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Un porte-monnaie nommé Mobicash…
 

A l’occasion du lancement du premier service de transfert d’argent et de paiement par le mobile téléphonique, baptisé Mobicash. Il s’agit d’un moyen novateur qui permet de réaliser facilement des transferts d’argent et des opérations d’achat de biens et de services à partir d’un mobile en toute sécurité.
Entouré d’une fine équipe de jeunes commerciaux djiboutiens, M. Fabrice Langreney, directeur général de la société Mobicash, nous a accordé un long entretien pour nous expliquer les gammes de service offertes par cette nouvelle innovation technologique.
La question qui se pose est la suivante : nos concitoyens sont ils prêts à modifi er de façon tangible leurs modes de comportement vis-à-vis de l’argent. La graine peut-elle prendre ? Les promoteurs semblent très satisfaisants du démarrage : Il semblerait que la téléphonie mobile n’a pas fini de nous surprendre…

Que pourriez-vous nous dire sur les services proposés par Mobicash ?
C’est un service de porte monnaie électronique géré par téléphone. A travers cette activité, nous allons permettre à tous les Djiboutiens de mettre sur leur téléphone mobile une somme d’argent qu’ils vont par la suite utiliser pour faire des transferts d’argent, effectuer des paiements de facture, faire des achats de minutes téléphoniques, mais encore procéder à des achats de biens et de services auprès des commerçants qui accepteront cette monnaie électronique. C’est un service qui ne s’adresse pas forcément à des personnes bancarisées mais à n’ importe quel abonné ayant accès au service. Avec ou sans compte bancaire Mobicash leur offre la possibilité de mettre en place un service sur le téléphone mobile. Actuellement nous disposons d’un ensemble de réseaux d’agences. Nous sommes également présents dans toutes les agences de Djibouti Telecom. On va bientôt disposer de nos propres agences, on pourra désormais couvrir l’arrière pays à savoir les villes de Tadjourah, Obock, Dikhil et Ali-Sabieh. Et dans le même temps, dans la capitale, notre réseau de revendeur pourra vendre ou échanger de l’argent en monnaie électronique aux clients.

Comment vous est venue l’idée de développer cette activité à Djibouti ?
A l’origine, l’idée d’un porte monnaie électronique n’as pas rencontré un franc succès en Europe et aux Etats-Unis. L’équivalent en France, c’est le cas de MONEO. Ce système n’a pas rencontré un franc succès auprès des consommateurs français car la majorité de la population est détentrice de carte de retrait automatique.

Mobicash, en l’occurrence est l’équivalent d’une carte de débit. Comment ?
Vous utilisez votre téléphone pour débiter une somme d’argent à chaque fois que vous effectuez un paiement électronique ou tout autre achat de biens et services, par exemple l’achat de minutes pour votre téléphone portable. Nous travaillons pour donner plus de facilités aux clients et nous disposons pour cela d’un réseau d’agents revendeurs qui peuvent à tout moment permettre à nos clients d’échanger leur argent liquide contre de la monnaie électronique ou inversement. L’abonné peut effecteur un rachat s’il dispose de beaucoup de monnaie électronique ou s’il en reçoit de sa famille. Pour cela, il va chez un revendeur agréé et pourra ainsi transformer aisément cette monnaie électronique contre des pièces sonnantes et trébuchantes.

Qu’est ce qui vous fait croire que les Djiboutiens vont avoir confiance dans ce nouveau service ?
Ce système a déjà vu le jour dans plus de vingt Etats africains dont les niveaux de vie étaient complètement différents. Partout où ce système a été développé, les populations locales l’ont tout de suite car il permet principalement de favoriser les transferts de fond entre les villes et les districts ou les zones rurales. Ensuite avoir sur le téléphone de la monnaie électronique, c’est bien plus facile que de transporter beaucoup de liquidités dans ses poches autant pour les abonnées, que pour les commerçants de la place.
Je conçois bien que tout le monde préfère avoir de l’argent liquide sur soi, mais si l’on arrive à leur montrer que les applications de Mobicash peuvent leur faciliter la vie, les gens pourront changer de comportements. Tout d’abord, je pense au paiement des factures, à l’achat de minutes de téléphonies mobiles quel qu’en soit le montant. Vous n’allez plus comme auparavant acheter des montants prédéfinis mais vous pourrez créditer par exemple 55 Fdj à 250 000 Fdj. Il y aura beaucoup plus de flexibilité par rapport aux cartes téléphoniques prépayées si vous utilisez Mobicash parce que le client pourra acheter n’importe quel montant comme il veut et quand il veut sans avoir à se déplacer.

