour l’Éthiopie et le Yémen doivent être acheminés directement à leur destination finale respectivement par camion et par boutre. Ils ne doivent pas être transférés dans des zones franches non sécurisées et non aménagées pour les produits dangereux ».

Conteneur à Aqaba

Interrogé sur cette nouvelle directive le colonel Mohamed Djama Yonis, directeur de Djibsec, expert en incendie et gestion de produits dangereux, se dit plutôt satisfait de ces mesures. Il y voit une avancée majeure pour la sécurité des biens et des personnes : « S’assurer du transit au plus tôt vers leur destination finale de la marchandise dangereuse est une mesure de bon sens. Cette mesure ne devrait pas s’arrêter là. J’ose espérer qu’elle sera suivie d’un monitoring renforcé à l’adresse des agents portuaires afin de mettre en lumière les principes de sûreté devant être mis en œuvre le cas échéant et permettre d’avoir une connaissance claire de la gouvernance du dispositif national de sûreté maritime et portuaire, à savoir le plan opérationnel interne. Existe-t-il d’ailleurs une cellule mobile d’intervention chimique ou radioactive ? Une étude indépendante d’évaluation des risques a-t-elle été réalisée pour débusquer de manière objective d’éventuelles failles ? Il faut que l’incident malheureux du 28 juin au port d’Aqaba nous serve de marqueur et nous incite à renforcer la vigilance et la prudence dans la gestion de ces produits. Surtout lorsque l’on sait que le conteneur renversé, qui a laissé s’échapper du gaz toxique, 25 tonnes de chlore, en tombant pendant son transport, et qui a provoqué une importante explosion causant 13 morts et plus de 250 blessés, était en cours de chargement dans un navire à destination du port de Djibouti, d’où le conteneur devait être déchargé pour un transit vers sa destination finale, l’Éthiopie. À l’aune de ces sinistres portuaires récents au Liban ou Jordanie, un aggionamento avec toutes les parties concernées pour tracer au bout de ce travail un chemin pour un niveau plus élevé de gestion des risques et des critères de criticité clairs pour déterminer les entités couvertes convenablement et celles qui devraient être renforcées, n’est certainement pas un luxe. Enfin dernière remarque, on peut regretter que la directive n’inclue pas de sanctions extrêmement sévères pour dissuader ceux qui seraient guidés par l’appât du gain au détriment de la sécurité de tous et contreviendraient de manière frauduleuse à l’interdiction de stockage en zone franche. »

Mahdi A.


17 juillet 2022

À Monsieur le directeur général de la SGTD
Copie au président de l’Autorité des ports et zones franches

Objet : stockage de conteneurs dangereux dans les Zones Franches

Le transport de marchandises dangereuses est soumis aux règlements nationaux et internationaux et il convient de bien les gérer pour limiter au maximum les risques d’accident.
À cet égard, les règles et les mesures de sécurité doivent être strictement appliquées en particulier au cours des opérations de déchargement et de manutention dans nos installations portuaires.
Eu égard à la non-conformité avec les règles de sécurité édictées par le code IMDG (emballages non conformes, règles de sécurité de stockage et de manutention non conformes), de nombreux accidents chimiques se sont produits chaque année dans le monde. La liste des catastrophes dues aux produits dangereux est malheureusement longue et compte notamment celle du port de Beyrouth et celle du port d’Aqaba.
Les ports de Djibouti ont été victimes des accidents chimiques :
 fuite de l’Arséniate de Cuivre Chrome (ACC) en 2002
 fuite des conteneurs d’acide nitrique 2008-2013-2015-2017
 fuite des conteneurs d’acide sulfurique 2012-2015-2020
Récemment des accidents chimiques se sont produits dans des sites de Zones franches au PK 12 à proximité des cités résidentielles faisant plusieurs blessés. Ces Zones franches ne disposent pas des aires de stockage aménagées pour ces produits dangereux. Le personnel n’est pas formé et ne porte pas les équipements de protection individuels appropries (PPE) durant les manipulations.
En vue de protéger la sécurité et l’environnement, les conteneurs dangereux pour l’Éthiopie et le Yémen doivent être acheminés directement à leur destination finale respectivement par camion et par boutre. Ils ne doivent pas être transférés dans des Zones franches non sécurisées et non aménagées pour les produits dangereux.

Le commandant des Ports
Mohamed Moussa Abar

 
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