Human Village - information autrement
 
Les difficultés de la campagne de vaccination anti-Covid-19
par Mahdi A., mai 2021 (Human Village 42).
 

Le virus du Covid-19 circule toujours activement au sein de la population, au point que notre système hospitalier a été soumis à rude épreuve ces deux derniers mois. Le pic a été si délicat que, faute de places disponibles, certains proches de patients en détresse respiratoire n’ont pas hésiter à faire jouer leurs relations pour trouver lit et respirateur dans un centre hospitalier de la capitale. Un médecin, qui a demandé à garder l’anonymat, décrit une période très difficile ou les hôpitaux ont été débordés. « Il n’a fallu que quelques semaines pour que l’on perde le contrôle de la situation sanitaire. Cette nouvelle séquence a provoqué un afflux très important de patients vers les hôpitaux. Les cas graves se sont multipliés sans crier garde, il a été difficile d’y faire face. Prenez la production d’oxygène hospitalière située à PK 13 ; elle n’a pas été en mesure de fournir une production d’oxygène suffisante par rapport à nos besoins. Peltier reçoit un peu plus d’une cinquantaine de bouteilles d’oxygènes par jour, alors que nous disposons de 15 lits en réanimation, c’est franchement insuffisant, mais pourtant rien n’est fait pour surmonter ces insuffisances. On dispose de quelques respirateurs électriques pour compenser ces carences, mais c’est nettement moins efficace. Peltier n’a pas les moyens de se fournir en oxygène dans le privé à l’instar de la CNSS, comment l’expliquer ? Il est urgent de trouver une solution pérenne pour ne pas laisser la situation empirer plus dramatiquement en cas de nouvelles recrudescences de la pandémie. »

Interrogé le 28 avril 2021 sur les ondes de la RTD, le Dr Hussein Youssouf Darar, médecin infectiologue et coordinateur national de la prise en charge de la Covid-19, confirme les propos recueillis par notre rédaction. Il n’a pas hésité à qualifier de deuxième vague l’afflux considérable de patients sévèrement infectés par le Covid-19 dans les centres hospitaliers. Il impute la virulence de la pandémie à l’introduction sur le territoire de nouveaux variants. Ces souches différentes expliqueraient que dorénavant un malade contamine entre huit et dix personnes. Se voulant rassurant tout de même, le Dr Hussein Youssouf Darar estime que le pays est maintenant dans une période d’accalmie, avec un taux de positivité autour de 10%, bien loin des 28% de mars. C’est la raison pour laquelle, a-t-il justifié, la réunion du comité de gestion, réactivé sous la présidence du Premier ministre, visait à coordonner la riposte sanitaire au niveau national de manière plus efficace. Au menu de cette réunion qui s’était déroulé cette matinée, il avait été question, d’harmonisation des protocoles de prise en charge, de gestion des flux d’entrée sur le territoire (maritime, terrestre, et aérien). C’est alors qu’a été notamment prise la décision de restreindre l’accès du territoire à tous les voyageurs étrangers ayant séjourné en Inde, en Afrique du Sud ou au Brésil. Cette mesure s’ajoute à celle déjà en vigueur qui oblige toute personne arrivant à Djibouti de présenter un test négatif au SARS-CoV-2 de moins de soixante-douze heures. Il a été aussi question de coordination de l’approvisionnement des intrants avec toutes les parties concernées y compris les pharmacies. Il s’agit d’éviter les ruptures dans la chaine d’approvisionnement en intrants comme cela a pu être le cas pour certains d’entre eux en mars et avril. « On fait face à un virus beaucoup plus contagieux, beaucoup plus virulent et qui peut directement conduire à des problèmes respiratoires, amener le patient en soin intensif, voire en réanimation rapidement. Le respect des gestes barrière est essentiel. La vaccination n’est pas un remède mais permet d’éviter d’aller à la forme grave en apportant une meilleure riposte », expliquait le Dr Hussein Youssouf Darar. Il a aussi insisté sur l’importance de sensibiliser la population sur la nécessité de se vacciner. Pour se faire, il a annoncé une vaste campagne de communication en ce sens, l’objectif étant de vacciner tous les adultes en activant notamment les associations, les leaders religieux, les chefs coutumiers…
La situation que connait notre pays doit nous alerter et nous inciter à redoubler de précaution. Il est fortement recommandé, en cette période de célébration de la fête de l’Aïd, de proscrire les rencontres familiales et les rassemblements religieux, d’autant plus que la pratique des gestes barrières et du port du masque est clairement en recul à Djibouti.

Pour lutter contre la maladie, pas de secret : il faut passer par le vaccin… Mais comment convaincre la population ?
Plus facile à dire qu’à faire ! En effet Djibouti est dans une situation paradoxale. Alors qu’ailleurs, ce qui fait défaut, ce sont les vaccins livrés au compte-goutte par les groupes pharmaceutiques, ce qui impose de procéder par priorisation des bénéficiaires, à Djibouti la vaccination est ouverte à toute la population adulte, et pourtant les candidats se font rares… Au point que les centres de vaccinations restent désespérément vides. Les chiffres publiés quotidiennement par le ministère de la Santé sur le nombre de vaccination sont éloquent. Pour une campagne de vaccination débutée officiellement le 15 mars, au 5 mai seulement 13 352 personnes ont été vaccinées. Il y a de quoi s’interroger puisque ce ne sont pas les doses qui font défauts, le pays ayant réceptionné 329 000 doses de vaccins pour moins d’un million d’habitants… Ce n’est pas rien, il faut reconnaitre que le gouvernement a fait beaucoup mieux que des pays bien plus développés dans sa capacité à s’approvisionner en sérums.

