Human Village - information autrement
 
La marine militaire éthiopienne cherche un port...
 

Nous vivons une époque bizarre : la quantité d’informations accessibles est inversement proportionnelle au temps disponible pour les traiter et les analyser. Écho au fast-food dans le domaine culinaire, voici venu le temps du fast-news : même pas le temps de digérer, encore moins d’assimiler, que l’on ingurgite sans avoir mâché, comme les oies gavées du Périgord, et encore, vive le foie gras ! Et pourtant …
Pourtant il y a des informations qui méritent que l’on s’y attarde, que l’on prenne le temps de les incorporer car elles sont lourdes de sens et d’impact sur nous. Ainsi en est-il du récent accord de défense en vertu duquel la France éternelle de Macron va aider l’Éthiopie chrétienne d’Abiy à se doter d’une marine militaire. Pour mieux saisir l’énormité de cette nouvelle, quelques données essentielles gagneraient à être rappelées, comme quoi notre village n’est pas si planétaire que cela.

En premier lieu, combien y a-t-il exactement d’États sur notre planète Terre ? Selon le décompte officiel de l’ONU de 2017, il y a 197 pays reconnus : 193 États membres, plus le Vatican et l’État de Palestine en qualité d’observateurs, les îles Cook et Nuie, reconnus mais ni membres ni observateurs. Par continent, cela donne à peu près, selon un consensus admis dans la nébuleuse « communauté internationale » :
- 54 pays en Afrique ;
- 35 en Amérique du nord au sud ;
- 47 en Asie ;
- 45 en Europe dont 28 appartenant à l’Union européenne ;
- 16 pays en Océanie, eh oui, ça existe, même si il y a plus d’eaux que de terres.

Mais si, bien que correspondant à la définition qu’en donne Max Weber (organisation humaine qui, à l’intérieur d’un espace territorial délimité, revendique avec succès l’usage du monopole de la violence physique légitime) l’on prend en compte les entités étatiques pas du tout ou partiellement reconnues par d’autres États, notre planète compterait non pas 197 mais plutôt 324 pays ! Taïwan, Kosovo, Sahara occidental, pour ne citer que ceux-là, ne figurent pas sur la liste officielle de l’ONU. Pas plus que l’Azawad ou le Somaliland : qui osera sérieusement dire que notre voisin du sud-est est moins un État que notre pays ? Selon quels critères puisque l’on y respire plus démocratiquement que chez nous ? Mais revenons à nos moutons, ou à nos chameaux.
Donc, en second lieu, il s’agit de recenser combien, parmi ces 197 États, sont ceux sans littoral maritime mais possédant une marine militaire. Au moins 15, dont deux en Afrique : Arménie, Azebaïdjan, Bolivie, Centrafrique, Hongrie, Kazakhstan, Laos, Moldavie, Paraguay, Serbie, Slovaquie, Suisse, Tchéquie, Turkménistan et Ouganda. Il y a un point commun à toutes ces flottes : elles opèrent sur des lacs (Titicaca), des fleuves (Mékong) ou des mers intérieures (Caspienne).

L’Ethiopia, ex AVP49 Orca

Ainsi, l’Éthiopie serait le premier État contemporain au monde à posséder une marine de guerre opérant sur des eaux internationales ouvertes, à partir des eaux territoriales d’un autre État, par définition et supposément indépendant. Ce n’est pas peu mais mieux vaut en avoir clairement conscience a travers cette mise en perspective.
Avec toutes ces bases militaires étrangères et souvent jalouses les unes des autres, Djibouti prend un peu plus les atours d’une courtisane courtisée ; Marianne jouerait-elle le rôle de « Madame Claude » ? Encore une exclusivité mondiale éthiopienne, après le tef de l’injira et celle du seul « ministère de la Paix ».

Alors, à quoi servira cette flotte de guerre éthiopienne ?
À protéger l’Éthiopie contre toute éventuelle agression par mer ? Soyons sérieux, aucun débarquement n’est possible, ni aucun lancement de missiles de moyenne portée contre quelque ville ou installation sensible de notre envahissant voisin. À attaquer quelque proche puissance péninsulaire en djellaba ? Risible ! Alors quoi ? À contrôler nos ports et nos côtes pour sécuriser l’essentiel de ses échanges commerciaux : certainement, en restaurant aussi la grandeur passée de la marine militaire éthiopienne, perdue pour cause d’indépendance de l’Érythrée.
Érythrée qui n’a aucune raison de se vassaliser en participant aujourd’hui à la résurrection de la marine éthiopienne, en mettant Assab ou Massawa à la disposition de cette ambition : marginaliser son irréductible ennemi qu’est le TPLF oui, mais pas à n’importe quel prix.
D’autres ports d’attache sont également évoqués, dont celui de Berbera : pourquoi pas, même si cela constituerait une atteinte à l’intégrité territoriale de la Somalie, une trahison de la parole donnée au président Farmajo ; mais le drapeau du Somaliland ne flotte-t-il pas déjà officiellement à Djibouti-ville, au-dessus de la bâtisse abritant son consulat ?
Maintenant, la stabilité du régime djiboutien étant factice, quelle pourrait être l’ingérence de cette marine de guerre éthiopienne dans nos affaires intérieures en cas de rationalisation et de radicalisation de la lutte, pacifique comme armée, si un de nos ports était mis à sa disposition ?
Pour l’instant, tout semble indiquer que l’aide à la renaissance d’une flotte militaire éthiopienne ne sert qu’à renforcer la présence militaire (et bientôt économique) française dans notre région, renouant ainsi avec les origines de sa présence coloniale : Djibouti au service de l’Éthiopie, au détriment de toutes nos populations, les unes épisodiquement utilisées contre les autres, mais toujours dans un même dessein, à savoir nous empêcher d’exister en tant que Nation indépendante.

Déni de souveraineté qui rappelle les propos déplacés d’un ambassadeur au lendemain des législatives de février 2013 … Accentuation de notre lamentable condition de protectorat. Préoccupant …

Cassim Ahmed Dini

Source : [1].


[1Cassim Ahmed Dini« Néocolonialisme maritime : La France et la marine militaire éthiopienne », Facebook, 22 mars 2019.

 
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