Ce dimanche 17 mai, le président de la République a nommé un nouveau gouvernement [1]. Estimant manifestement avoir été plébiscité par ses concitoyens lors de la dernière élection présidentielle, rassemblant plus de 97 % des suffrages exprimés, Ismaïl Omar Guelleh n’a pas jugé nécessaire de bouleverser les équilibres ni de se séparer de ses principaux collaborateurs. Le nouveau gouvernement s’inscrit ainsi davantage dans une logique de continuité que de rupture, avec quelques ajustements internes, plusieurs redéploiements et l’introduction de nouveaux portefeuilles répondant aux nouvelles priorités politiques et économiques. Les ministères stratégiques restent confiés à des personnalités déjà bien installées au sein de l’appareil d’État et bénéficiant visiblement de la confiance d’Ismaïl Omar Guelleh. Abdoulkader Kamil Mohamed conserve la Primature, Ilyas Moussa Dawaleh demeure aux commandes de l’Économie et des Finances, tandis qu’Hassan Omar Bourhan reste à la Défense.
Une question commence toutefois à alimenter les spéculations des milieux d’affaires et politiques : où va atterrir Abdallah Abdillahi Miguil ? L’actuel ambassadeur de Djibouti à Pékin, dont le rôle de directeur de campagne présidentielle avait été particulièrement remarqué, est en effet annoncé depuis plusieurs semaines comme appelé à exercer prochainement d’importantes responsabilités à Djibouti. Reste désormais à savoir quelle fonction lui sera confiée et dans quel cadre il sera amené à quitter son poste stratégique en Chine.
Pour comprendre pleinement ce nouveau gouvernement, il convient toutefois de le replacer dans la continuité des recompositions entamées depuis 2019 puis consolidées en 2021 et 2022. Le gouvernement de 2026 apparaît moins comme une rupture qu’une étape dans une évolution administrative et politique amorcée depuis plusieurs années. Le gouvernement formé en 2021, à la suite de la réélection d’Ismaïl Omar Guelleh, avait déjà introduit de nouvelles priorités dans l’organisation gouvernementale : formalisation de l’économie, protection sociale, développement durable, promotion des investissements et soutien au secteur privé. Le nouvel exécutif de 2026 approfondit cette orientation en accentuant davantage la spécialisation des portefeuilles ministériels et l’approche technocratique de l’action publique.
Plusieurs ministères apparus ou restructurés en 2021 sont ainsi maintenus et renforcés : le ministère de l’Environnement et du Développement durable, la distinction entre Urbanisme et Environnement, ou encore le ministère du Travail chargé de la Formalisation et de la Protection sociale illustrent cette continuité administrative. Le gouvernement actuel introduit néanmoins de nouvelles priorités comme une compétence autrefois confiée à un secrétariat d’État et désormais transformée en portefeuille spécifiquement dédié aux Investissements et au Développement du secteur privé. Plus largement, l’architecture gouvernementale reflète désormais très clairement les nouveaux référentiels internationaux : innovation, transition numérique, attractivité économique, gouvernance, inclusion sociale ou encore développement durable occupent une place croissante dans les intitulés ministériels. Entre 2019, 2021 et 2026, les changements concernent davantage les structures administratives et les intitulés ministériels que les hommes eux-mêmes. Les mêmes figures continuent d’occuper des postes clés, tout en circulant entre différents départements ministériels. Quelques exemples illustrent cette logique de redéploiement interne :
• Omar Abdi Said quitte le ministère du Travail chargé de la Formalisation et de la Protection sociale pour prendre en charge le ministère de l’Intérieur. ;
• Radwan Abdillahi Bahdon quitte la Communication pour prendre en charge le ministère de l’Agriculture ;
• Mohamed Abdoulkader Moussa Helem passe de l’Environnement à la Communication ;
• Mouna Osman Aden quitte le ministère de la Femme et de la Famille pour prendre en charge le ministère de la Santé.
• Yonis Ali Guedi quitte le ministère de l’Énergie pour le ministère du Travail chargé de la Formalisation et de la Protection sociale.
Cette mécanique de permutation traduit davantage une gestion des équilibres politiques internes qu’un véritable renouvellement générationnel.
S’agissant de la représentation féminine, une progression graduelle peut être observée depuis 2019, même si ses limites demeurent évidentes. En 2019, le gouvernement ne comptait que trois femmes sur vingt-quatre membres :
• Moumina Houmed Hassan ;
• Mouna Osman Aden ;
• Amina Abdi Aden.
