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En aparté avec… Fatima El Sheikh
 

Représentante résidente du Programme des Nations-unies pour le développement à Djibouti, Fatima El Sheikh nous a accordé cet entretien durant lequel nous avons passé en revue les principales actions auxquelles participe cet organisme onusien à Djibouti autour des questions de développement.

Vous représentez le PNUD à Djibouti depuis deux ans. Pouvez-vous nous faire un bilan des actions entreprises en faveur du développement de Djibouti.
Tout d’abord je vous remercie pour cette opportunité qui nous permet d’exposer à vos lecteurs les activités que nous menons à Djibouti en collaboration avec le gouvernement et avec l’aide de nos partenaires, y compris la société civile.
Les interventions du PNUD sont déterminées en fonction des peuples et de leur aspiration au développement. Le PNUD travaille avec le gouvernement pour traduire ces priorités en plans et projets nationaux.
Les deux dernières années de mon parcours en tant que représentant du PNUD à Djibouti ont été très satisfaisantes et enrichissantes au niveau professionnel et personnel. J’ai été témoin de l’évolution des programmes du PNUD qui sont devenus plus proches des gens. L’équipe du PNUD a été renforcée par une jeune génération de cadres djiboutiens talentueux qui se sont engagés à servir leur pays, guidés par les objectifs de développement durable.

Les activités du PNUD se sont articulées autour de trois volets majeurs : l’éradication de la pauvreté, la protection de l’environnement et la gouvernance.
La première priorité du PNUD est l’éradication de la pauvreté qui constitue le plus grand défi de l’humanité. En fait, c’est la force motrice qui m’a poussé à quitter mon pays et à rejoindre le PNUD en tant que fonctionnaire international. Au niveau de Djibouti je suis largement satisfaite de ce qui a été réalisé dans ce domaine notamment dans l’amélioration des moyens de subsistance des populations pas seulement par des approches traditionnelles mais également à travers des actions visant à redynamiser la population en améliorant leur condition de vie.

Ce qui me tient particulièrement à cœur dans mon engagement à Djibouti est de ne laisser personne de côté, et en particulier les personnes à besoins spéciaux. Dans ce sens, je suis très satisfaite de la première stratégie nationale du handicap pour un développement inclusif qui a pu être développée grâce au concours du PNUD. Elle constitue une approche globale du gouvernement et de la société pour améliorer la vie des personnes a besoins spéciaux en leur donnant les moyens de jouer un rôle actif dans le développement national de Djibouti. Je tiens à saluer dans ce sens l’engagement du président de la République qui a mis en place une véritable politique visant à accompagner et insérer dans toutes les sphères économiques et sociales les personnes handicapées.

Le deuxième domaine dans lequel le PNUD s’engage au côté du gouvernement est celui de la protection de l’environnement et la lutte contre le changement climatique. Le PNUD soutient le gouvernement dans la réalisation de son objectif d’utiliser 100% d’énergie renouvelable dans les années à venir. Djibouti fait partie des quinze pays les plus impactés par le changement climatique en Afrique. La protection des aires marines protégées était au centre de nos actions en collaboration avec le ministère de l’Urbanisme, de l’environnement et du tourisme. Le pays a un grand potentiel d’écosystème marin. D’une manière générale, il s’agit d’atténuer les effets des changements climatiques au sein de la population en mettant en place des actions d’atténuation.
Le PNUD a lancé une vaste enquête mondiale sur le changement climatique qui a permis à de nombreux jeunes djiboutiens d’exposer leur vision du futur de la planète. En vue de promouvoir cette approche de l’ensemble de la société pour s’attaquer ce défi majeur, le PNUD soutient également de nombreuses initiatives de la société civile. Citons notamment la mise en place d’un réseau-climat impliquant la jeunesse djiboutienne pour lutter contre les changements climatiques et promouvoir une économie verte.

Le PNUD demeure un partenaire privilégié du secteur de la justice où il participe au renforcement des capacités de la commission nationale des droits de l’homme et d’autres institutions chargées de la bonne gouvernance. 
Enfin, le PNUD travaille dans le cadre et en coordination avec toutes les autres organisations des Nations-unies à Djibouti et dans le monde.

La pandémie de la covid 19 qui a affecté le monde a touché aussi Djibouti, comment le PNUD a-t-il accompagné le gouvernement dans la gestion de cette crise ?
En ce qui concerne l’impact de Covid 19 sur l’économie djiboutienne, le PNUD a été l’une des premières institutions à agir en soutenant le gouvernement pour faire face à la crise sanitaire, qui a également eu des conséquences économiques.
À travers le Fonds mondial, que le PNUD gère depuis 2013, nous avons soutenu le gouvernement dans l’achat de fournitures essentielles et l’utilisation de la technologie numérique pour faciliter l’accès à l’information et assurer la continuité des services. Le PNUD a notamment soutenu le gouvernement en adaptant la réponse nationale des programmes de lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme à celle du Covid 19.
Le PNUD a surtout assisté le gouvernement dans l’évaluation de l’impact socio-économique de la pandémie, et la préparation de la relance de l’économie largement impactée par cette pandémie.
En collaboration avec le ministre des finances, nous avons contribué à la mise en œuvre du pacte de solidarité nationale, un document qui est une évaluation macroéconomique de l’impact du Covid 19 sur les perspectives de croissance de Djibouti en 2020. Le pacte met en évidence l’impact de la pandémie sur les différents secteurs de l’économie ainsi que les impacts budgétaires et les besoins de financement de la réponse nationale. Le pays commence à se remettre de cette pandémie et le plan quinquennal de relance de l’économie qui se veut inclusif et vise à renforcer les instituons est également en cours de finalisation et a été discuté lors de l’investiture du président Ismail Omar Guelleh

