Human Village - information autrement
 
Une journée ordinaire
par Tarwa, mars 2017 (Human Village 29).
 

7h30. La sonnerie de mon téléphone retentit, tout près de mon oreille droite, à côté de l’oreiller. Je tapote aveuglément l’écran du téléphone et tourne la tête. Cinq minutes plus tard, rebelote. Je râle et émerge un peu de l’oreiller pour appuyer sur l’icône jaune qui danse sur l’écran de mon smartphone. A ce moment, je suis assez réveillée pour savoir que la sonnerie retentira encore une dernière fois dans cinq minutes, exactement comme je l’ai réglée. Mais je reste quand même allongée sur le ventre, le visage enfoncé dans l’oreiller, à vouloir profiter de ces quelques dernières minutes de langueur. J’attends de voir si une quelconque motivation, une énergie, une bonne humeur intempestive me sera insufflée par je ne sais quel miracle. Mouais. Non. Ça fait combien de temps que je suis réveillée déjà ? Deux minutes ? Donc il reste encore trois minutes avant que la dernière sonnerie du réveil ne retentisse. Ça va. Je me retourne et m’étire et remonte la couverture à mon menton. Pourquoi faire maintenant ce qu’on peut faire dans trois minutes ?
Quand j’ouvre à nouveau les yeux, j’ai un petit moment de désorientation, il est quelle heure ? Je cherche le téléphone. 8h15. Mince, mince, mince !!!!
Je me lève très vite, ce qui provoque un léger petit tournis et fonce dans la salle de bain. J’en ressort une dizaine de minutes plus tard après une toilette éclair. Je fouille dans la pile d’habits légèrement froissée dans mon armoire, à la recherche d’un haut convenable, tout en enfilant le jean que je portais la veille. Je tortille mes cheveux en chignons. Sac à mains, sacoche de l’ordinateur. Allez ! Attends, les clés, où sont les clés ? Elles ne sont pas dans le sac, pas sur la commode. Je vais au salon. Elles ne sont pas sur la table, pas sur le bureau. Mais elles sont où ces clés !
Dans la cuisine, la femme de ménage est en train de prendre son thé. « Tu veux petit déjeuner ? » elle me demande.
« Non merci, Fatouma, je n’ai pas le temps. »
Elle me regarde fouiller frénétiquement dans les tiroirs, dans les cabinets, le bac à légume – on ne sait jamais. Elle prend une gorgée de thé avant de demander « Tu cherches quoi ? ».
« Mes clés. »
« Les clés noires ? De ta voiture ? »
Je m’arrête et la regarde. « Oui, tu les as vu ce matin quand tu as rangé ? Je crois les avoir laissé dans le salon. »
Elle prend une gorgée de thé puis hoche la tête. « Non, j’ai pas vu ».
Respire. Tranquille. Je repars dans la chambre, je retourne le drap sur le lit, je regarde à côté par terre, je refouille les tiroirs de la commode. Nada. Ok. Je regarde à nouveau dans mon sac. La caverne d’Ali baba. Bon. Je m’assieds et je commence à sortir un à un les articles à l’intérieur. Portefeuille. Brosse à cheveux. Un paquet de feuilles pliées de la réunion d’hier. Tube de baume pour lèvres. Un petit cahier. Un stylo. Mince, il a fui et tâché d’encre le fond du sac. Des reçus de guichet automatique froissés. Un paquet de mouchoirs. Un paquet de chewing-gum mentholé sans sucre. Ah, tiens ! J’en jette dans ma bouche. Un livre que je trimballe depuis deux semaines maintenant. Du paracetamol. J’ouvre la fermeture éclair de la petite pochette de côté. Elle contient une paire de boucles d’oreilles, deux serviettes hygiéniques et un lipgloss. Hé, mais c’est celui que je cherchais hier. Je le mets dans ma poche pour l’appliquer plus tard. Bon, le sac est vide. Il ne reste plus que quelques résidus de reçus partiellement désintégrés et cette fine couche de je ne sais quoi qui se matérialise je ne sais comment au fond du sac. Pas de clés. Ok.
Je prends le sac vide et vais le secouer au-dessus de la poubelle dans la salle de bain pour le vider un peu de la poudre à l’intérieur. Fatouma s’arrête à la porte et me regarde faire puis demande ce qu’elle doit préparer à manger. « Je ne sais pas. Qu’est-ce qu’il y a à la maison ? » Elle commence à me faire une liste. Elle est gentille mais ça n’est vraiment pas le moment. Je ne serais même pas à la maison à midi. « Bien, alors fais du riz et du poulet. Ça va ? » « D’accord. » Elle me rappelle les courses à acheter avant de repartir vers la cuisine. Il fait chaud et je transpire. Je m’asperge le visage d’eau en essayant de me rappeler où est-ce que j’ai bien pu mettre les clés. Puis je reviens et je jette tout à nouveau dans le sac. Pas le temps de trier.
Je vais fouiller dans la chambre de mon frère le tiroir où il range sa petite boîte à outils et les doubles des clés de la maison. Ah, voilà le double de la clé de ma voiture.

