Human Village - information autrement
 
Gargotes… vous ne les regarderez plus de la même manière !
par Mahdi A., mai 2008 (Human Village 2).
 

On note ces dernières années dans la capitale une recrudescence de restaurants aussi bien à l’air libre qu’à domicile. Ils offrent des services moins chers et plus accessibles. La nourriture servie est de bonne qualité et les gérants font de leur mieux pour respecter les conditions d’hygiène. C’est un secteur en plein boom, a-t-elle point que la concurrence de ces petites gargotes commencent à en agacer plus d’un. Nombreuses sont ces dames qui s’investissent dans la restauration pour parvenir à joindre les deux bouts, c’est de l’une d’entre elles que nous souhaitons aujourd’hui vous parler. Elle se nomme Rhama Mahamoud Dirieh. Rencontre…

Pourriez-vous pour commencer nous conter un peu l’histoire de votre restaurant ? Combien d’enfants avez-vous et sont-ils scolarisés ?
J’ai commencé mon activité en 1998. Je n’ose même pas parler de restaurant, au sens propre du terme. Je me contentais uniquement de vendre un ou deux couverts tous les jours. Je devais de toute manière cuisiner pour mes sept enfants (quatre garçons et trois filles), c’était uniquement un complément de revenu. L’aînée est née en 1978 et étudie à l’université de Djibouti. Mes trois garçons sont au collège, mes deux autres filles sont en primaire et mon benjamin. Hachim n’est pas en âge d’aller à l’école, il reste à mes côtés à la maison.

Pour revenir à votre petite entreprise pourquoi avoir opté pour la restauration ?
Encore aujourd’hui je ne me l’explique pas mais ce qui est certain c’est que je devais faire quelque chose. Je devais tenter d’entreprendre une activité quelconque et ce afin d’améliorer le revenu de mon foyer. Mon mari était sans emploi depuis peu lorsque j’ai débuté, notre foyer n’avait plus de revenu et le quotidien n’était pas évident. Nous avions un loyer à honorer, des frais de scolarité, des frais médicaux à assumer et je ne savais vraiment pas comment ma famille allait s’en sortir.

Vous avez ouvert votre restaurant à l’intérieur même de votre foyer ?
En effet, il me sert à la fois de lieu commercial et en même temps de lieu d’habitation. Je loue le rez-de-chaussée et une autre famille occupe l’étage, les toilettes et la cuisine sont communes au deux logements.
Je verse 35000 FDJ de loyer pour l’occupation de deux pièces et du vestibule d’entrée. Comme vous pouvez le voir, je sers les repas aux clients dans le hall d’entrée et ainsi que dans l’une des deux chambres que j’ai aménagée en salle de restauration. La seconde pièce est l’unique espace réservé à la famille. C’est la raison pour laquelle le restaurant n’est ouvert que pour le repas du midi. Je considère que mes enfants doivent avoir un peu de tranquillité, un peu d’intimité afin de pouvoir se concentrer sur leurs devoirs. Ainsi, le soir est généralement dévolu aux devoirs scolaires, aux discussions animées et à la vie de la famille, c’est un moment privilégié que nous réservons à nos enfants. Pour la petite histoire je suis assez fière de mes enfants : ils ont des résultats à l’école très satisfaisant grâce à Dieu. Vous savez nous ne cessons de leur inculquer que la vie n’est pas facile, que l’enseignement dont ils bénéficient est une chance, une chance pour un avenir meilleur pour eux. Ils semblent avoir compris cela, et c’est une bonne chose. Ils prennent le bon chemin, je prie Dieu pour que cela continu.

Êtes-vous heureuse ?
Nous ne vivons pas dans le luxe, mais nous ne manquons de rien grâce à Dieu. Nos enfants ont un toit sur la tête, trois repas quotidiens, nous veillons à ce qu’ils puissent bénéficier de soins médicaux lorsque le besoin s’en fait sentir. Oui, je suis heureuse je ne me plains pas trop, je pense que le plus important c’est la santé et grâce à Dieu mes enfants ainsi que mon mari se portent bien. La vie pourrait être encore plus facile c’est certain mais je me satisfais de ce je possède et pour ce qui concerne l’avenir je verrai ce que le destin me réserve. Ce qui m’importe c’est que je puisse outiller par l’instruction mes enfants afin de les préparer le mieux à affronter la vie. Je veux qu’ils puissent avoir la vie qu’ils souhaitent. Surtout moins rude que la mienne !

