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Les ethnies contre l’Éthiopie
 

Comme il fallait s’y attendre, c’est au tour des anciens dominants, les Amharas, de souffler sur la braise en revendiquant la propriété d’Addis-Abeba, la Nouvelle Fleur qu’ils ont effectivement plantée au XIXe siècle grâce à la main verte de l’impératrice Taytu. Même si la ville se trouve en région oromo (le clan Gulelle), les Amharas constituent la majorité de son peuplement, et c’est pour cela qu’ils s’estiment en droit d’exiger qu’elle soit dotée d’un statut spécial qui leur en accorde la gestion. Cagoulés et AK 47 à la main, ils ont bravé un service d’ordre d’habitude moins placide et tolérant : respect du droit de manifester, parait-il. Donc cette revendication amhara s’ajoute à la dizaine de conflits qui opposent d’autres communautés aux quatre coins de l’Éthiopie.

Et si tout cela n’était qu’une diversion ? Si tous ces foyers de tension étaient artificiellement créés pour faire accepter un projet politique : le retour à un pouvoir centralisé comme seule solution face au prétendu échec du fédéralisme ethnique mis en place par le TPLF ? En clair le retour à un État unitaire par la disparition des régions territorialement découpées et organisées en fonction de l’homogéneité ethnique, en clair la fin des Killils. Inutile de préciser que le conflit entre Afars et Issas est monté de toutes pièces et s’inscrit, comme d’autres contentieux prétendument territoriaux, dans cette perspective.
Ce projet aurait déjà été soumis aux dirigeants des cinq Régions périphériques dominées (Afar, Beni-Shangul, Gambella, Peuples du Sud et Somali) et, vous savez quoi ? Ces dirigeants auraient tous accepté cette géniale idée d’abandonner le fédéralisme à base ethnique et le retour à une Éthiopie une et unie. Normal car c’est évidemment pour cette obéissance que ces dirigeants ont été installés par le Premier ministre Abiy. Ce qui explique le choix d’une ministre afar à la Défense et la situation d’anarchie dans laquelle se trouve le killil Afar dirigé par le parti politique qu’elle préside avec époux et beau-frère, killil où toute forme d’administration a cessé d’exister : c’est la paralysie totale dont profitent ces dirigeants pour semer la zizanie entre les clans.

Avec la restauration d’un pouvoir central et la disparition des régions, prévaudrait la loi du plus fort et des plus nombreux : justement deux vertus cardinales du libéralisme occidental puisque, on l’aura compris, il s’agit de mettre notre voisin au diapason de la mondialisation et c’est pour cela qu’Abiy est si apprécié par les dirigeants occidentaux.
Mais il y a un hic : parce que ce retour à un pouvoir central fort constituera une indéniable et inacceptable régression des droits des minorités ethniques trop longtemps opprimées, il est pratiquement impossible de les convaincre qu’il s’agit là d’une avancée démocratique révolutionnaire. D’où la nécessité de les présenter par avance comme obstacles réactionnaires et incendiaires à l’ambition du visionnaire Abiy : ceci facilitera le silence de la « communauté internationale » face à une inévitable et meurtrière répression pour « réunifier » l’Éthiopie démantelée par les méchants Tigréens.
Justement, rien ne dit que les Tigréens accepteront sans résister de perdre les acquis de leur lutte armée… et ils ont les moyens de leurs ambitions.

Cassim Ahmed Dini

Source : [1].


[1Cassim Ahmed Dini« Les ethnies contre l’Éthiopie », Facebook, 24 mars 2019.

 
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