8h40. Je descends en panique et m’engouffre dans la voiture. Et là, insérées dans le contact de la voiture, pend mon trousseau de clés. Bon, la bonne nouvelle, c’est que je ne les ai pas perdues.
Je prends une grande respiration. Je jette le double dans mon sac, et j’allume ma voiture (bismillah). Et c’est parti.
A peine je quitte la ruelle, qu’un bus me coupe la route en me fonçant devant. Je klaxonne, furieuse, et le crouchboy, accroché en équilibre précaire par la porte ouverte du bus pour héler les passants, me fait un petit geste arrogant de la main signifiant « arrête-toi, on passe ». Entre ce gros mastodonte et ma petite berline, le rapport de force est vite calculé. Je cède de mauvais gré le passage en ignorant le crouchboy. Et là, le bus fait deux mètres et s’arrête net. Le crouchboy descend et commence à héler un groupe de passants dont certains commencent à monter à bord. Pile à côté de lui, en sens inverse, un autre bus s’est aussi arrêté, bloquant net toute circulation. Le crouchboy de l’autre bus fait descendre des passagers et est en train de prendre leur monnaie. Le conducteur de la voiture qui s’est rangée derrière moi commence à klaxonner furieusement, vite rejoint par les voitures en face bloquées par l’autre bus. Les deux crouchboy, imperturbables continuent leur petit travail. Les deux conducteurs de bus se parlent maintenant par leur fenêtre, en buvant chacun le soda ou le thé au lait qu’ils ont versé dans des bouteilles d’eau minérale vides. Il y en a un qui se penche hors de sa fenêtre et tend une cigarette à l’autre. Le concert de klaxons ? Musique à leur oreille. Un des crouchboy fait le tour en trottinant et va acheter quelques cigarettes aux vendeuses assises sur le trottoir. Un conducteur furieux l’interpelle, et il lui répond, « ha, ha, imaka walal ». Oui, oui, tout de suite, frère.
Bon, ça va être un de ces matins, hein ? Je me résigne et met mon frein à main. Pile quand je tends la main vers la radio, le bus devant moi démarre et une demi-douzaine de voitures klaxonnent pour que j’avance. Je démarre. Un peu plus loin, je manque de percuter le bus devant moi qui quitte brusquement la route et bifurque dans une ruelle toute cabossée qui s’enfonce dans le quartier. Le pick-up derrière moi le suit. Tiens, je ne savais pas qu’il y avait un raccourci ici ? Bon débarras en tout cas. Cent mètres plus loin, tout s’explique. Une longue, très longue file de voiture s’étend sur la route principale et se perd dans un nuage de poussière. Et comme il n’y a pas de klaxons, ni d’excitations, ça ne peut signifier qu’une chose. Contrôle de police. Des voitures, derrière, tentent de manœuvrer pour quitter la file avant d’être piégées. Quelques gros pick-up passent tout simplement par-dessus le trottoir qui sépare la route pour rejoindre le sens inverse et filent à toute vitesse. Bon. J’allume la radio. J’aurais dû prendre quelque chose à manger dans un bout de pain finalement. J’aurais eu le temps.
La file n’avance presque pas. Ce doit être un contrôle sévère. L’air et lourd et étouffant et de grosses gouttes de sueurs commencent à perler sur mon front. Mon téléphone sonne. C’est ma collègue.
« Allo »
« Bonjour, toi ! » chantonne t’elle en accentuant légèrement sur les dernières syllabes. « Alors, tu viens pas au travail ce matin ? ».
« Si, si, mais je suis bloquée dans les embouteillages. Y a des contrôles de police. J’aurais du retard…. » Je regarde ma montre. Je suis censée commencer à 9h et il est 8h50 passé. « … je serais là dans un quart d’heure environ. »
« Ok. Dis, si tu t’arrêtes pour prendre un petit déj, tu pourrais me prendre deux pains au chocolat avec toi ? »
« Euh, sincèrement, je compte pas m’arrêter là. Mais si tu veux, on peut sortir tout l’heure faire un petit saut à la patisserie, ok ? J’ai rien mangé non plus. »