Le quota légal de 25 % prévu par la loi [2] relative à la représentativité des femmes n’était alors clairement pas respecté. Le gouvernement de 2021 marque un premier rééquilibrage avec cinq femmes sur vingt-six ministres :
• Mouna Osman Aden ;
• Ouloufa Ismail Abdo ;
• Amina Abdi Aden ;
• Hibo Moumin Assoweh ;
• Mariam Hamadou Ali ;
Le seuil des 25 % était alors quasiment atteint. En 2026, la représentation féminine progresse encore avec huit femmes sur vingt-six :
• Mouna Osman Aden ;
• Hana Farah Assoweh ;
• Ouloufa Ismail Abdo ;
• Amina Abdi Aden ;
• Fardoussa Moussa Egueh ;
• Safia Mohamed Ali Gadileh ;
• Mariam Hamadou Ali ;
• Fatouma Ali Abdallah.
La progression quantitative est donc indéniable. Néanmoins, le constat de fond évolue peu : les femmes restent essentiellement en charge de ministères à vocation sociale, culturelle ou sectorielle (Santé, Femme et Famille, Affaires sociales, Urbanisme, Jeunesse, Sports, Innovation ou Investissements). Aucun portefeuille régalien (Défense, Intérieur, Finances, Justice ou Affaires étrangères) n’est confié à une femme. Cela étant, contrairement au gouvernement de 2019, les exécutifs de 2021 puis de 2026 respectent globalement le seuil légal de représentation féminine. Cette évolution traduit sans doute autant une volonté de conformité institutionnelle qu’un souci croissant d’image politique.
Les nominés
– Premier ministre : Abdoulkader Kamil Mohamed
– Ministre de la Justice et des Affaires pénitentiaires, chargé des Droits de l’Homme et des Relations avec le Parlement : Ali Hassan Bahdon
– Ministre de l’Économie et des Finances chargé de l’Industrie : Ilyas Moussa Dawaleh
– Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, porte-parole du gouvernement : Abdoulkader Houssein Omar
– Ministre de la Défense : Hassan Omar Bourhan
– Ministre de l’Intérieur : Omar Abdi Said
– Ministre du Budget : Isman Ibrahim Robleh
– Ministre de la Santé : Mouna Osman Aden
– Ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle : Moustapha Mohamed Mahamoud
– Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche : Nabil Mohamed Ahmed
– Ministre de la Femme et de la Famille : Hana Farah Assoweh
– Ministre de l’Agriculture, de l’Eau, de la Pêche, de l’Élevage et des Ressources halieutiques : Radwan Abdillahi Bahdon
– Ministre des Infrastructures et de l’Équipement : Said Nouh Hassan
– Ministre des Affaires musulmanes et des Biens wakfs : Moumin Hassan Barreh
– Ministre des Affaires sociales et des Solidarités : Ouloufa Ismail Abdo
– Ministre de l’Énergie chargé des Ressources naturelles : Djama Mohamed Hassan
– Ministre du Travail chargé de la Formalisation et de la Protection sociale : Yonis Ali Guedi
– Ministre de l’Environnement et du Développement durable : Mohamed Ahmed Awaleh
– Ministre de la Ville, de l’Urbanisme et de l’Habitat : Amina Abdi Aden
– Ministre de la Communication chargé des Postes et des Télécommunications : Mohamed Abdoulkader Moussa Helem
– Ministre du Commerce et du Tourisme : Orbis Helaf Orbis
– Ministre de la Jeunesse et de la Culture : Fardoussa Moussa Egueh
– Ministre délégué chargé de la Décentralisation : Omar Houssein Omar
– Ministre déléguée chargée de l’Économie numérique et de l’Innovation : Safia Mohamed Ali Gadileh
– Ministre déléguée chargée des Investissements et du Développement du secteur privé : Mariam Hamadou Ali
– Secrétaire d’État chargée des Sports : Fatouma Ali Abdallah
Mahdi A.
[1] Décret n° 2026-092/PRE/2026 du 17 mai 2026.
[2] Loi n° 219/AN/18/7ème L modifiant la Loi n° 192/AN/02/4ème L instituant le système de quota dans les fonctions électives et dans l’administration de l’Etat, Journal Officiel, 15 janvier 2018.