Pourrons-nous payer prochainement notre facture d’électricité avec Mobicash ?
L’objectif de Mobicash est d’être interconnecté avec toutes les sociétés de service pour faciliter le paiement des factures. Pour l’instant la première société à fournir ce service à sa clientèle, c’est Djibouti-Telecom. Vous pourrez aller payer votre facture d’Adsl et de téléphone fixe en plus des recharges pour la téléphonie mobile.
A partir de là, nous espérons que les Djiboutiens pourront prendre conscience que Mobicash vise la simplicité. Nous avons une liste d’une cinquantaine de commerçants avec lesquels nous travaillons et notre objectif in fine, serait que le client puisse payer, pourquoi pas sa botte de khat en monnaie électronique dans un avenir proche. Prenez l’exemple des taxis, ils vont adopter ce nouveau comportement car il est plus aisé pour eux de se faire payer en Mobicash, ils seront moins exposés à transporter des fonds mais surtout ils n’auront plus à faire leur provision de monnaie liquide pour faire l’appoint dans la monnaie à rendre au client. Encore une fois, nous venons seulement de démarrer, il ya de cela quatre jours, notre objectif est de faire signer le plus grand nombre de commerçants et de fournisseurs de biens et service qui adhèrent à ce nouveau concept.

Quels sont vos impressions par rapport à ce démarrage ?
Mes impressions sont excellentes. Les gens essayent le menu et essayent de s’exercer au menu et comprendre les services proposés. Nous sommes une des seules sociétes Djiboutiennes à avoir un service clientèle 24h/24h. Actuellement nous sommes sollicités pour mieux expliquer les fonctionnalités des différents services de Mobicash telle que le questionnement qui revient le plus souvent, comment l’utiliser ? On voit apparaitre sur nos écrans de contrôle plein de petits transferts s’effectuer. Aussi nous sommes très optimistes après seulement quatre jours du lancement. Autre spécificité de notre service : c’est que nous ne ciblons pas la partie aisée de la population. On ne vise pas les personnes qui ont des comptes en banque mais tout le monde. Si vous regardez notre grille de tarifs, on démarre avec de montants qui commencent seulement à partir de 50 Fdj. L’objectif du service est de pouvoir utiliser Mobicash à partir de l’achat de deux Coca-Cola. C’est un service offert à toutes les populations d’autant plus que les frais de services sont très raisonnables. Si vous regardez nos frais de transfert, vous constaterez que nous sommes très compétitifs et beaucoup moins chers que des établissements à service comparable, qui eux se situent au alentour de 7 ou 8%, tandis que nous, nous nous situons entre 3 et 4% seulement.

Vous voulez nous dire qu’avec Mobicash on peut envoyer de l’argent dans les districts de l’intérieur ?
Oui, vous pourrez envoyer de l’argent à votre grand-mère à Obock si vous le souhaitez. Là-bas il y a des revendeurs et une agence qui pourront offrir ce service presque instantanément après l’opération. Je souhaite créer ce que j’appelle un écosystème, c’est à dire un ensemble de réseau qui donne envie au client de garder cette monnaie électronique sur son téléphone mobile. On aura tout autour de nos utilisateurs un certain nombre de commerçants qui accepteront les paiements en monnaie électronique et au lieu de tout de suite échanger cette monnaie en argent, le client aura la possibilité de régler ses courses en Mobicash. Quant aux commerçants, ils pourront s’acquitter de leurs achats également de la même sorte auprès de leurs fournisseurs respectifs. Il y a tout une chaine qu’on est en train de mettre en place pour que chaque somme créditée reste en monnaie électronique.

Que pouvez-vous nous dire sur votre grille tarifaire ?
En matière de transfert, pas de limitation de seuils, toutes les sommes sont acceptées. Jusqu’à 250 milles francs, nous avons une grille tarifaire bien établie avec des paliers entre 50 et 250 et au-delà seulement 0,5% de frais de transferts de fond et 1% pour le rachat de monnaie électronique en argent liquide. Encore une fois, nos services sont accessibles à tous. L’idée de base c’est que sans distinction tout le monde puisse utiliser nos services aussi bien pour des petits paiements que les paiements importants.