« Oh, ben d’accord. A toute ! »
Je ne suis plus qu’à deux voitures du contrôle. Deux jeunes policiers, debout sous le soleil de plomb, contrôlent les papiers des véhicules tandis qu’un troisième plus âgé, et plus gradé je suppose, est assis dans la portière ouverte de la voiture de police sur le bas-côté et s’essuie le front.
« Papiers ». Je tends la carte grise, l’assurance et le permis que j’avais déjà préparés pendant que j’attendais. Le jeune policier vérifie rapidement les papiers. Tout est bon. Il me fait un sourire en me rendant les papiers et fait mine de me laisser passer, quand l’ancien assis dans la voiture l’interpelle. Il se relève et avance lentement vers moi, la mine renfrognée d’une personne qui cuit au soleil depuis plus d’une heure déjà. « War, vérifie la vignette et le contrôle technique ! ».
Je tends le doigt vers le rebord droit du pare-brise. Tous les stickers sont collés là. Le jeune policier fait le tour et scrute les stickers puis fronce les yeux. « Madame, la vignette ? »
« Qu’est-ce qu’il y a ? », lui demande l’autre.
« Pas de vignette. » Il me jette un regard interrogateur.
Quoi ? Ah, oui mince, j’avais acheté la vignette il y a dix jours mais je n’ai pas encore collé le sticker sur le pare-brise. « Attendez, je l’ai. » Trop tard.
Le renfrogné tend un doigt impérieux vers le bas-côté. « Rangez-vous ». Il fait un signe de tête à l’autre. « C’est bon, je m’en occupe. »
Que faire ? Je me range. Pendant, que le jeune vérifie les voitures suivantes, l’autre prend tout son temps pour lui parler, échanger quelques mots avec le conducteur suivant puis, au bout d’une ou deux minutes, il se dirige vers moi d’une démarche lente. J’avais déjà déniché le papier avec la vignette dans la boîte à gants et je l’attendais.
« Voilà. J’ai juste pas encore eu le temps de le coller sur le pare-brise ».
Il prend la feuille et la lit lentement avant de se diriger vers l’avant de ma voiture pour vérifier la plaque. Combien de temps il faut pour vérifier un numéro d’immatriculation ? Je bouts d’impatience.
Il revient vers moi et me tend la feuille. « C’est bon. Mais il faut faire attention, hein. En pleine période de contrôle si vous n’êtes pas en règle, c’est amende directe. »
Je suis en règle ! « Merci. Je vais coller la vignette tout à l’heure. »
« Faites-le maintenant, c’est mieux. »
Sérieusement ? Je ne suis absolument pas obligée, c’est ridicule. Mais il vaut mieux obtempérer pour vite me débarrasser de lui. Je pèle le sticker de la feuille et me penche pour le coller sur le pare-brise sous celui de l’année précédente. « Voila ! »
« C’est bon. » Il me fait signe de circuler.
Raaah. Je tapote l’écran de mon téléphone. 9h05. Dès que je sors de la route embouteillée et que je me retrouve sur la voie qui longe l’Escale, je fonce.
Le vent siffle à mes oreilles, l’odeur salée de la mer chatouille mes narines. Et tandis que je ralentis à un feu rouge, je vois deux jeunes pêcheurs ; l’un accroupi, un fil de pêche à la main, et l’autre incliné vers l’arrière, adossé torse nu aux rochers qui descendent dans la mer, les mains derrière la tête, son t-shirt lui couvrant les yeux du soleil. Ils ont l’air tellement paisibles, tellement tranquilles. J’aimerais moi aussi arrêter la voiture et m’asseoir sur les rochers. Admirer les milliards d’éclats de diamants qui miroitent à la surface de la mer sous le soleil. Lâcher mes cheveux, et sentir le vent me fouetter le visage. Regarder le lent ballet des immenses bateaux qui viennent se positionner sous les grues du Port de Djibouti. Boire un jus frais. Ah, si seulement….
« Tut tuuuuuuut !!!! » Le feu est passé au vert. Ok, ok, je démarre.
9h15. Enfin, j’arrive au travail. Protocole de sécurité. Les sacs se font scanner et moi aussi. Heure d’arrivée. Hum, hum. J’écris « 09h05 ».

