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L’opposition djiboutienne dénonce un déni de droit
par Mahdi A., mars 2020 (Human Village 38).
 

Dans un entretien accordé à RFI hier [1], lundi 9, deux responsables de l’opposition ont présenté un tableau peu reluisant de la situation politique en République de Djibouti. Ils dénoncent des entraves persistantes à leur accès aux moyens de communication, en particulier les médias publics et l’interdiction de manifester ou de mobiliser leurs militants, auxquels se serait ajouté ce qu’ils qualifient de « kidnapping et séquestration arbitraire » : l’arrestation par des officiers de police « encagoulés » de l’un des leaders de l’opposition nationale, membre de l’ARD, Hassan Mohamed Hassan, alias Dilleyta Tourab. Il aurait été « détenu au secret, pendant quatre jours, puis incarcéré à la prison de Gabode, le samedi 7 mars ». Ils alertent sur ce qu’ils qualifient d’arrestation illégale, qui servirait à museler un opposant bien connu des Djiboutiens, une des figures de proue du mouvement contre un cinquième mandat du chef de l’État, Ismaïl Omar Guelleh.

Pour avoir un autre son de cloche, RFI a pris soin de recueillir les commentaires de Daoud Houmed, présenté comme « un des portes-parole de la majorité ». Il conteste les faits incriminés, notamment les conditions de l’arrestation de Dilleyta Tourab, qui relèveraient d’une procédure judiciaire tout à fait normale. Il appartient aux autorités judiciaires de se prononcer sur les faits qui lui sont reprochés. « Des kidnappeurs n’amènent pas leur prisonnier à la justice. Laissons l’instruction se terminer. S’il est innocent, il sera relâché », a-t-il déclaré.
De même, l’interdiction de manifester édictée par Sirag Omar Abdoulkader en réponse à la demande d’autorisation de rassemblement déposée par le président du RADDE serait justifiée par des motifs légitimes de sécurité. La tenue d’un tel rassemblement en plein centre ville pourrait faire peser un risque sur les participants. Il rappelle que le pays « abrite des bases militaires étrangères. Or, il y a des mouvements terroristes dans la région qui cherchent la moindre opportunité. Cette manifestation est inopportune ». Dans les éléments de langage à délivrer à la presse ou aux chancelleries diplomatiques, sans doute que, la mesure de précaution pour prévenir la propagation du coronavirus aurait été plus efficace...

Ces motifs fournissent des éléments de réponse aux interrogations de la population djiboutienne. On peut cependant être interpellé par le fait que ces éléments viennent de France… Ici, c’est silence radio sur ces évènements. On ne manquera pas de relever qu’en dépit des explications apportées sur la situation carcérale de Dilleyta Tourab, on n’en sait pas plus sur les motifs de son arrestation. Qu’est-il reproché à ce responsable politique de l’opposition qui justifie une mise en détention au secret, puis une mise en dépôt pour enquête à la prison de Gabode ? Quels crimes a-t-il commis qui demandent cette restriction sévère à sa liberté ? Enfin, concernant la décision d’interdire une action militante qui voulait dénoncer « la vie chère [et demander] le respect des libertés fondamentales et une transparence des prochaines élections », on n’arrive pas à se remémorer la date de la dernière manifestation autorisée pour exprimer un mécontentement. Or c’est le seul moyen qui permette pacifiquement de contester ce qui se passe dans le pays sur certains sujets, puisque l’accès aux médias publics est drastiquement restreint en dehors des courtes périodes électorales.

Certes, la conjecture régionale n’est pas des plus favorable, et certains pourraient profiter de dissensions politiques ou sociales pour enclencher une déstabilisation comme cela a pu se produire ailleurs. Il est essentiel de préserver la quiétude du pays mais, d’un autre côté, il n’existe pas d’espace politique permettant aux citoyens d’exprimer légalement – en particulier collectivement - un désaccord sur la gestion du pays…
Pour l’opposition cette situation est une provocation et un déni de droit. A-t-elle complètement tort ? En l’absence d’outils collectifs d’expression, comment dénoncer ensuite l’influence néfaste des réseaux sociaux sur la population et les fake news qui s’y répandent comme feu de brousse ? Quelle alternative proposer ?

Mahdi A.



 
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