Human Village - information autrement
 
Café : des producteurs racontent
par Mahdi A., septembre 2010 (Human Village 13).
 

Nous avons rencontré deux entrepreneurs éthiopiens passionnés par le café, Saido Hassan et Mohamed Saido, père et fils : Ils exportent depuis presque maintenant deux décennies du café depuis la région de Dire Dawa, en Ethiopie. Leur clientèle est diverses mais ils exportent l’essentiel de leur café arabica dans les pays du Golfe et plus particulièrement en Arabie saoudite. Nous les avons questionnés sur le monde du café, sa culture, les difficultés rencontrés par les petits exploitants, et comment ils voient l’avenir du Moka…

Saido Hassan
Pour sa culture nous recourons à l’irrigation mais nous avons la chance d’avoir ici de la bonne terre, elle est comme vous pouvez le constater de couleur brun : elle est très fertile. Elle est composée d’une terre végétale grasse et friable, elle est faiblement acide, et c’est d’ailleurs très bon pour l’arbuste. Pour assurer sa fertilité nous maintenons des débris végétaux et utilisons le fertilisant organique. Notre agriculture est 100% biologique, d’ailleurs d’aussi loin que je me souvienne j’ai toujours vu les paysans cueillir les cerises de café sur les arbustes sauvages. Les conditions naturelles sont si bonnes qu’on n’a nul besoin de pesticides ou de fertilisants. Après les cueillettes, les cerises sont mises à sécher sur des claies. Ensuite elles sont décortiquées afin de récupérer les grains. Si l’on veut exporter du café lavé, il faut disposer d’une station de lavage et les cerises doivent être traitées le jour même de la cueillette. Elles sont d’abord dépulpées, puis les grains sont lavés pendant 72 heures.
Ce traitement qui nécessite un investissement plus important, permet d’exporter à un meilleur prix car pour le consommateur l’arôme est supérieur. Il faut savoir qu’il y a environ en Ethiopie 400 stations de lavage qui peuvent traiter environ 52000 tonnes de café par an. Il n’est plus question aujourd’hui d’étrangler les producteurs. Il est important de maintenir un revenu minimum pour les producteurs, sinon les paysans iront à la catastrophe et, en même temps, les multinationales auront des qualités de café nettement inférieures à ce que les consommateurs souhaitent trouver dans leur tasse. Il y a quatre ans le pays encaissait 160 millions de dollars USD alors qu’aujourd’hui on arrive à un montant qui tourne autour de 500 millions de dollars USD. Cette hausse a eu un impact important sur le budget de l’Etat et également sur le revenu des petits producteurs. A cette époque, dans certaines régions il est arrivé que certains agriculteurs aient commencé à arracher les caféiers ou à ne plus s’occuper des plantations car les revenus d’autres productions étaient nettement plus attirants que ceux du café. Il faut les comprendre ils ne pouvaient pas uniquement se nourrir de café s’il n’y a pas de nourriture pour l’accompagner. Afin de planter du café ils avaient détruit leurs cultures vivrières qui auraient pu les nourrir.
Mais je pense que l’Ethiopie a une carte à jouer. Elle pourrait jouer un rôle important avec le café biologique puisque nos agriculteurs n’ont pas les moyens d’acheter des insecticides ou des herbicides. Traditionnellement, nos plantations sont petites, autour d’un hectare et demi, c’est la raison pour laquelle on peut donc considérer que l’ensemble de la production éthiopienne est biologique. Il faudrait néanmoins que soit mis en place une sorte de certification pour garantir aux consommateurs internationaux de la qualité biologique de notre café. De nombreux pays ont investi dans le marketing, la promotion des produits du terroir : la qualité du café Ethiopien est reconnue par les professionnels mais l’effort de promotion vers le public des consommateurs est très faible, voire inexistant. Il est important me semble t-il que le gouvernement donne la priorité à ce secteur et le développe à la fois à l’intérieur et à l’extérieur, et plus particulièrement en Europe aux Etats-Unis.

Mohamed Saido
Améliorer la qualité du café éthiopien et la productivité du secteur, devrait être une priorité. Il faut que les grains soient de qualités supérieures et exemptes de toutes sortes de produits chimiques et de contamination car les années précédentes nous avions rencontré des problèmes au niveau de la qualité de la production caféières, poussant certains acheteurs à stopper leurs importations, notamment le Japon. Produire du café de qualité supérieure nous donnera la légitimité de demander un prix élevé sur le marché international. L’idée est d’obtenir le meilleur prix à la vente et d’améliorer ainsi les conditions de vie des producteurs de café qui se plaignent légitiment de ne pas gagner assez. Il faut savoir qu’en Ethiopie les ouvriers agricoles désherbent manuellement à coup de machette entre les rangées de caféiers et épandent des engrais organiques.
Pendant la récolte, ils cueillent les baies rouges l’une après l’autre et les étalent sur une toile plastique attachée à des poteaux pour qu’elles sèchent au-dessus du sol. Le café est un produit très délicat. Il absorbe tout. Si les grains sont sur le sol, ils absorbent toutes impuretés. Si on les fait sécher sur un treillis métallique, ils absorbent la rouille. C’est pourquoi on fait sécher les grains sur une toile plastique tendue au dessus du sol.
Des techniques existent pour accroître le rendement de la plantation et la qualité de la récolte, par exemple la détermination d’un bon angle pour les rayons de soleil qui touchent les caféiers, est un bon moyen d’obtenir une bonne teneur en eau dans les grains de café, car si la teneur est trop élevée, le risque est grand de voir apparaître un champignon sur les baies et produire une toxine. Les acheteurs étrangers sont disposés à payer un bon prix pour une grande qualité.
Il faut que l’Ethiopie s’implante sur le marché des cafés de qualité. Dans la plupart des pays producteurs de café à vocation exportatrices, la récolte se fait au moyen de machines qui cueillent les baies mêlées à des feuilles et à des branches ce qui n’est pas vraiment professionnel, ici nous avons la particularité de cueillir les cerises une par une à la main : c’est un atout que nous devons valoriser. Les acheteurs exigent un produit sans matières étrangères et désirent savoir le lieu de production. Ils exigent aussi une culture biologique et de bonnes conditions de travail pour les ouvriers. C’est la raison pour laquelle je reste convaincu que l’Éthiopie doit s’orienter vers la production d’un café de qualité et non pas vers une production intensive.
D’ailleurs le cours du café éthiopien est trois ou quatre fois plus élevé qu’en 2006 aujourd’hui, on le doit aux nombreuses initiatives du gouvernement ; les producteurs commencent à comprendre l’intérêt pour eux à évoluer sur la qualité puisque avec les nouvelles méthodes de culture ils peuvent accroître la qualité et la quantité et ainsi augmenté leurs chiffres d’affaires : nous obtiennons des prix plus élevés pour une meilleure qualité : C’est du gagnant-gagnant.

Propos recueillis par : Mahdi A.

 
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