17h35. Fini le travail ! Ou plutôt, finie la journée de travail, car les tâches, elles, semblent s’être multipliées depuis que je suis arrivée ce matin. Le boulot, c’est comme un hydre, ce monstre à neuf têtes qui, chaque fois que l’on lui en tranche une, en a deux qui repoussent. Et se multiplient encore et encore.
Mais je ne suis pas Hercule et je suis fatiguée. J’ai une espèce de tension rigide à la nuque, comme deux barres de métal qui partent de mes omoplates et s’enfoncent dans mes cervicales. Je n’en peux plus, j’arrête. D’un petit coup définitif, je ferme l’ordinateur sans prendre la peine de l’éteindre. J’éteins la climatisation, le ventilateur, les lumières et alors, tandis que la pièce devient tout d’un coup sombre et silencieuse, je réalise qu’il fait presque nuit.
Je regarde l’heure. Ce n’est pas possible, j’aurais juré qu’il était 14h il y a une heure tout au plus ! J’avais prévu de passer à la banque avant de rejoindre mon amie mais en fait, je n’ai plus le temps. La banque a fermé ses portes depuis quelques minutes déjà. Mince alors, c’est le troisième jour que je reporte ma visite à la banque. Demain je le ferai. Sans faute. C’est sûr. Inchaallah.
Du coup, je suis trop en avance pour mon rendez-vous de 19h. Je sors du portail du travail et tout en me rendant à ma voiture garée devant la plage du Héron, j’essaie de voir comment profiter de cette heure pour cocher l’une des tâches de la très longue liste de choses à faire. Je pourrais aller récupérer les habits que j’ai déposés chez le tailleur. Sinon ma tante m’avait demandé de l’emmener voir une dame. Non ça prendrait trop de temps, mais il faut que je l’appelle pour lui demander quand elle voudrait y aller. Je pourrais en profiter pour passer à la quincaillerie acheter un robinet pour remplacer celui qui est cassé dans la cuisine. Ou je pourrais en profiter pour faire les courses. Non mais dans ce cas je ne pourrais rien acheter de périssable du rayon des surgelés vu que je sors après.
Perdue dans mes pensées, je ne remarque pas le ballon de volley qui vole en arc de cercle tout droit vers moi. Je sursaute légèrement quand il rebondit sur la portière de ma voiture alors que je me penche pour déposer mon sac de l’ordinateur sur le siège arrière. Je me retourne légèrement agacée.
« Excuses, madame ! On n’a pas fait exprès. » Un jeune adolescent trottine vers moi, tandis que ses amis, groupés autour du filet de volleyball installé sur la plage, nous regardent. Certains ont les mains sur les hanches, d’autres sont penchés, les mains sur les genoux pour reprendre leur souffle. Il est grand de taille et maigrichon dans son short rouge délavé, trop grand sur lui, et qui lui pend jusqu’au genou. Il parle, bouge, se déplace d’un air dégourdi, mais dégage cette allure pas encore finie, de celui qui n’est plus un petit garçon mais pas tout à fait encore un homme. Une image de mon petit frère d’il y a dix ans surgit de vieux souvenirs et flotte quelques instants avant de se faner.
« Pas de problème », je réponds, amusée. Tandis qu’il repart avec le ballon, en trottinant toujours aussi nonchalamment, je remarque enfin ce qui se passe autour de moi. C’est une scène familière. La plage est remplie de jeunes et de familles qui se promènent, courent, jouent, mangent, nagent.
Des groupes de jeunes adolescentes se prélassent assises ou à moitié allongées sur le sable, leurs joggings remontés jusqu’aux mollets ou aux genoux sous leurs abayas ouvertes, faisant mine d’ignorer les garçons qui font du sport, ou encore ceux qui s’approchent inexorablement de leur cercle en discutant et riant un peu trop fort. Des couples se promènent côte à côte sans se toucher la main, les têtes penchées l’une vers l’autre, totalement absorbés dans leur discussion, leurs sandales à la main. Des enfants courent dans les vagues pour sauter dans l’eau. Quelques mètres plus loin, un tout petit garçon pleure en s’accrochant aux jambes de son père, terrorisé par les algues qui lui frôlent les mollets. Le père rit et le prend dans ses bras. Un peu à l’écart, quelques femmes en abayas se baignent toutes habillées et s’éclaboussent d’eau, telles des sirènes toutes de noires vêtues, mais restent proches d’un petit groupe d’enfants en slip qui s’amusent non loin de là, leurs vêtements posés sur des serviettes de plages à quelques mètres.
