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Après sept mosquées, sept cimetières... bientôt deux sultans à Tadjourah ?
par Mahdi A., août 2022 (Human Village 45).
 

Deux sultans à Tadjourah ? Comment est-ce possible ? Après à chaque communauté sa mosquée et son cimetière, assisterons-nous à l’intronisation des deux premiers sultans sur les sept attendus d’ici la fin 2022… Plus sérieusement, revenons à ce qui préoccupe la belle ville du Nord du pays ces derniers mois. Si l’on se fie au communiqué publié dans La Nation du 1er août 2022 par le président du comité d’organisation de la cérémonie d’intronisation, Houmed Abdallah Bourhan :
« Conformément au processus de désignation du futur sultan du Sultanat de Tadjourah, le Miglis (Assemblée constituante de Debnek-Weqima), qui s’est réuni le 3 juin 2022 en session plénière et extraordinaire, a décidé de ce qui suit :
 Approbation de choix d’Adqali-Dinité portant désignation de son Altesse Ali Habib Ahmed comme futur sultan de Tadjourah,
 Approbation du choix d’Aqali-Bourhanto portant nomination de Monsieur Houmed Abdoulkader Houmed en qualité de vizir du sultan de Tadjourah,
 De fixer la date d’intronisation du nouveau sultan ainsi que de son vizir pour le 24 octobre 2022,
 La mise en place d’un comité d’organisation de la cérémonie d’introduction. »

Les choses pourraient sembler limpides pour le néophyte, puisque par principe les communautés s’organisent selon les règles qui leurs sont propres de manière autonome pour assurer le renouvellement et le choix de leurs représentants coutumiers. Sauf, et c’est là que le bât blesse, le ver serait dans la pomme à lire le courrier adressé par l’honorable Mohamed Daoud Chehem [1], au Premier ministre Abdouldaker Kamil Mohamed.

Il n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat pour donner de l’écho à la colère qui gronde depuis plusieurs mois. Mohamed Daoud Chehem a diffusé sur les réseaux sociaux ce courrier virulent dans lequel il accuse le Premier ministre de contrevenir aux « traditions séculaires gravées dans le marbre » en s’immisçant dans le processus de désignation pour imposer un sultan « coopté » et dont la légitimité et l’autorité seront contestées. Cela mettrait à mal durablement les valeurs et les traditions du sultanat, sans compter le risque de division des habitants qu’il n’exclut pas, comme un retour de boomerang potentiellement très dangereux.
Il demande solennellement au Premier ministre – et à celui qu’il ne nomme pas, Naguib Abdellah Kamil – d’adopter une attitude plus prudente, de revenir au respect des traditions et de la légalité, et les enjoint à participer activement à la cérémonie d’intronisation du sultan Ahmed Chehem Ahmed, le 10 août. Sur quoi se fonde-t-il pour défendre la légitimité du vizir à devenir sultan ?
Une tradition a été instaurée lors du décès du sultan Kadda Mohamed. Ses fils se disputant la succession, il a été décidé par la communauté que l’ainé occuperait la dignité de sultan, et le plus jeune des deux deviendrait son vizir et deviendrait sultan au décès du premier. Depuis ce principe de rotation entre deux familles qui se partagent à tour de rôle les fonctions de vizir et de sultan, aurait été respecté. Mohamed Daoud Chehem dénonce un renversement de la table, et craint que une grave entorse aux règles qui régissaient jusqu’à présent le fonctionnement de la communauté Debnek-Weeqima, accepté par ses membres.

Comment démêler l’imbroglio de deux cérémonies d’introduction prévues, l’une le 10 août et l’autre le 24 octobre ? Nous avons interrogé une personne spécialiste de ces questions, qui nous a renvoyé à d’autres questions : même si la règle afar (« maqda ») n’interdit pas de choisir une autre personne que le vizir pour succéder au défunt sultan, sur quelle base et dans quelle condition cette procédure doit-elle être conduite ? Y a-t-il deux miglis (assemblée) à Tadjourah ?
Pourquoi le vizir désigné il y a cinq ans de cela par le miglis ne serait plus éligible ? Règles coutumières et politique font-elles bon ménage ? Pourquoi les politiques s’en mêlent-t-ils ? Y a-t- il un lien pour les politiciens afar avec la prochaine élection législative prévue en février 2023 ?

On ne manquera pas de noter que Ahmed Chehem Ahmed apprend vite les règles du jeu politique national, se refusant à injurier le futur et répétant à qui veut bien l’entendre que le président de la République n’a jamais interféré dans le processus de désignation du sultanat. Les coupables seraient à rechercher du côté des politiques afar. Comment comprendre cette forme de communication ? Sans doute une main tendue pour indiquer qu’il serait un nouvel homme, qu’il a appris de ses erreurs, et mettra dorénavant plus d’eau dans son pastis…

En espérant que la confédération des Debnek-Weeqima retrouvera la sagesse de ses anciens et aplanira ce différend successoral et de légitimité de manière apaisée afin de garantir la pérennité et l’intégrité de l’institution du sultanat.

Mahdi A.


[1Mohamed Daoud Chehem est parlementaire et président du Parti djiboutien pour le développement (PDD).

 
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