Pour inverser la situation et accélérer la cadence de vaccination le Premier ministre, Abdoulkader Kamil Mohamed, n’y est pas aller par quatre chemins. Il a brandi le 20 avril dernier la menace de sanctions à l’encontre de celles et ceux qui refuseraient de se faire vacciner, avant de remiser son sabre de bois. Ce rétropédalage quelques jours plus tard, le 23 avril, s’explique principalement par la levée de bouclier de la grande majorité de la population contre la diffusion de la circulaire ministérielle qui a été largement partagée sur les réseaux sociaux : « A compter de la parution de la présente circulaire, il est institué la vaccination obligatoire contre le Covid-19 pour tous les agents publics et les corps constitués de la République de Djibouti.
C’est une exigence professionnelle. Ainsi, il appartient à chaque membre du gouvernement de s’assurer que le personnel, toute catégorie confondue, placé sous son autorité soit vacciné dans les meilleurs délais.
L’accès aux lieux de travail sera désormais conditionnés à la présentation obligatoire du certificat de vaccination contre le Covid-19 dument établi
 ».

La circulation du virus est plus importante que l’an dernier à la même période. Le Premier ministre a peut-être considéré bénéfique d’obliger la population active à se vacciner de protéger tout le monde. Cela pouvait paraître raisonnable, mais la pilule n’est pas passée. Les réactions sur les réseaux et ailleurs ont été furibondes. Le message a été bien reçu, puisque trois jours plus tard pour éteindre l’incendie, le Premier ministre a publié un post sur son compte Facebook revenant sur la décision et adoptant un ton plus conciliant contre les réfractaires :
« Avec le président de la République, Ismail Omar Guelleh, nous appelons à la mobilisation générale pour faire face à la recrudescence de l’épidémie à Djibouti.
Nous avons choisi de mener une politique offensive contre la propagation de l’épidémie.
Nous refusons de laisser le virus gagner, de voir nos proches être frappés sans réagir, sans prendre toutes les mesures que nous croyons efficaces pour gagner ce combat.
Oui, celles et ceux qui refuseront de s’engager dans le processus de vaccination pourront le faire en signant une décharge.
Mais ne nous y trompons pas : la politique de vaccination porte ses fruits dans de nombreux pays, aux États-Unis ou encore dans les pays de l’Union européenne.
Avoir accès aux vaccins est une chance. C’est aujourd’hui, avec le respect des gestes barrière, le seul moyen dont nous disposons pour protéger les Djiboutiens en absence de traitement.
Se faire vacciner est un acte patriotique qui permet de faire reculer le virus !
C’est une question de santé publique, mais aussi de responsabilité vis à vis de nos proches que nous devons protéger !
Nous avons besoin de vous pour gagner ce combat !
Tous concernés, tous mobilisés pour protéger les Djiboutiens
. »

Face à la réticence de la population le gouvernement a tranché : le bâton est dorénavant exclu. Il va essayer de rassurer, de se montrer pédagogue, et veiller à informer sur la réalité des conséquences et l’importance du rapport bénéfice/risque. Partant probablement du postulat qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, le gouvernement espère relancer la courbe de la vaccination en menant une vaste campagne de sensibilisation. Il tentera de se montrer persuasif, même si la partie n’est pas gagnée d’avance. En effet, à l’aune des résultats de l’opération de vaccination réalisée à hôpital Dar el Hanan sur deux jours, les 18 et 19 avril dernier, en direction du personnel de santé. À peine un tiers des soignants travaillant sur les lieux ont accepté de se faire piquer. Ils avaient le choix entre le Sinovac et ou Spoutnik... Exit l’AstraZenica.

Enfin est-il possible que l’approche directive adoptée dans un premier temps par le gouvernement avec la circulaire du 20 avril pour imposer le vaccin soit liée au fait que nos responsables politiques aient voulu tout mettre en œuvre pour l’administrer avant la date de péremption ?
D’ailleurs que sait-on au sujet de la date d’expiration des différents sérums réceptionnés à savoir, l’AstraZenica, le Sinovac, et le Spoutnik ? On peut déjà signaler que nombreux pays ont indiqué que plusieurs lots d’AstraZenica, notamment ceux livrés via la facilité COVAX, avaient une durée de consommation n’excédant pas 28 jours après réception. Ce n’est pas le cas de tous, puisque d’autres ont été signalés à trois mois. En sachant que Djibouti a réceptionné 24 000 doses le 6 mars 2021 [1]. À partir de ce constat, il n’est pas difficile de supposer que ces vaccins pourraient être périmés entre avril et début juin. Concernant Sinovac et Spoutnik, leur durée de vie n’excèderait pas trois mois après livraison. On comprend mieux l’affolement du gouvernement qui l’a conduit à publier cette circulaire à injonctive pour pousser à la vaccination avant que les dates de péremption n’imposent devoir les jeter à la poubelle.

Sur ce point le gouvernement a pu être rassuré puisque, et c’est sans doute ce qui permettrait de comprendre sa nouvelle approche, à la date du rétropédalage du Premier ministre le 23 avril, un communiqué de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) « exhorte les pays africains à ne pas détruire les vaccins du Covid-19 dont la date de péremption est peut-être dépassée. Il demande de les conserver et d’attendre de nouvelles directives.
Cet appel intervient après que le Malawi et le Soudan du Sud annoncent qu’ils vont détruire plus de 70 000 doses du vaccin d’Oxford-AstraZeneca parce qu’elles sont périmées depuis mi-avril.
 » [2].

Déjà réticente aux injections du vaccin, la population risque d’être encore plus refroidie s’il se confirme que certains des vaccins disponibles sont périmés, ou en passe de l’être d’ici début juin…

Mahdi A.


 
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