Quels sont les domaines prioritaires dans lesquels s’engage le PNUD à Djibouti ?
Nos priorités s’inscrivent dans le contexte du pays. Nous aidons les populations à atteindre la résilience économique en les aidant à reconstruire mieux. L’objectif est de combattre la pauvreté en mettant en place des activités génératrices de revenus et en travaillant sur l’inclusion financière.
Il s’agit notamment de transformer l’engagement des jeunes pour qu’ils deviennent des citoyens proactifs et fassent émerger le potentiel afin d’aider le pays à se reconstruire après les effets néfastes de cette pandémie. L’année dernière, j’ai été très satisfaite du programme Youth Leadership, un programme du PNUD qui investi dans les jeunes afin de libérer leur potentiel pour devenir des innovateurs sociaux, des leaders, des penseurs et une force de changement dans leur communauté. Nous travaillons également avec le secteur privé pour promouvoir sa contribution au développement durable et sa participation à la réalisation des objectifs.
Une autre question qui nous tient à cœur et à laquelle nous avons largement contribué est celle de l’inégalité entre les sexes. Nous avons joué un rôle catalytique dans l’émergence de citoyens djiboutiens déterminés à réaliser leur aspiration au développement durable. Aucune de ces réalisations n’aurait été possible sans le soutien et l’engagement de nos donateurs et partenaires de développement qui financent les projets et programmes du PNUD.

Que pouvez-vous nous dire à propos de la lutte contre la pauvreté, les inégalités et la réduction de la vulnérabilité climatique qui sont entre autres des priorités pour votre institution ?
Bien que l’année dernière fût une année très difficile à plus d’un titre pour la République de Djibouti, le pays est passé de la 171e place dans le classement du développement humain à la 166e. Ceci traduit les nombreux efforts qui ont été fournis par le gouvernement pour le développement. Ce qui veut dire que les politiques mises en place dans les différents secteurs doivent s’inscrire dans la continuité dans les années à venir. Il faut saluer aussi les initiatives faites en faveur des populations rurales dans le but de les intégrer dans le développement socio-économique, surtout celles qui sont le plus marginalisées, dans un esprit de décentralisation du développement. Ceci est un domaine qui doit être développé pour les générations futures.
Je pense également qu’il y a beaucoup de mesures simples pouvant assurer de meilleurs résultats pour l’éradication de la pauvreté dans le cadre du changement climatique et plus particulièrement dans la gestion des déchets et la lutter contre la pollution.
Il est crucial de continuer à surveiller et à produire des données de qualité afin que Djibouti puisse évaluer les progrès réalisés dans la lutte contre la pauvreté et les inégalités.
Enfin, un autre domaine où Djibouti a enregistré des progrès très palpables est celui de la pauvreté multidimensionnelle. Le nombre de personnes souffrant d’une extrême pauvreté a été drastiquement réduit et des données fiables sont disponibles dans ce sens.

Comment voyez-vous le développement de Djibouti au niveau économique et social ces dernières années ?
Djibouti est un des rares pays dans la corne de l’Afrique jouissant d’une paix et d’une stabilité durable. En tant que personne ayant grandi dans une zone de conflit (le Soudan), j’apprécie vraiment cette situation qui est un atout énorme pour le développement humain. Djibouti a beaucoup investi dans le développement des infrastructures, en particulier les ports, ce qui représente un énorme potentiel et a assuré la stabilité économique et une croissance positive. La prochaine phase du développement de Djibouti est l’approche centrée sur l’humain pour renforcer la capacité de l’économie djiboutienne. Nous avons vraiment besoin d’un développement axé sur le capital humain. Le pays doit continuer sur cette bonne trajectoire, et je pense que sans l’avènement de facteurs externes néfastes, l’avenir s’annonce prometteur. Rappelons que nous sommes dans l’une des économies à la croissance la plus rapide d’Afrique, et que l’opportunité existe.

À propos des ODD, Djibouti est-elle bien placée pour réaliser ces objectifs ?
Djibouti a bien intégré les objectifs pour le développement durable dans son nouveau plan national de développement. Il faut noter que le financement public ne peut à lui seul suffire pour atteindre ces objectifs. Ils requièrent l’intégration de nombreux acteurs, et particulièrement le secteur privé qui doit participer à l’atteinte de ces objectifs. Djibouti est en train de préparer son premier rapport volontaire sur les objectifs du développement durable pour l‘année prochaine. Nous travaillons dans ce sens avec le gouvernement, ce qui nous permettra de mieux évaluer où se situe le pays par rapport à ces objectifs et, le cas échéant, apporter des ajustements et identifier les secteurs sur lesquels l’accent doit être mis pour accélérer ce processus.Ceci permettra de faire le bilan et d’identifier les axes d’accélération. Du moment que le pays enregistre un indice de développement humain qui progresse, je pense que c’est un bon signe dans l’atteinte des objectifs du développement durable.

Votre mot de la fin ?
Pour nous, en tant que Programme des Nations-unies pour le développement, je pense que nous jouons un rôle très important dans le développement des pays. Je me réjouis que Djibouti enregistre la plus importante croissance économique du continent africain. Je souhaite pour le peuple djiboutien un futur prospère et voudrais remercier aussi l’équipe du PNUD Djibouti pour les efforts remarquables qu’ils sont en train de déployer. Je me réjouis de l’élargissement des capacités de notre bureau à Djibouti et par la même occasion je souhaite remercier en particulier la jeunesse djiboutienne, nos partenaires, les bailleurs et le chef de l’ÉEtat pour leur soutien constant.

Propos recueillis par Kenedid Ibrahim Houssein

 
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