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Le Centre de formation professionnelle adapté (CFPA)
 

C’est lors d’une matinée où les jeunes apprentis se concentrent studieusement sur leurs examens blancs, que nous sommes partis à la rencontre de Houmed-Gaba Omar Abdoulkader, directeur du CFPA depuis bientôt deux ans. Engagé dans ses responsabilités et soucieux du développement du centre, le jeune directeur nous explique que ces examens sont une préparation en milieu de cursus pour l’obtention d’un diplôme reconnu par l’État, diplôme que ces jeunes pourront acquérir après neuf mois de formation intensive au niveau théorique mais surtout technique. Voici la clé d’un réel apprentissage et d’un savoir faire. Vingt deux professeurs qualifiés sont présents sur le centre, tous spécialisés dans un domaine et motivés pour transmettre leurs connaissances.
Le centre fut créé en 1968, et on peut noter malheureusement l’absence de réhabilitation. Ce n’est qu’en 1981 que le CFPA a pu bénéficier d’un appui financier pour l’approvisionnement du matériel, mais les locaux souffrent toujours d’une pénurie de travaux effectués depuis près de quarante ans, alors même qu’un tel centre est unique en République de Djibouti.
Les jeunes adultes du centre doivent impérativement avoir 16 ans pour s’inscrire au CFPA. Ayant stoppé leurs études en moyenne vers 11 ans, sans le centre ils ne pourraient pas espérer obtenir un emploi sécurisé, en particulier pour les jeunes générations. Malgré leur courte scolarité, les apprentis savent tous lire et écrire à leur arrivée.

Le centre compte deux grandes filières :
- la section industrielle : réparation automobile, carrosserie, électricité d’équipement industriel, électricité bâtiment, installation sanitaire, soudure mixte, initiation à la formation professionnelle, froid. Une formation continue est également proposée en électricité, froid et diesel l’année qui suit l’obtention du diplôme. Les apprentis doivent attester d’un niveau primaire, sauf pour la section électricité où le niveau troisième est requis.
- la section commerciale : agent administratif, agent de gestion, employé de bureau, employé comptabilité, informatique, anglais professionnel. Le niveau de base des jeunes est la troisième ou plus, en particulier pour l’informatique où on les initie au pack office et à l’anglais commerciale.

En moyenne, les 400 élèves qui fréquentent le CFPA chaque année gratuitement sont ainsi formés en tant qu’ouvriers ou employés qualifiés, polyvalents et coutumiers des dernières techniques en vigueur. Le savoir-faire que leur apporte le centre est une chance après un cursus scolaire réduit, de s’insérer dans le milieu professionnel, d’autant que les domaines enseignés sont amenés à être indispensables à Djibouti dans les années à venir. Alors même que les entreprises se plaignent du manque de main d’œuvre locale et vont recruter à l’étranger, les jeunes diplômés du CFPA répondent parfaitement aux attentes des employeurs et sont prêts à entrer dans la vie professionnelle. Bientôt, de nouvelles branches dans la section commerciale seront ouvertes comme la tenue de caisse et formation à la vente. En effet, pour suivre au mieux le développement du pays, le centre de formation s’adapte et s’ouvre aux besoins essentiels du travail.
Malheureusement, Houmed-Gabab nous signale que des efforts doivent être entrepris dans la formation car des stages professionnels seraient des plus bénéfiques, surtout pour la future insertion dans le monde du travail des jeunes apprentis. Le peu de partenariat s’explique par le fait que les entreprises réclament des assurances pour la prise en charge des jeunes qui ne sont pas supportables par le CFPA.
Des initiatives isolées sont pourtant à souligner et le directeur travaille assidûment à l’établissement d’un réseau de partenariats. L’entreprise Odebrecht accueille déjà quelques stagiaires en soudure et bientôt d’autres en formation diesel pour une durée d’un mois. Ils reçoivent également les enseignants du centre pour un réel suivi des nouvelles activités. Une formation en alternance est en projet l’année prochaine car les prémisses de ces prises en charge sont une réussite, d’autant plus les jeunes stagiaires sont triés sur le volet et choisis à l’issue d’une sélection rigoureuse. Des étudiants en électricité d’équipement ont ainsi été recrutés à l’EDD et d’autres à la société Concorde. Enfin, une formation des chauffeurs de camions remorque a été mise en place grâce à un partenariat solide entre le PAID, le projet Aide (USAID), le SNA et le CFPA. Notons qu’une trentaine de jeunes, à l’issue de la formation d’un mois été recruté par le Port.
Sans l’engagement du directeur et de toute son équipe, de telles opportunités n’auraient pu voir le jour, au vu du peu d’aides publiques et privées dont bénéficie le CFPA. En tant qu’organisme d’encadrement et de formation, le centre aimerait que les apprentis puissent réellement être assurés d’une insertion professionnelle à la suite de leur année d’apprentissage. Malheureusement, on décompte moins de 10% des élèves qui sont employés à l’issue de la formation, la direction souhaiterait mettre en place un projet pilote de formation en alternance au travers de la mise en place d’un binôme type, composé d’un professionnel et d’un jeune apprentis. Une telle collaboration des plus astucieuses permettrait d’employer au mieux ces jeunes. De même que le centre de formation pourrait être ouvert au public pour des réparations de voitures ou autres, ce qui pourrait permettre d’assurer au CFPA des rentrées régulières.

Les bonnes idées ne manquent pas pour améliorer les activités du centre qui continue de souffrir d’un réel manque d’investissements. Les différentes sections de formation mériteraient d’être fournies en matériel informatique, industriel comme la peinture qui fait défaut… Les jeunes en mécanique travaillent sur des moteurs de 4L par exemple, car le centre fait au mieux avec le matériel disponible. La formation en soi coûte très cher au CFPA qui ne peut assumer un renouvellement suffisant du matériel et un approvisionnement conséquent.

Sans des aides supplémentaires, aucun développement durable du centre n’est possible, au point où une fermeture du centre durant une année serait la seule solution pour une véritable réhabilitation des locaux. Une telle fermeture n’est cependant pas envisageable tant le CFPA est indispensable dans le tissu social pour ces jeunes qui ont enfin une chance de participer à la construction de leur société. Ce temps est bien révolu et sans initiatives nouvelles, le CFPA risque de ne plus pouvoir assurer une formation adéquate aux apprentis. Or, où va une société qui ne favorise pas l’insertion professionnelle des jeunes générations, seuls dépositaires du développement durable d’un pays ? Le seul moyen de renforcer l’employabilité des jeunes est la facilitation de leur primo-insertion à travers des stages de qualification en brisant le cercle vicieux de l’acquisition de l’expérience. Pas d’expérience, pas d’emploi !

Emilie Montourcy

 
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