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En 2015, le gouvernement se met au crédit revolving
par Mahdi A., janvier 2015 (Human Village 22).
 

Lundi 12 janvier 2015, s’est déroulée au parlement la cinquième séance publique de la deuxième session ordinaire de l’Assemblée nationale. Elle était sous la présidence de l’honorable Mohamed Ali Houmed, assurant l’intérim du perchoir.

Le projet de loi soumis à l’approbation des élus portait sur la ratification d’un accord de financement conclu avec la Société internationale islamique de financement du commerce qui porte sur 30 millions de dollars par mois sous forme de murabaha, procédure régie par le droit musulman, pour l’importation de produits pétroliers en faveur du gouvernement de la république de Djibouti. Il faut comprendre que ce texte donne autorisation au gouvernement d’accéder à un crédit permanent de 30 millions de dollars américain reconductible tous les ans par accord tacite. L’objectif de ce texte est d’assurer un approvisionnement régulier en produits pétrolier et faciliter la constitution de stock stratégique pour notre pays. Ce prêt permettra également à la république de Djibouti de renforcer les capacités de la Société internationale des hydrocarbures de Djibouti et garantira la mise en place d’un mécanisme de régulation des prix des produits pétroliers.
Comme à l’accoutumée, de nombreux élus se sont rendus tour à tour à la tribune afin de questionner le ministre concerné. En premier lieu, pourquoi l’exécutif a éprouvé le besoin de restructurer le secteur de l’énergie ? Le pays dispose-t-il d’un stock stratégique ? Si oui, depuis combien de temps est-il disponible, où est situé le lieu de stockage et quelles sont ses capacités ? Avant de demander le prêt à la Banque islamique, le gouvernement a-t-il mis en concurrence plusieurs bailleurs de fonds ? La branche IFTC qui attribue le prêt semble être une filière de la Banque islamique, depuis combien de temps ? Pourquoi la Société internationale des hydrocarbures de Djibouti (SIHD) a-t-elle changé de statut ?
Qu’en est-il du partenariat conclu avec la société koweitienne Independant Petroleum Group (IPG) ? De part ses prérogatives, la Société internationale des hydrocarbures de Djibouti (SIHD) ne risque-t-elle pas de concurrencer les sociétés pétrolières ? Enfin, les élus nationaux insistent sur la nécessité de baisser dans les plus brefs délais le prix à la pompe afin de s’aligner sur la tendance internationale.
Ensuite, le taux de 6% de marge bénéficiaire semble être trop élevé par rapport au montant en cause (30 millions de dollars). Les députés ont également remarqué que la durée et les mensualités de remboursement du prêt ne sont pas précisées dans l’accord. Par ailleurs, quels sont et à combien sont estimés les « autres coûts » évoqués dans le contrat ? Enfin, les représentants du peuple ont tenu à savoir si le gouvernement a cherché d’autres solutions avant de recourir au prêt. Ils ont souligné que partout dans le monde, le cours du coût du pétrole a subi une baisse significative, baisse qui n’est absolument pas constatée au niveau national, quelles en sont les raisons ? Concernant le projet d’une énergie 100% verte en 2020 ils ont demandé au ministre si cet objectif était réaliste ?

En réponse aux nombreuses interrogations soulevées, le ministre Ali Yacoub Mahamoud a précisé que le besoin de restructuration du secteur pétrolier est induit par une tendance générale, notre pays souhaitant maitriser ses approvisionnements à travers une institution semi-publique dotée de pouvoirs régaliens. En ce qui concerne le stock stratégique, il n’en existe pas à l’heure actuelle, le pays dispose juste d’un stock d’urgence. Néanmoins, l’adoption de ce texte de loi, a t-il martelé, va permettre de constituer progressivement un stock stratégique à moyen terme. Il estime qu’il sera possible de mettre en place avant la fin de l’année un premier stock stratégique couvrant nos besoins durant un mois. Le gouvernement se fixe comme objectif d’atteinte progressivement un niveau de couverture de trois mois, ce qui correspond à la norme mondiale dans les deux prochaines années. Concernant la question du stock d’urgence, il a voulu rassurer les élus présents. Notre pays dispose d’un stock de dix jours. Celui-ci a été financé par la banque mondiale. Il a ajouté qu’une surtaxe de deux francs djibouti pesant uniquement sur la vente du super au litre permet d’alimenter et de renforcer ce stock.