Pensez-vous que la tâche d’assurer le quotidien du foyer incombe uniquement à l’homme ?
C’est grotesque ! Il est utopique de croire que le mari seul puisse assumer les charges du foyer. La famille se porte bien mieux depuis que j’épaule mon mari et surtout depuis que nous travaillons tous les deux. Il faut savoir qu’en 2004, avec mes économies et le système des tontines, j’ai pu acheter un taxi pour mon mari afin qu’il puisse travailler à son compte en indépendant tout en lui permettant de recouvrer enfin un métier.
Mon mari devait travailler. Sa situation n’était pas tenable, et l’idée d’acquérir un taxi m’est apparue comme la meilleure des options pour lui. Au même moment, plusieurs de mes clients travaillant au camp Lemonier j’assurai la livraison des repas sur leur lieu de travail. Je devais me débrouiller pour faire porter les plats à une heure précise, car cela correspondait au temps de pause/repas des employés. Il y avait une autre contrainte, je ne devais pas livrer ni trop en avance ni en retard car les plats devaient être chauds et prêts à consommer. C’était de la gymnastique ! Je payais un livreur quotidiennement pour remplir cette tâche.
Aujourd’hui c’est mon mari qui s’en charge. Globalement, depuis que mon mari retravaille nous nous en sortons plutôt bien. Il est son propre patron et le métier de taxi lui plaît bien. Dans notre quotidien je constate qu’il est plus serein son moral est meilleur. C’est la vie, une vie de couple se construit à deux, on en est parfaitement conscients. A partir du moment où l’on s’engage à construire une vie de famille, il faut savoir que s’est un engagement qui se fait à deux, il faut savoir s’entraider et se soutenir mutuellement et souvent, grâce à Dieu, les choses évoluent positivement. La foi est primordiale, il faut croire en ce que l’on fait et se donner les moyens de les réaliser. Entreprendre c’est exister ! Que serait notre existence sans l’espoir de créer un avenir meilleur pour nos enfants et ceux que l’on aime.

Avez-vous autre projet commercial sous le coude ?
(Un petit sourire)… Oui bien entendu. Mais comme souvent c’est l’argent qui est le nerf de la guerre je suis patiente et j’épargne patiemment. L’accès au crédit bancaire n’est pas aisé à Djibouti. Depuis plusieurs années on parle de l’ouverture imminente d’une banque pour le développement pour soutenir les petites entreprises, mais je ne vois rien venir.

Avec le recul comment voyez-vous votre cheminement ?
C’est grâce à Dieu qui a soutenu mes espoirs, mes actions et je lui suis infiniment reconnaissante. Vous savez il ne faut pas baisser les bras malgré les difficultés, les embûches.

Que pouvons-nous vous souhaiter ?
Que les prix des denrées alimentaires baissent enfin…

Est-ce un frein pour votre activité ?
Evidemment ! Je voudrais vous donner un exemple pour que vous puissiez vous rendre compte des proportions de cette hausse. Auparavant je vendais l’assiette de spaghettis bolognaises à 100 FDJ, aujourd’hui je propose le plat à 150FDJ. Ces quatre derniers mois tous les prix sont à la hausse je ne pouvais faire autrement. Ma marge n’a pas évolué, bien au contraire, je répercute les hausses successives sur mes prix. Tous les restaurants populaires ont augmenté les prix de 50%/ Mais que voulez-vous, la cherté de la vie devient insupportable, à cela s’ajoute l’augmentation de la facture d’eau ou bien encore celle de l’électricité. On n’a pas le choix, il faut faire avec et prier pour que les choses s’améliorent.

Et votre clientèle, comment a t-elle pris votre nouvelle tarification ?
Ma clientèle connaît la réalité du marché. Le sac de riz de 50 kg a doublé. Les salaires ne suivent pas cette flambée des denrées alimentaires. Je connais une baisse de la fréquentation de ma clientèle que je répercute sur la hausse des tarifs. La hausse des produits impacte durement pas seulement les restaurateurs mais l’ensemble de la population. Nous sommes à bouts de souffle, je prie Dieu pour que les hausses cessent.

Propos recueillis par Mahdi A.

 
Commenter cet article
Les commentaires sont validés par le modérateur du site avant d'être publiés.
Les adresses courriel ne sont pas affichées.
 
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

 
Le syndrome du larbin
 
Une femme au volant d’une moto, ce n’est pas habituel chez nous...
 
Mèches capillaires et grosses cylindrées
 
L’atelier lève le voile…
 
Omar Abdillahi Ibrahim, amoureux de la mer et chasseur de palourdes
 
Un cri pour sauver la faune sous-marine de la pêche au chalut
 
| Flux RSS | Contacts | Crédits |