Human Village - information autrement
 
Sauvons la planète... consommons responsable !
par Mahdi A., mars 2010 (Human Village 11).
 

« Dans la vie, il y a deux catégories d’individus : ceux qui regardent le monde tel qu’il est et se demandent pourquoi. Ceux qui imaginent le monde tel qu’il devrait être et se disent : pourquoi pas ?
George-Bernard Shaw

« Pourquoi ? »
A l’heure où les spécialistes du monde entier se sont réunis il y a peu encore à Copenhague pour discuter de la meilleure manière de vivre en harmonie avec notre planète, nous avons voulu enquêter sur ce qui est réalisé ici, à Djibouti, par les uns et les autres, pour interagir positivement sur ce dernier.
Nous nous sommes intéressés à une initiative particulièrement généreuse, entreprise sans arrière-pensée mercantile par une société citoyenne, précurseur d’un mode de vie où le consommateur ne serait plus demain seulement un figurant, mais un acteur engagé en faveur de la préservation de son environnement.
Après l’introduction des sacs en plastique 100% biodégradables dans les supermarchés Casino et Cash-Center, les Établissements Coubèche s’attaquent aux recyclages des emballages primaires. Visibles sur de nombreux points de la capitale, des bennes bleues Crystal (pour les bouteilles en plastique) ou rouges Coca-Cola (pour les canettes) sont posées, souvent sur les parkings des lieux de commerce et d’activités commerciales (Casino, Cash-Center, Kempinski, refuge DECAN, LFD…), et permettent à leurs clients, voire même aux badauds de venir y déposer soit les bouteilles plastiques PET, soit des canettes en aluminium, toutes marques confondues après usage !
La démarche volontariste entreprise par l’une des sociétés doyennes du paysage économique national a pour principe de collecter et valoriser ces objets recyclables avant qu’ils ne finissent à la déchetterie de Douda, ou pire au fond des océans puis sur nos plages ; en effet, ces derniers peuvent être recyclés, c’est-à-dire transformés et exploités à nouveau, après un traitement spécifique et adapté ; alors pourquoi continuer à polluer les espaces publics et naturels de Djibouti ? Pourquoi encombrer davantage la déchetterie de la capitale ?
Bien entendu, faut-il encore que nous prenions le temps de trier nos déchets et de nous rendre aux points d’entreposage… C’est déjà une autre histoire me diriez-vous : et c’est là tout le problème de la canette ou de la bouteille plastique ! Un grand nombre d’entres elles sont encore jetées malheureusement dans les rues, sur le bord des route, sur les plages…

« Pourquoi pas ? »
Aujourd’hui une entreprise responsable a décidé de mettre le pied à l’étrier en contribuant à faire évoluer les mentalités, faire prendre conscience à la population, que chacun à son niveau, chacun à son échelle, peut interagir avec des gestes simples pour rendre notre espace commun plus sain, moins nocif pour nos enfants et les générations futures !
Il suffit de peu pourtant pour mettre fin à cette pratique malsaine de tout jeter par-dessus la fenêtre de la voiture, sans ce soucier de ce que vont devenir ces déchets, au vue du nombre d’années que ces objets mettent à s’éliminer dans la nature, entre 100 et 500 ans sont nécessaires, nous ne pouvons rester indifférents, alors qu’ils sont fabriqués en acier ou en aluminium et qu’ils peuvent donc être recyclés à 100%.
Cette initiative est entièrement financée par les Établissements Coubèche. 10 personnes y sont employées à plein temps, une société contractante indépendante a été choisie pour effectuer le ramassage et l’acheminement des bouteilles en plastique et des canettes vers le site de recyclage des Etablissements Coubèche à Ambouli.
Evidemment, pour le moment, les conditions de recyclage de ces emballages ne garantissent pas un cycle de traitement de bout en bout sur place. A l’aide de machines spécifiques (concasseurs et presses hydrauliques) le site d’Ambouli réalise les opérations de valorisation des déchets collectés. Une fois triés et compactés, les déchets seront conteneurisés puis exportés dans les pays voisins (Dubai principalement) capables d’achever la transformation de ces matières brutes. Phénomène de mode pour les uns, véritable conviction pour les autres, l’idée séduit. Semaines après semaines, le nombre de personnes convaincues que l’on peut vivre mieux en consommant « responsable » augmente et les bennes de recyclage gonfl ent jour après jour.
Léger bémol tout de même, cette belle opération écologique n’a pour l’instant qu’un impact minime sur notre environnement : une goutte d’eau dans l’océan des 40 tonnes mensuelles de bouteilles plastique et des dix-huit tonnes de canettes consommées chaque mois en République de Djibouti.
Et ce d’autant plus que le financement de cette filière verte est entièrement supporté par les Etablissements Coubèche, alors que ces derniers traitent toutes les marques entreposées dans leurs bennes, y compris celles de la concurrence…
« Cette action citoyenne engagée par madame Magda Rémon-Coubèche (gérante des Etablissements Coubèche–ndlr-), s’inscrit dans une politique globale initiée depuis déjà plusieurs années avec par exemple, le concassage des casiers en plastique Coca-Cola, ou encore la mise en place des sacs 100% biodégradables distribués dans nos supermarchés. De même, à l’heure où les nappes phréatiques de Djibouti se raréfient, les Ets Coubèche ont opté pour la filtration par osmose inverse de l’eau de mer pour fabriquer les boissons sous la licence Coca-Cola Company. Nous sommes bien conscients que nous ne résoudrons pas seuls l’équation écologique des emballages et contenants en tous genres et d’ailleurs, notre site n’est pas conçu pour répondre aux besoins en recyclage de l’ensemble du pays. Notre démarche est de minimiser notre empreinte écologique sur l’environnement. Il y a également une approche pédagogique qui vise à démontrer, à nos concitoyens, aux jeunes, aux différents embouteilleurs fabricants, aux importateurs de boissons, qu’un modèle de développement peut se développer en République de Djibouti », explique Christophe Chenot, responsable du marketing opérationnel pour les Ets Coubèche.