Selon les propos du ministre Ali Yacoub Mahamoud, le partenariat avec la société koweitienne Independant Petroleum Group (IPG) n’a pas produit les résultats escomptés. L’expérience s’est soldée par un échec à cause des profonds désaccords sur les principes fondamentaux (avoir les mêmes prix que ceux concédés à l’Éthiopie, manque de transparence dans la gestion, absence de constitution d’un stock stratégique conformément aux engagements pris, etc.). Le gouvernement a donc pris la décision de mettre un terme à ce partenariat. Ensuite, il a indiqué qu’il n’existe pas de risque de concurrence entre la Société internationale des hydrocarbures de Djibouti (SIHD) et les autres sociétés pétrolières car il existe une licence spécifique pour chaque activité (importation, stockage, transport et distribution).
Concernant la structure des prix de l’essence à la pompe le ministre a informé la représentation nationale que celle-ci change tous les mois. Il a indiqué que par le passé le gouvernement avait peu de marge sur ces questions car les sociétés importatrices, comme Total et Oil Libya avait la maîtrise des coûts réels. Ce n’est plus le cas à l’heure actuelle a explicité le ministre de l’Énergie puisque que l’État agit dorénavant en amont et en aval. A ce propos il a indiqué que le premier navire acheminant pour le compte de l’État des hydrocarbures pour une valeur de 25 millions de dollars américain a mouillé l’encre à Horizon dans la nuit du 11 au 12 janvier 2015. Il a en outre signalé qu’une commission réunissant conjointement les ministères de l’Énergie, des Finances, et du Budget a été instaurée et qu’elle se réunira tous les mois afin de fixer le prix le plus juste. Par ailleurs, il a tenu à rappeler aux élus nationaux que lorsque l’on parle d’essence à la pompe il s’agit de pétrole raffiné et aucunement de brut. Le prix du baril ne peut en aucun cas être le référent. Le raffinage a un coût il faut le savoir. Enfin, il ajouté qu’il n’était pas possible de comparer le prix pratiqué à la pompe en Éthiopie à celui en république de Djibouti, du fait tout simplement que l’Éthiopie, par les quantités très importantes de produits pétroliers qu’elle importe, bénéficie d’une économie d’échelle considérable. Il a dit par ailleurs qu’il n’était pas exclu de lancer avec notre partenaire éthiopien un appel d’offre commun afin de mieux peser dans les négociations avec les fournisseurs internationaux. L’union fait la force !

Sur la question de la mise en concurrence de plusieurs bailleurs de fonds, le ministre a indiqué, qu’en dehors des Chinois et des pays arabes, il n’existe pas d’autre bailleur de fonds prêts à financer des gros projets. Il a ajouté que ce projet devait voir le jour en 2008, un moment où il était estimé à 12 millions de dollars mais à cause de la lourdeur de la bureaucratie administrative et faute d’un personnel qualifié en la matière, le délai n’a pu être respecté. En ce qui concerne la Société internationale islamique de financement du commerce (IFTC), il s’agit d’une filiale de la Banque islamique dédiée depuis les années 1970 au commerce.
A propos du taux de 6% considéré comme élevé, le ministre a expliqué qu’il s’agit d’un taux annuel, le taux mensuel étant fixé à 0.5%. Les frais de dossier s’élèvent quant à eux, à 30 000 $, c’est un montant standard mais il a assuré qu’il n y a pas « d’autres coûts » qui seront supportés par le gouvernement. Il s’agit là des termes d’une convention type. Le droit de tirage demandé s’étend en principe sur trois ans, délai au delà duquel le gouvernement compte récupérer son autonomie. Quant à la Société internationale des hydrocarbures de Djibouti (SIHD), il s’agit d’un établissement public à caractère industriel et commercial qui a acquis en 2000 un statut anonyme dans le but de permettre une ouverture du capital. Cependant, il faut savoir que le seul actionnaire reste l’État.
Au sujet du questionnement de l’honorable Safia Elmi Djibril, relatif à l’objectif du gouvernement de faire de Djibouti le premier pays du continent à utiliser 100% d’énergie verte à compter de l’année 2020. Ali Yacoub Mahamoud a informé la représentation nationale que la deuxième ligne d’interconnexion à partir de Galafi allait être lancée sous peu. Ce surplus énergétique permettrait de faire face à l’augmentation des besoins énergétiques suite aux nombreux grands projets en cours. Il a sur le même sujet ajouté que deux câbles sous-marins vont voir le jour : le premier avec le Yémen, le seconde avec l’Arabie saoudite. Une commission tripartite avec nos partenaires planche actuellement sur les conditions techniques de sa réalisation dans les deux ou trois ans. Il a indiqué à ce propos qu’un transformateur dans le prolongement des installations de ces gros câblages sous-marins sera installé à Obock afin qu’une partie de l’énergie transitant par ces câbles puisse aussi bénéficier à appuyer le développement de cette région. « Le gouvernement, a t-il ajouté, a de grandes ambitions pour le Nord, et c’est la raison pour laquelle il faut prévoir dès à présent les moyens énergétiques de demain à la réalisation de nos ambitions ».

