Après plus de deux années de tensions entre Addis-Abeba et Asmara, le 8 février dernier marque un tournant. L’Éthiopie a alors accusé officiellement l’Érythrée d’intensifier ses actions militaires le long de leur frontière commune. Elle affirme que des troupes érythréennes ont pénétré en territoire éthiopien, occupé certaines zones, et soutiennent des groupes armés d’opposition avec lesquels elles ont mené des manœuvres conjointes. Addis-Abeba estime que ces ces actes représentent une agression. L’Éthiopie exige le retrait immédiat des forces érythréennes ainsi que la fin de tout soutien aux rebelles, tout en se déclarant disposée à privilégier une solution diplomatique y compris sur des dossiers stratégiques comme l’accès à la mer via Assab.
L’Érythrée a catégoriquement rejeté ces accusations le lendemain, dénonçant une campagne hostile menée contre elle depuis plus de deux ans et affirmant ne pas vouloir contribuer à une escalade [1].
C’est dans ce climat particulièrement tendu que circulent sur les réseaux sociaux éthiopiens de nombreuses informations — parfois accompagnées de vidéos — faisant état de vastes mouvements de troupes vers le nord du pays.
Jawar Mohammed établit ainsi un lien entre la mobilisation logistique massive nécessaire au déploiement rapide de soldats et d’équipements militaires, et la pénurie de camions actuellement observée sur les principaux axes du pays : « Des chefs d’entreprise à travers l’Éthiopie signalent une grave pénurie de camions pour transporter leurs marchandises, de nombreux poids lourds ayant été réquisitionnés par le gouvernement et étant utilisés pour acheminer des soldats vers le nord. Le déclenchement de la guerre semble imminent. » [2]
Cette pénurie de camions disponibles a été indirectement corroborée par le PDG d’Ethiopian Shipping & Logistics (ESL), Abdulber Shemsu, qui, à l’issue d’une visite au port de Djibouti pour évaluer les opérations de transport d’engrais, a reconnu un manque de camions lourds assurant l’acheminement vers l’Éthiopie [3]. Des discussions seraient en cours afin de remédier rapidement à cette situation.
Dans un autre message, Jawar Mohammed souligne l’ampleur de la mobilisation militaire éthiopienne. Elle serait sans précédent depuis la guerre de 1998–2000 entre les deux pays, puisque jusqu’à 75 % des forces éthiopiennes seraient déployées dans le Nord[[Jawar Momahed sur X, [Voir en ligne], 16 février 2026.]. Il s’inquiète par ailleurs du retrait des troupes d’Oromia et d’Amhara. Les milices locales ne peuvent durablement combler le vide ainsi créé, ce qui fait peser le risque d’un effondrement de la sécurité intérieure. Selon cette analyse, le Premier ministre Abiy Ahmed doit effectuer un choix stratégique : si un affrontement doit avoir lieu, il est préférable de l’engager promptement en espérant une issue favorable rapide afin de redéployer ensuite l’armée vers les régions instables.
L’ensemble de ces éléments — tensions diplomatiques accrues, accusations croisées d’agression, mouvements de troupes et pénurie logistique — alimente un climat d’incertitude particulièrement préoccupant. À ce stade, aucun scénario ne peut être écarté.
Mahdi A.
[1] Mahdi A., « Tensions croissantes entre l’Érythrée et l’Éthiopie », Human Village, février 2026.
[2] Jawar Mohammed sur X, voir en ligne, 16 février 2026.
[3] ESL sur X, voir en ligne, 17 février 2026.