A vous écouter, on a l’impression que vous avez presque un rôle social. On est tenté de croire que le téléphone mobile est presque un nouvel outil solidaire ?
C’est un nouvel outil économique. C’est clairement ce que l’on voit dans les pays voisins qui ont développé le même type de service. On assiste à une recrudescence de l’activité économique dans les zones rurales parce qu’il y a maintenant des facilités de transfert de fonds. Encore une fois, les fournisseurs peuvent utiliser cet outil pour payer les grossistes qui se trouvent à Djibouti. C’est un service qui facilite la vie à tout le monde. On contribue ainsi à sécuriser les transferts et les paiements à l’égard de tous les acteurs de la vie économique. Le plus gros succès en Afrique se trouve au Kenya où l’on parle de plusieurs milliards de dollars de transactions par an.
C’est devenu la première institution financière du pays. Maintenant si vous allez au Kenya, vous pouvez payer votre billet d’avion, louer une voiture mais encore faire votre plein d’essence. Et tout le monde utilise l’équivalent de Mobicash au kenya ça s’appelle « Npesa ». Ce nouvel outil a un impact économique considérable. A titre d’information, la fondation Bill Gates a dépensé des milliards de dollars pour investir dans ce type de service parce qu’elle est convaincue que cet outil participe au désenclavement des zones rurales reculées. Il y a un tel engouement que même Barack Obama lors de sa visite au Kenya, il y a de cela un an avait envisagé d’utiliser cette nouvelle technologie afin de contribuer à désenclaver les zones rurales américaines les plus éloignées. Actuellement en Afrique, il ya plusieurs pays dont la Tanzanie, le Botswana, l’Afrique du Sud où ce système a été développé par des opérateurs aussi différents que Orange Monnaie, France-Telecom en Afrique de l’Ouest, Vivendi au Magreb et enfi n Mobicash au Maroc.
Il est très intéressent de souligner que chaque pays dispose de son application fétiche. A Djibouti, on le saura bientôt si c’est le transfert de fonds ou le paiement des factures. Quelque soit l’application de base, dans chaque pays on remarque une spécificité nationale.
Je sais qu’en Tanzanie par exemple c’est l’envoi de salaires qui a explosé le système car c’était plus simple pour l’armée d’envoyer les salaires dans les régions. Pareillement on pourrait utiliser nos services pour effectuer les versements des retraites dans les districts. Il peut s’agir également des applications de microfinance et c’est là un impact social notable. Mobicash pourrait contribuer à faciliter le paiement et l’envoi de crédit dans l’arrière pays. C’est une révolution si elle est acceptée par la tranche de population non bancarisée de Djibouti. On est tout à fait conscient que c’est une société habituée à travailler avec du liquide et notre objectif maintenant est de la familiariser avec ce nouvel outil qui à terme va leur faciliter la vie. Cette transition s’est faite dans tous les pays et nous sommes prêts à lancer une vaste campagne de sensibilisation.
Nous allons avoir des acteurs Djiboutiens qui vont participer à la promotion de ce système de monnaie virtuel dans toutes les régions. On espère donc assister à ce changement de comportement dans un proche avenir. On est persuadé que dans les six mois la population va adhérer à notre concept. In fine nous souhaitons que les Djiboutiens et djiboutiennes adoptent un nouveau type de comportement vis-à-vis de l’argent.

Qu’en est-il de votre système de sécurité ?
Lorsque vous démarrer le système, on vous attribue un mot de passe. Apres avoir composé*180#, vous arrivez sur le menu Mobicash et là on vous demande de créer votre propre mot de passe personnalisé. Ensuite on vous demande de vous rendre auprès d’un revendeur agrée pour mettre de la monnaie électronique. Dés que vous effectuez une transaction avec votre téléphone mobile, notre service clientèle va vous appeler et vous demander de fournir votre identité, votre numéro de carte d’identité et une question secrète encore une fois propre à vous. Toutes ces informations sont enregistrées dans notre base de données. Si un jour votre téléphone est volé vous vous identifiez avec votre question secrète préenregistrée. Il faut bien comprendre que vous démarrez le service par un simple enregistrement, mais dès lors que vous effectuez la première transaction, le service clientèle vous contact par téléphone afin de vous identifiez. Cette démarche est essentielle car c’est elle qui va nous permettre de mieux sécuriser votre compte en cas de perte ou de vol de votre mobile. On demande également comme dans un établissement bancaire de nous communiquer les dernières transactions effectuées pour bien vérifier l’identité de la personne.