Schéma du principe de développement durable

Il est évident que cette initiative est louable, elle nous démontre comment concilier l’équité sociale, la préservation de l’environnement et l’efficacité économique (cf. schéma). On parle alors de développement durable ! En d’autres termes : « Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs » (Rapport Brundtland, 1987-ndlr).
Il n’est pas coutume de voir ce type d’initiative à Djibouti, souhaitons qu’elle fasse des émules pour le plus grand bien de notre communauté. Combien de citoyens ne se sont-ils pas lassés de voir les déchets d’emballage s’accumuler le long des routes, ruelles, sentiers, aux pieds des arbres…
« Au moment de lancer de nouveaux produits, des considérations d’ordre environnemental sont intégrées au processus. Prenez par exemple la nouvelle bouteille en verre de Coca-Cola que notre établissement commercialise : cette nouvelle bouteille baptisée “Ultra” a été repensée entièrement de façon à ce qu’elle soit plus petite, plus solide, plus légère, elle utilise moins de composants pour sa fabrication et sa légèreté permet une réduction des émissions de CO2 lors des transports. La bouteille de Fanta a connu la même évolution et nous remplacerons en 2010, la bouteille de Sprite. Ces milliers de bouteilles en verre que nous sortirons du circuit de distribution seront bien entendu collectées vers l’unité de recyclage d’Ambouli : ce sont autant de tonnes de verre qui ne seront pas déversées à la décharge de Douda. Suivant le même principe que pour les canettes ou les bouteilles en plastique, les verres après avoir été traités une première fois à Djibouti, seront expédiés à notre fabricant de bouteilles en verre à Dubaï pour être fondues et soufflées à nouveau », précise Christophe Chenot.
Notre manière de considérer nos déchets doit évoluer, ce débat ne peut plus être ignoré ! Des solutions efficaces existent, une entreprise locale est en train de le prouver. Il ne sera pas possible de résoudre d’un coup de baguette magique le problème de la déchetterie de Douda, mais pourquoi ne pas essayer de dresser pas à pas, pierre après pierre un rempart écologique.
Et Christophe Chenot d’ajouter : « la République de Djibouti peut devenir un exemple en matière de gestion des déchets : c’est un pays à taille humaine, c’est-à-dire que les bonnes actions des habitants de la cité ont un impact immédiat. Avec peu de moyens mis en œuvre, on peut faire une grande différence. Pour exemple, ces femmes en gilet de sécurité qui nous permettent au petit matin de retrouver des rues propres ».
Pourquoi ne pas appuyer cette action solidaire des Établissements Coubèche ? Pourquoi ne pas profiter de l’aubaine, de l’opportunité qui nous est offerte de créer de nouveaux emplois dans notre pays, où d’ailleurs le chômage frappe pourtant si durement nos jeunes. L’écologie est un axe de développement qui ne peut plus être l’apanage des pays riches. La protection de l’environnement est une urgence sans frontière et la « filière verte » est certainement un axe de développement économique pour la République de Djibouti. Alors, à bon entendeur !

Mahdi A.


Dix-huit mois après son démarrage, le dispositif actuel compte dix bennes de recyclage disposées dans la capitale avec l’aide de partenaires tels que :
- le Djibouti Palace Kempinski qui collecte toutes les bouteilles et canettes consommées par ses clients de l’hôtel,
- le Lycée français de Djibouti qui permet aux enfants de participer à la préservation de leur environnement,
- le refuge Decan, dernier rempart, s’il en est, à la pollution du site de la Douda qui contribue à la conscientisation de ses visiteurs,
- les supermarchés Cash-Center et Casino qui permettent aux clients de rapporter les emballages usagés,
- le Camp Lemonier avec l’aide de monsieur Jaime Lopez (officier en charge de la protection de l’environnement) a rejoint les « forces vertes » en installant des bennes de recyclage Crystal à l’intérieur du camp militaire américain.

 
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