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Djibouti rejette tout péage au Bab el-Mandeb

par Mahdi A., juillet 2026 (Human Village 57).
 

La République de Djibouti a mis en garde, mercredi 29 juillet 2026, contre toute tentative d’imposer unilatéralement un péage ou une taxe aux navires traversant le détroit de Bab el-Mandeb. Cette prise de position intervient alors que les tensions militaires s’intensifient autour des voies maritimes du Proche-Orient et commencent à toucher des infrastructures énergétiques jusqu’en Méditerranée.
Dans un communiqué de presse, la présidence djiboutienne réaffirme son attachement à la liberté de navigation et au régime juridique applicable aux détroits. Elle rappelle que Bab el-Mandeb est un passage maritime d’intérêt mondial partagé entre l’Afrique et l’Asie. Toute initiative visant à imposer, depuis une seule rive, une taxation aux navires en transit serait contraire au droit international [1], porterait atteinte à la souveraineté des États riverains et menacerait la sécurité des voies maritimes essentielles au commerce mondial.

Bien que le communiqué djiboutien ne dénonce aucun élément précis, cette prise de position intervient au lendemain d’une déclaration d’Afrah al-Zouba, ministre des Affaires étrangères du gouvernement yéménite reconnu internationalement. Il a affirmé à Riyad que les houthis cherchaient à reproduire à Bab el-Mandeb la stratégie suivie par l’Iran dans le détroit d’Ormuz [2] afin de contrôler les flux maritimes transitant par la mer Rouge et transformer le détroit en moyen de pression politique, militaire et économique.
Une telle stratégie placerait sous pression simultanément les deux principaux détroits ouvrant sur l’océan Indien dans la région : le détroit d’Ormuz, vers le golfe Persique, et Bab el-Mandeb vers la mer Rouge. L’enjeu dépasse largement les pays riverains. Environ 30 % du trafic mondial de conteneurs emprunte la mer Rouge, et 12 à 15 % de l’ensemble du commerce international. Le trafic serait déjà en forte diminution, seuls onze navires transportant des marchandises ayant traversé la mer Rouge dimanche, selon les données citées par Al Jazeera.

Les tensions ont fortement augmenté au cours du mois de juillet. Les houthis ont lancé des missiles et des drones contre l’Arabie saoudite et annoncé un « siège maritime » visant les navires à destination ou en provenance du royaume. L’Arabie saoudite a répondu par des frappes aériennes contre Hodeïda, principale ville portuaire de l’ouest du Yémen contrôlée par les houthis. Des échanges de tirs ont également été signalés sur les lignes de front séparant les territoires tenus par le mouvement de ceux contrôlés par le gouvernement yéménite. Cette escalade est présentée comme la plus importante depuis la trêve conclue en 2022.

La gravité de la crise actuelle a été illustrée quelques heures plus tard dans le port égyptien de Damiette, en Méditerranée où une installation flottante de stockage de gaz naturel liquéfié appartenant à des intérêts américains aurait été touchée par au moins un drone [3]. L’impact aurait provoqué un incendie qui s’est ensuite propagé à un second navire. Les équipages ont été évacués, le feu maîtrisé et les bâtiments concernés déplacés hors de la zone portuaire. Les autorités locales ont indiqué que la situation était désormais sous contrôle et que les opérations devaient reprendre pendant la nuit sur les autres quais et terminaux. La tension ne se limite plus aux eaux de la mer Rouge ou du golfe Persique : elle atteint désormais une infrastructure maritime de la Méditerranée orientale.
Commentant cet événement sur le réseau X, Mario Nawfal, influenceur et agrégateur d’informations très suivi, a constaté que les attaques contre les navires et les installations énergétiques concernent désormais la mer Rouge, le golfe Persique et la Méditerranée, auxquelles s’ajoutent la mer Noire et la mer d’Azov [4]. Cette remarque souligne l’extension géographique du risque, même si les incidents survenus dans ces différentes zones ne relèvent pas nécessairement des mêmes acteurs ni d’une stratégie coordonnée.
La multiplication des drones, des missiles et des attaques contre des navires commerciaux ou des infrastructures portuaires transforme néanmoins la sécurité maritime en problème mondial. Elle expose les routes commerciales, les terminaux énergétiques, les pétroliers, les méthaniers et les installations de stockage à des menaces difficiles à prévenir et relativement peu coûteuses à mettre en œuvre. Les conséquences peuvent être immédiates : hausse des primes d’assurance, détournement des navires vers des itinéraires plus longs, augmentation des coûts de transport, perturbation des approvisionnements énergétiques et ralentissement des échanges internationaux.

Pour Djibouti, situé sur la rive africaine du Bab el-Mandeb, la possibilité qu’une organisation armée cherche à contrôler, à taxer ou à sélectionner les navires autorisés à traverser le détroit constitue une possible « escalade inacceptable ». Pour le pays, la liberté de navigation ne constitue pas seulement un principe juridique ou un problème du commerce international, mais est directement liée à sa sécurité nationale et son activité portuaire. Djibouti appelle donc la communauté internationale et les organisations compétentes à garantir que Bab el-Mandeb demeure un passage sûr et ouvert conformément au droit international.

Mahdi A.


Communiqué de la présidence de la République
29 juillet 2026

La République de Djibouti réaffirme son attachement indéfectible à la liberté de navigation et au régime juridique international applicable aux détroits utilisés pour la navigation internationale, tels que consacrés par le droit de la mer.
Le détroit de Bab el-Mandeb est un passage maritime d’intérêt mondial, partagé entre les rives africaine et asiatique. Toute initiative visant à imposer, depuis une seule rive, un système de péage ou de taxation aux navires transitant par ce détroit serait contraire au droit international, porterait atteinte à la souveraineté des États riverains et menacerait la sécurité des voies maritimes essentielles au commerce et à l’approvisionnement énergétique mondiaux.
Étant État riverain directement concerné, Djibouti considère qu’une telle mesure, si elle était mise en œuvre, constituerait une remise en cause unilatérale du statut international du détroit et une escalade inacceptable dans la région. La République se réserve le droit de recourir à toutes les voies diplomatiques, juridiques et sécuritaires, seules ou en coordination avec ses partenaires régionaux et internationaux, afin de préserver l’intégrité de ses droits souverains, la sûreté de la navigation et la stabilité de la mer Rouge.
La République de Djibouti appelle la communauté internationale, les organisations compétentes et les États utilisateurs du détroit à veiller à ce que Bab el-Mandeb demeure un passage sûr, ouvert et régi par le droit, et non un instrument de pression au service d’intérêts particuliers.


[1En référence en particulier aux conventions de Londres (1841, Montreux (1936) et Montego Bay (1982).

[3Jonathan Saul, Marwa Rashad and Mohamed Ezz, « Drone hits gas storage tanker at Egypt’s Mediterranean port, Ambrey reports », Reuters, 29 juillet 2026.

[4Voir sur X, le tweet de Mario Nawfal.

 
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