Human Village - information autrement
 
Le recensement… pour quoi faire !
par Mahdi A., décembre 2008 (Human Village 3-4).
 

Pour la seconde fois de son histoire, le pays va procéder du 15 au 30 janvier 2009 au recensement général de la population et de l’habitation (RGPII). Le directeur de la DlSED, Amareh Ali Said, a bien voulu nous recevoir et nous mettre en relief les enjeux de ce processus, ainsi que ses interactions directes avec le développement de notre pays.
En effet, on est en droit de se demander pourquoi lancer une telle opération de grande envergure, alors que sa mise en œuvre est extrêmement lourde et coûteuse. A quoi sert-elle ? Faut il chercher derrière cette opération des raisons fiscales cachées ? Ces questionnements, en est en droit de se les poser, l’État n’a incontestablement pas assez communiqué à ce sujet. En effet, de quelles manières les agents de l’État pensent-ils être reçus dans nos domiciles, nous voir répondre méticuleusement au questionnaire présenté, sans auparavant nous rassurer sur les objectifs poursuivis quant à cette opération ?

Nous sommes partis avec nos interrogations à la rencontre du jeune directeur de la DISED, Avec un petit sourire, celui-ci nous a tout simplement répondu que « l’objectif premier de ce recensement était tout simplement de compter les habitants, à un temps donné et ce afin de s’enquérir de l’état de la population, de sa dynamique. La planification gouvernement se construit à partir de projections. Sans elles l’État est aveugle. Cette planification nécessite de connaître avant tout la population dans ses structures, ses besoins, les infrastructures qui lui seront indispensables. Ces prévisions ne peuvent être réalisées sans savoir précisément où vivent nos concitoyens. Ces données sont essentielles car sans elles il serait impossible de quantifier nos besoins, en termes de santé, d’éducation, de structures socio-économiques dans les années à venir. À ces données s’ajoutent d’autres variables socioéconomiques sur la santé, les conditions de vie des populations et des ménages qui nous Sont aussi primordiales de récolter ».
On comprend mieux l’urgence à récolter ces précieuses données. Mais alors on peut se demander pourquoi la DISED a-t-elle tant tardé à se conformer à la règle en vigueur dans de nombreux pays. En effet, les Nations unies recommandent à chaque État de procéder tous les dix ans au recensement de la population. Les phénomènes démographiques n’évoluant pas rapidement, il faut une certaine période pour pouvoir observer les tendances de changement. C’est la raison qui nous amène nous demander les causes d’une telle attente ? L’unique recensement du pays a eu lieu en 1983, et il n’a pas été publié car son évaluation avait révélé des omissions importantes, notamment d’enfants de moins de 15 ans, de femmes ou bien encore de populations nomades. De ce fait il n’a pas permis de disposer d’estimations fiables des indicateurs de la dynamique de la population.
Comment l’État procédait-il auparavant ? Comment peut-on s’engager à lutter contre la pauvreté et remplir les objectifs du Millénaire pour le développement que s’est fixé le pays lorsque l’on ne dispose pas de véritables chiffres fiables et à jour quant à la situation réelle de départ. Nous sommes actuellement à mi-parcours de nos objectifs de développement. Il sera difficile d’évaluer précisément le chemin qui aura été parcouru. C’est de fait une évidence. Par contre une formidable opportunité s’offre à nous, au moment précis où l’État compte lancer INDS, il est important, voire urgent que l’on sache précisément où l’on va. Seul le recensement permettra de rassembler les données qui nous manquent si cruellement et qui permettront de renseigner les indicateurs sur les programmes de développement,

C’est bien d’élaborer des programmes de développement au travers de INDS, mais il faut aussi se donner les moyens de les suivre, d’évaluer les résultats auxquels l’on s’attend. Et seuls les indicateurs qui pourraient ainsi être obtenus à partir d’un recensement permettent de savoir où l’on va, à quel niveau l’on se trouve, relation entre recensement et développement est évidente.
Le recensement va faire ressortir des indicateurs économiques qui touchent tous les secteurs d’activités. Pour ce qui est du taux de chômage, il va permettre d’identifier Id proportion de la population active, mais également le Produit intérieur brut (PIB), la part des entreprises et le taux des personnes exerçant dans les différents secteurs économiques : primaire, secondaire, tertiaire. Ce sont Là des éléments pris en compte par le recensement actuel.
La situation devenait grotesque, puisque selon le document utilisé, que cela soit le rapport national sur le développement humain des Nations unies sur Djibouti, ou bien celui de l’Agence nationale pour l’emploi et l’insertion professionnelle, les estimations sur la population active au chômage diffèrent. Il était urgent de remédier à cette situation.
L’opération de recensement qui se déroulera du 15 au 30 janvier 2009, comme nous l’a assuré le directeur, « ne vise aucun but fiscal. Elle contribue à connaître l’état de la population pour mieux engager les chantiers de développement. Ce recensement général de la population et de l’habitation est un outil indispensable à l’élaboration de programmes et projets de développement ».
On comprend donc l’importance de garantir la fiabilité de ces résultats. Toutes les projections de développement de notre pays dépendront de ces chiffres. Doit-on construire un nouveau lycée à Obock, et quand ? Doit-on agrandir ou construire un autre dispensaire ? Ces données sont vitales, la méthode de traitement qui est associée à la préparation de l’opération de recensement déterminera la qualité de ses résultats.
Le directeur de la DISED a souhaité nous rassurer sur ce point : « nous ne nous lançons pas dans l’aventure à l’aveuglette. Nous bénéficions dans le cadre de ce programme de l’appui technique de partenaires de choix tels que le PNUD, I’USAID, la BID, la coopération française et la Banque mondiale. Egalement, nous avons réalisé une opération pilote grandeur nature, dans une première phase, afin de vérifier la qualité de préparation de l’opération, des instruments, et celle du personnel de terrain. Ce fut un succès, et elle nous a permis de mieux appréhender les difficultés inhérentes à une opération d’une telle envergure ». Ainsi il ne devrait y avoir aucune crainte quant à la fiabilité de ces résultats.
Toutefois, il est à espérer que l’important recrutement d’agents que nécessite la phase de dénombrement de la population sur l’ensemble du territoire se fera sur la base des règles en vigueur en la matière, en l’occurrence par voie de concours car c’est évidemment de la qualité de ces agents que dépendra la fiabilité des résultats de ce recensement. De même, ce recrutement devra être impérativement décentralisé puisque le critère linguistique sera fondamental pour la récolte des données, mais aussi afin de mieux répartir la création d’emplois dans les régions de l’intérieur. Il ne fait aucun doute que cette opération aura un coût certain. A ce jour, il nous a été assuré au niveau du ministère des Finances et de l’Économie que les différentes requêtes de financement sollicitées par le gouvernement auprès de nombreux bailleurs étaient restées sans réponse. Toutefois, le besoin de données est tel que le gouvernement aurait pris ses responsabilités et aurait, en plus de sa contribution aux travaux préparatoire, mobilisé sur le budget national la somme de un million de dollars US$ afin de permettre le déroulement des opérations de dénombrement de la population sur le terrain. Le cas échéant, en l’absence d’appui de la communauté internationale, le gouvernement assumerait intégralement les coûts des autres opérations du recensement, à savoir l’analyse et la publication des données. L’État ne pourrait faire autrement, me direz-vous Nous ne pouvions plus continuer à assurer notre développement sur la base de données approximatives. Il en va de la réussite de nos programmes de développement.

Mahdi A.

 
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