Les relations entre l’Érythrée et l’Éthiopie connaissent actuellement une nouvelle phase de tensions qui font craindre un affrontement armé entre les deux pays de la Corne de l’Afrique. Les échanges récents entre Addis-Abeba et Asmara témoignent d’un climat de méfiance croissante, marqué par des accusations graves et des démentis catégoriques.
Le 8 février 2026, le gouvernement éthiopien a officiellement accusé l’Érythrée d’avoir intensifié ses actions militaires le long de la frontière commune [1]. Dans une lettre adressée au ministre érythréen des Affaires étrangères, le chef de la diplomatie éthiopienne affirme que des forces érythréennes ont pénétré dans le pays et occupé des territoires éthiopiens. Addis-Abeba accuse également Asmara d’apporter un soutien matériel à des groupes armés opérant en Éthiopie et d’avoir mené des manœuvres conjointes avec des combattants non identifiés près de la frontière nord-ouest. Les autorités éthiopiennes qualifient ces actions d’agression et exigent le retrait immédiat des troupes érythréennes ainsi que la fin de toute collaboration avec des groupes rebelles.
Le gouvernement éthiopien affirme cependant rester ouvert à une solution diplomatique. Il serait prêt à engager des négociations en vue d’un règlement global des différends, rappelant que des décennies de conflit ont façonné les relations entre les deux États. Parmi les questions évoquées figurent notamment des enjeux stratégiques tels que les questions maritimes et l’accès de l’Éthiopie à la mer, en particulier via le port d’Assab.
La réaction érythréenne ne s’est pas fait attendre. Le 9 février, le ministère de l’Information d’Asmara a rejeté catégoriquement les accusations éthiopiennes. Son communiqué affirme que ces déclarations s’inscrivent dans le cadre d’une campagne hostile menée contre l’Érythrée depuis plus de deux ans [2]. Les autorités érythréennes affirment par ailleurs ne pas vouloir alimenter une escalade verbale susceptible d’aggraver la situation et ne pas avoir l’intention de s’engager dans une confrontation inutile.
Ces échanges interviennent dans un contexte particulièrement sensible. Les relations entre l’Érythrée et l’Éthiopie sont marquées par des décennies d’affrontements, notamment la guerre d’indépendance érythréenne et le conflit frontalier de 1988-2000, qui continuent d’influencer la vision des deux gouvernements. Malgré certaines périodes de rapprochement, la frontière demeure un point de friction récurrent et les accusations liées à la souveraineté territoriale ravivent régulièrement les tensions.
Aujourd’hui, la gravité des accusations formulées par Addis-Abeba et la fermeté du démenti érythréen illustrent un climat de défiance qui pourrait favoriser une escalade. Même si l’Éthiopie affirme privilégier le dialogue, l’absence de mécanismes solides de gestion des conflits et la persistance de suspicions réciproques font craindre le risque d’une aggravation de la crise. Dans une région déjà fragilisée par plusieurs affrontements armés, une détérioration des relations entre les deux pays pourrait avoir des répercussions importantes. Cette situation monter l’urgence de la reprise de discussions permettant de prévenir toute confrontation militaire.
Mahdi A.
[1] « Ethiopia accuses Eritrea of territorial incursion, backing armed groups, demands troop withdrawal », Addis Standard, 9 février 2026.
[2] « False accusations to serve ulterior agendas », Ministry of Information, 9 février 2026.