Toujours dans la réalisation de l’objectif 2020, le ministre a informé la représentation nationale que 65% de notre consommation énergétique était actuellement une énergie hydroélectrique, c’est-à-dire verte, en provenance de la ligne d’interconnexion électrique avec l’Ethiopie."A ce stade déjà, nous sommes très en avance par rapport à beaucoup des pays du continent et même du monde", s’est-il félicité. Selon le ministre les 15% restants seront atteints très prochainement avec la réalisation de plusieurs autres projets de développement et d’exploitation d’énergie propre. A ce propos le ministre a évoqué le lancement des travaux sous peu d’une unité de production d’énergie éolienne de 60 MW au Goubet. Elle sera financée sous forme de don par le Qatar. Sur la géothermie, le ministre n’a pas caché les fortes ambitions du gouvernement quant à ce projet en cours de réalisation au lac Assal sous la supervision de l’Office djiboutien de développement de l’énergie géothermique (ODDEG) et sur financement d’un groupement de banques, conduite par la Banque mondiale. Il faut savoir que le potentiel géothermique de notre pays est abondant, estimé à plus de 1000 MW. Ali Yacoub Mahamoud a indiqué par ailleurs que pour atteindre cet objectif ambitieux, le gouvernement a fait de la géothermie la priorité numéro un du gouvernement. Et ce, pour non seulement devenir à l’horizon 2020 la première nation africaine à utiliser 100% d’énergie verte, mais surtout atteindre très vite une indépendance énergétique qui permettra à chaque Djiboutien d’avoir une énergie propre, permanente, accessible sur l’ensemble du territoire national et surtout à bas prix.
Au sujet de la décision de Total et Oil Libya de quitter le pays, le ministre a précisé que le gouvernement regrette sincèrement cette décision. Il a rappelé que l’affaire de pollution pour laquelle ils ont été condamnés a été instruite en justice plus de quinze ans. Et, c’est parce qu’ils ont refusé de se soumettre à la décision de justice qu’ils ont mis en liquidation leurs entreprises, a dit le ministre de l’Énergie.
Notons que le ministre de l’Économie et le ministre du Budget ont également pris la parole afin d’apporter un complément d’information notamment sur le coût des intérêts, et le montant des frais de dossier pour un prêt de cette envergure. Sur ces deux points, le ministre Ilyas Moussa Dawaleh a indiqué qu’ils étaient conformes aux conventions de prêts internationaux. Il a ajouté par ailleurs qu’il était disposé à recevoir à son bureau les députés qui souhaiteraient des éléments de réponse additionnel sur ce type montage financier.

A la fin des échanges, les élus sont passés au vote. Il a été décompté 46 voix pour, 3 abstentions et 4 voix contre ; le texte a été adopté.

Mahdi A.

 
Commentaires
Le Drian à Djibouti, une page se tourne, une autre s’écrit…
Le 25 juillet 2015, par Mohamed.

Je suis tout simplement bluffé Mahdi. Excellent article, j’applaudis des deux mains et des deux pieds. Bravo pour ta pertinence, la profondeur de tes recherches et tes références qui montre combien tu es vraiment bien documenté.

Excellentissime

 
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