Des voitures sont garées tout le long de la route qui longe la plage, et leurs occupants débordent dans tous les sens. Certains sont assis sur les capots, d’autres font une promenade et longent la route, d’autres sont perchés sur le muret qui sépare le goudron du sable. De la musique jaillit de tous les côtés. Ici du rap français retentit, là de la pop américaine, de ce côté des balades somalies ou afars, là des chansons arabes. Tant de mouvement, tant de vie. Tant de gens. Et tout ce beau monde semble évoluer dans un instant magique, un instantané parfait entouré d’un halo doré diffusé par le soleil couchant.
Debout, les clés à la main, je suis saisie par une émotion intense. Je me sens happée par ce maelström de formes, de sons et de couleurs. Je sors mon téléphone, mes écouteurs et une bouteille d’eau de mon sac. Je ferme la portière et m’adosse à ma voiture.
Je mets de la musique en sourdine, je bois un peu d’eau et j’observe la scène. C’est drôle, on s’habitue si facilement à certaines choses que l’on en oublie à quel point elles sont exceptionnelles. Des instants comme celui-ci que l’on néglige d’apprécier.
Le vent me caresse doucement les joues. Tandis que j’observe, milles petits détails surgissent, autant de fenêtres entrouvertes sur les vies qui se frôlent et se côtoient l’espace de quelques heures sur ce petit bout de plage. Le match de volley continue et une équipe prend l’avantage et fanfaronne. Un enfant curieux s’approche et s’accroupit pour trifouiller du doigt les trous laissés par les coquillages et les crabes dans le sable. Un adolescent solitaire reste obstinément assis dans la voiture à ma gauche, les yeux rivés sur son téléphone tandis que sa famille est descendue se promener. Une mère crie après ses deux garçons qui se sont aventurés un peu trop loin et, bien entendu, ils l’ignorent.
Graduellement, tandis que le soleil disparait à l’horizon, le ciel doré s’enflamme d’un feu vif, qui s’éteint doucement en passant par une palette de couleurs aux nuances infinies. De l’orange vif au violet, avec une touche de vert, bordée de bleu cyan qui vire gracieusement au bleu marine profond, saupoudré enfin de quelques étoiles audacieuses qui apparaissent, proclamant l’approche de la nuit.
Le temps semble s’être ralenti. Tandis que je regardais, fascinée, la peinture vivante gigantesque qui s’esquissait et se transformait sous mes yeux à l’horizon, la plage s’est vidée peu à peu. Les lampadaires se sont allumés. Deux policiers s’approchent et commencent à sommer les quelques nageurs restants de quitter la plage. Soudain, ce n’est pas le soleil mais la lune qui trône dans le ciel. Sa longue traîne blanche et fantomatique flotte doucement sur les vagues d’un noir d’encre et se ballote au gré du vent. Un petit chaton surgit de l’obscurité et commence à fouiller dans les emballages abandonnés sur le muret, cherchant quelques restes qu’il pourrait dévorer.
L’air s’est rafraichi un peu. Je prends une profonde respiration. Ah ! La tension qui me crispait la nuque s’est quelque peu dissipée. Je me sens pour la première fois depuis que je me suis levée ce matin, depuis le début de cette semaine peut-être, parfaitement tranquille. En paix. Je n’ai pas envie de bouger d’ici mais je commence à avoir un peu faim, étant pratiquement à jeun toute la journée.
Ce n’est pas grave, je mangerais avec mon amie dans pas longtemps de toute manière. Mais attends, quelle heure est-il ? 19h17 ? Comment, quand ? Et mince, je suis encore en retard…. Tandis que je démarre, j’éclate de rire, toute seule au volant de ma voiture.
Quelle belle journée après tout !

Tarwa 

 
Commenter cet article
Les commentaires sont validés par le modérateur du site avant d'être publiés.
Les adresses courriel ne sont pas affichées.
 
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

 
Raconte-nous la Femme
 
Concours photo : « L’Europe vue par les Djiboutiens »
 
Philosopher à Djibouti
 
| Flux RSS | Contacts | Crédits |