Vous n’avez pas l’impression que ce que vous proposez aux Djiboutiens, c’est une banque déguisée ?
Non, à priori nous sommes complémentaires. Notre système est dédié à rapprocher la population non bancarisée du système bancaire. Comme partout où notre système se développe, notre offre de service a permis d’amener une nouvelle clientèle vers les établissements de crédit. Et c’est la phase deux de notre projet. Peut-être que les banques nous considèrent comme des concurrents car on offre un produit différent de la Carte Visa, qui est moins onéreux, donc plus attractif, notamment une gamme de services inédits et qui simplifie grandement la vie de nos utilisateurs au quotidien. Bref on essaie de faire les choses autrement. Dans les pays voisins, on remarque qu’une fois que les abonnés sont à l’aise avec le téléphone mobile comme portefeuille électronique, là ils sont prêts à aller vers un établissement bancaire pour réaliser soit un dépôt soit un retrait au guichet. Il est envisageable d’assister à une association entre la société de service de porte monnaie électronique et les banques. Vous pouvez même aller avec votre téléphone dans une banque pour effectuer des retraits d’argent liquide à partir d’un porte-monnaie électronique. A Djibouti, nous avons établi un partenariat avec deux banques de la place à savoir la BCI et l’ICB.

Envisagez-vous à long terme de connecter vos services avec les comptes bancaires de vos abonnés ?
Encore une fois, notre objectif premier n’est pas la tranche de population bancarisée. Cependant à long terme nous envisageons de pouvoir connecter nos services avec ceux de nos deux partenaires ; la BCI et l’ICB afin de permettre à nos clients de procéder au paiement de facture en débitant directement leur compte en banque.

Que pouvez-vous nous dire sur votre partenaire Djibouti télécom ?
C’est un partenariat gagnant-gagnant. Ils ont fait un travail formidable pour nous donner accès à leur réseau GSM. Notre collaboration est excellente pour preuve, nous avons réussi en trois mois à installer la plateforme et interfacer les équipements GSM. Et nous travaillons toujours ensemble car le paiement des minutes doit se faire en interfaçant notre système avec le leur. De même on est amené à utiliser leur outil de facturation pour mettre en place notre service de paiement de facture. C’est un partenariat très productif en ce sens où les termes de l’accord entre Mobicash et la République Djibouti incitent les deux partenaires à faire le maximum. En échange de l’accès au réseau GSM de Djibouti-Telecom, Mobicash s’engage à verser une partie de ses dividendes. On apporte sans conteste une valeur ajoutée car grâce à notre service nous incitons les populations rurales à plus utiliser les lignes téléphoniques de Djibouti-Telecom. En somme, nous apportons une certaine expertise pour mieux exploiter le réseau GSM.

Concrètement, si je veux demain mettre de l’argent sur mon mobile téléphonique où dois-je me rendre ?
Pour l’instant notre réseau d’agences homologuées comprend une vingtaine de revendeurs qui sont réparties aussi bien dans la capitale que dans les régions de l’intérieur. Pour les identifier, c’est assez simple, une enseigne Mobicash est visible sur le fronton de leurs façades. Mais vous pouvez également vous rendre dans n’importe quelle agence Djibouti-Telecom.
Ce qui est intéressant de souligner, c’est que beaucoup de nos revendeurs sont des commerçants d’un côté, ils sont payés en monnaie électronique et dès lors qu’ils ont un excès de monnaie ils peuvent la revendre moyennant une petite commission. Pour les commerçants, il s’agit d’une incitation à recevoir de l’argent liquide pour ensuite l’échanger contre de la monnaie électronique s’ils le souhaitent. Ainsi on voit beaucoup de commerçants se positionner comme revendeurs. Bientôt nous disposerons sur le site web d’une liste exhaustive de tous les points de ventes disponibles.

Etes-vous confiant pour le devenir du produit Mobicash ?
Extrêmement confiant, même après quatre jours d’ouverture encore plus convaincu que le jour d’avant. L’engouement est là et toutes les sociétés que nous rencontrons sont intéressées. Il y a certes un travail d’éducation et de sensibilisation à effectuer mais ma modeste expérience dans le domaine des technologies me permet de dire qu’il n’y a aucune raison pour que notre système ne fonctionne pas à Djibouti.

Man Mohamed Djama

 
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