Human Village - information autrement
 
Le service national adapté, école de la seconde chance
par David Octor, mai 2008 (Human Village 2).
 

Comme en témoignent de nombreux bilans économiques, Djibouti connaît une croissance forte et un dynamique économique étonnant. Pourtant, ces chiffres si flatteurs ne peuvent être dissocié d’une situation plus difficile. En ce pays, comme dans tant d’autres, le chômage touche une partie non négligeable de la population, et les difficultés éprouvées par le chercheur d’emploi invitent à dissocier radicalement les performances économiques des réalités du corps social.
A Djibouti, le problème des « débouchés » touche tout particulièrement les jeunes et il faut s’en faut de peu que la formation ne soit aujourd’hui assimilée en partie à la réinsertion de certains jeunes marginalisés par le manque d’emploi.

C’est en regard de ces problèmes que l’initiative fut prise, 2003, de créer le Service national adapté (SNA). L’idée était simple : au cœur de l’armée professionnelle – donc vierge de toute conscription -, il s’agissait de permettre à des jeunes gens d’engager une formation diplômante tout en suivant un programme militaire. Les bénéfices de ce programme étaient multiples. D’une part, l’armée ouvrait à ces jeunes des perspectives professionnelles civiles par le diplôme ; d’autre part, l’armée pouvait bénéficier des services de jeunes provenant de tous les horizons, cimentant un peu plus la cohésion nationale par le biais militaire. De plu, à l’issue de la formation, l’armée pouvait recruter parmi ses « conscrits volontaires » un personnel qualifié.
Le premier contingent fut incorporé en janvier 2004. Depuis, neuf se sont succédés. Le programme se poursuit encore. Aussi, on comprend fort bien que la perspective d’une formation de qualité attire de nombreux postulants.
Pour autant, les contingents ne comprennent que 200 personnes, la sélection est donc drastique et particulièrement ciblée. Par appel à candidature, l’armée établit un premier recrutement. Il faut savoir que cet appel est destiné avant tout à de jeunes gens en voie de marginalisation : primo délinquants et jeunes en rupture de banc constituent le socle des groupes enrôlés. Suite à ce premier « tri », les autorités militaires effectuent une suite de tests leur permettant de déterminer les aptitudes du candidat. L’âge, le langage ou, le cas échéant, les diplômes constituent d’autres éléments de sélection.
Le parcours que propose l’armée djiboutienne s’étale sur deux années au cours desquels, le conscrit passera de la formation militaires (trois mois) pour enfin aboutir à la mise en pratique (pendant un an) des savoir-faire.

En règle générale, les trois premiers mois constituent la phase la plus difficile pour les apprentis. C’est au cours de celle-ci que se déroule la formation militaire de base. Rendu au centre d’instruction de Holl-Holl, les jeunes soldats expérimentent la vie militaire sous la supervision de deux officiers et de sous-officiers dont les spécialités correspondent à la formation proposée. Les autorités militaires précisent qu’il ne s’agit pas de faire d’eux des militaires mais plutôt d’affirmer chez eux un sens civique plus prononcé grâce à un cadrage socio-éducatif marqué. Des cours sont en outre dispensés ; ceux-ci posent les bases de notions de droit international (convention de Genève…) ainsi qu’une connaissance de l’histoire et des structures politiques. La détermination est, à ce stade, capitale car ce programme de formation constitue pour de nombreux jeunes une dernière chance d’intégration. On peut donc se réjouir du faible taux d’abandon que rencontrent les militaires.
Lors du deuxième temps de la formation, pendant quatre à neuf mois, les jeunes vont se concentrer alors sur la formation proprement dite : le bâtiment, la sécurité, le transport, la mécanique, la restauration, la bureautique font partie des multiples possibilités offertes par l’armée. L’encadrement est alors mixte : des professionnels, en lien avec l’armée, assurent le suivi de la formation. On note cependant que l’armée assume néanmoins l’essentiel de l’encadrement.
Puis vient la mis en application. Les jeunes formés entrent sur le terrain de l’emploi pour « faire leurs armes ». Qu’il s’agisse d’un travail dans la sphère privé ou d’un travail au profit de l’armée, ce stade est celui de la mise à l’épreuve des compétences acquises pendant un an. À l’issue de la deuxième année, la plupart des jeunes se voient décerné un diplôme professionnalisant.


On le voit, ce type de formation compte de nombreux avantages, tant pour les bénéficiaires (acquisition de savoir-faire, diplôme) que pour l’armée qui, ainsi, se pose en intégratrice, crée une vraie mixité sociale et culturelle dans ses rangs et marque son rôle positif au sein de la société djiboutienne. Néanmoins, il ne s’agit pas d’éluder les problèmes : l’armée rencontre un certain nombre de difficultés au premier rangs desquels on trouve les problèmes budgétaires. En effet, les difficultés de conscription ont amené l’armée à réviser à la baisse le nombre de jeunes contingentés : des 300 du projet initial ne restent plus que 200 personnes. De même l’armée ne peut promettre une embauche au sortir de la formation ; et si l’insertion atteint péniblement les 50%, l’armée n’est pas à même d’absorber les autres bénéficiaires du programme. Au demeurant, récemment, trente conducteurs issus de cette formation se sont vu attribuer des emplois au Port de Djibouti ; de même un nombre croissant de femmes se portent volontaire dans ce cadre. Il ne reste donc plus qu’à faire valoir ce vivier de compétences pour transformer l’essai et faire de ce programme un vrai tremplin vers l’emploi.

David Octor

 
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