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L’ONU lève les sanctions contre l’Érythrée
par Mahdi A., novembre 2018 (Human Village 34).
 

Le conseil de sécurité des Nations unis a levé ce mercredi 14 novembre les sanctions imposées à l’Érythrée il y a près de dix ans [1].

Il s’agit notamment de la résolution 2385 (2017) [2] adoptée par le Conseil de sécurité le 14 novembre 2017, qui reconduit la résolution 2023 (2011) [3], laquelle avait très nettement renforcé les sanctions contre Asmara, notamment les résolutions 1862 (2009) [4], 1907 (2009) [5] et 2002 (2011) [6]. La mesure devait être réexaminée en Conseil de sécurité au plus tard le 15 décembre 2018. L’Éthiopie est membre du Conseil de sécurité depuis janvier 2017, elle fait donc partie des pays dont la voix pèse au sein de l’organisation onusienne, suffisamment pour accélérer la réhabilitation d’Asmara au regard du droit international. C’est sous son impulsion que la réunion d’examen a été anticipée de 30 jours.

L’Érythrée est aussi suspendue de l’Igad en 2007, et de l’Union africaine depuis 2010.
La résolution appelle Asmara et Djibouti à poursuivre les efforts en vue de régler leurs différends aussi bien frontalier que le sort de soldats djiboutiens disparus après les heurts d’il y a dix ans.
Malgré la fin de l’obstruction de Djibouti à la levée des sanctions onusiennes sur l’Érythrée, elles ont failli ne pas prendre fin. Mais un revirement récent de la position américaine a permis d’accompagner l’évolution positive de la situation politique dans la Corne de l’Afrique depuis l’arrivée du nouveau gouvernement éthiopien. Puisque questionné le 12 septembre dernier au Congrès sur le réexamen de celles-ci, du fait du rapprochement de l’Érythrée avec l’Éthiopie, Tibor Nagy, secrétaire adjoint aux affaires africaines au département d’État américain, avait émis des réserves appuyées, justifiant la nécessité de préserver les sanctions pour permettre des avancées significatives sur les questions liées aux droits de l’homme, à la liberté de culte, ou les détentions arbitraires [7].
Comment expliquer ce retournement de dernière minute de la position américaine ? Est-il envisageable qu’en contrepartie de ce retour dans le concert des nations, l’Érythrée consente à refuser l’installation de bases russes, chinoises voire iraniennes, le long de ses côtes ? Cette analyse est d’autant plus vraisemblable que les Américains n’excluraient pas l’option d’une emprise militaire navale afin de donner une profondeur stratégique à leur base du camp Lemonnier, en mauvaise posture depuis qu’une base chinoise s’est positionné à seulement 11 kilomètres [8]. Si cette option était confirmée, c’est la géo-politique régionale qui risquerait d’être profondément bouleversée. L’Érythrée n’aurait rien à envier à Djibouti. D’ailleurs, les Russes, qui disposaient d’une base militaire dans les îles érythréennes des Dahlak, n’étaient pas loin de le penser… L’Érythrée possède 1150 kilomètres de côtes maritimes et près de 350 îles situées à proximité du détroit du Bab-el-Mandeb. Elle contrôle donc, tout autant que Djibouti, les points d’entrée et de sortie de la mer Rouge. Inévitablement, Djibouti perdrait considérablement en importance et en influence !

Ce rapprochement avec l’Érythrée a été par ailleurs activement soutenu par un élu de la Chambre des représentants des États-Unis d’Amérique, Dana Tyrole Rohrabacher - non réélu dans le dernier scrutin électoral du 6 novembre 2018. Cet élu républicain du 48e district de Californie plaidait très clairement pour l’établissement d’une coopération militaire. Dans une lettre au secrétaire d’État Michael Pompeo, en date du 26 avril 2018, il l’enjoignait à réviser le niveau de coopération avec le régime d’Issaias Afeworki, rappelant qu’en l’état de la relation en dents de scie avec la Chine, les États-Unis d’Amérique aurait un intérêt stratégique certain à prendre pied en Érythrée. « Je suis favorable à l’amélioration de nos relations avec l’Érythrée, notamment à la reprise de la coopération militaire. […] L’Érythrée est un membre clé de la coalition menée par l’Arabie saoudite et les EAU luttant contre les Houtis soutenus par l’Iran au Yémen. L’Érythrée entretient d’excellentes relations avec Israël, les EAU et l’Égypte. La coopération avec l’Érythrée pour faire face à l’influence croissante de la Chine dans la région, y compris sa nouvelle base militaire à Djibouti et la lutte en cours contre l’islam radical, a du sens. […] Je vous exhorte, vous et votre administration, à rétablir les relations diplomatiques avec l’Érythrée, de lever les sanctions et d’entamer un dialogue sur la coopération stratégique qui profiterait aux deux pays et à nos alliés dans la région de la mer Rouge » [9]. Il semblerait que son voeu ait été exaucé...

L’Érythrée hier paria, aujourd’hui lieu de toutes les convoitises. Pourvu que cela dure !

Mahdi A.

Communiqué du ministère djiboutien des Affaires étrangères
14 novembre 2018

Suite à l’adoption par le Conseil de sécurité de la résolution n° 2444 en date du 14 novembre 2018, le gouvernement de la République de Djibouti salue la décision du Conseil de sécurité de lever les sanctions contre l’Érythrée.
De même, le gouvernement de la République de Djibouti se félicite de la consécration explicite par la résolution de la position de la République de Djibouti en ce qui concerne le règlement du conflit avec l’Érythrée.
À cet égard, le gouvernement de la République de Djibouti à travers ce communiqué souhaite exprimer sa gratitude à ses partenaires et amis membres du Conseil de sécurité qui ont amplement reflétés nos préoccupations dans la résolution.
Le gouvernement de la République de Djibouti exprime son entière satisfaction quant à l’inclusion dans le texte de la résolution des paragraphes opération sur les questions cruciales concernant les prisonniers de guerre djiboutiens et la démarcation de la frontière à savoir
- « Paragraphe 6 : demandant instamment à l’Érythrée de rendre disponible toutes les informations détaillées relatives aux soldats djiboutiens portés disparus. »
- « Paragraphe 7 : Demandant instamment aux deux parties, de poursuivre leurs efforts pour régler pacifiquement le conflit frontalier qui les oppose conformément au droit international par le biais de la conciliation, l’arbitrage, le règlement judiciaire ou tout autre moyen de règlement pacifique conformément à ’article 33 de la Charte des Nations-unies. »
Par ailleurs, aux fins de la mise en œuvre de cette résolution et les évaluations périodiques y afférentes, le gouvernement de la République de Djibouti exprime son entière satisfaction de la mise en place dans le texte de la résolution d’un mécanisme de suivi du conflit entre les deux pays tel que reflété dans la paragraphe 57 de la résolution, « qui demande au secrétaire général des Nations-unie d’informer tous les six mois le Conseil de sécurité des développements du processus de normalisation des relations entre les deux pays » et surtout de « faire un premier rapport au Conseil de sécurité au plus tard le 15 février 2019 ».
Le gouvernement de la République de Djibouti salut également la décision du Conseil de sécurité de rester saisi de la question.


 
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