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Les FFDJ continueront à assurer la sécurité et l’intégrité territoriale de Djibouti
par Mahdi A., juillet 2015 (Human Village 24).
 

Jean-Yves Le Drian, ministre français de la Défense vient de quitter Djibouti après une visite de 48 heures à Djibouti, que peut-on en retenir ?
Les relations se sont raffermies. L’onde de choc attendue concernant la déflation des Forces françaises stationnées à Djibouti, n’a pas eu lieu. Le scénario catastrophe qui avait été mijoté par le ministère de la Défense dans le cadre de la nouvelle loi de programmation militaire 2014-2019, a été retoqué partiellement par le président Hollande qui vient de rendre son arbitrage. La France envisageait de retirer la moitié de ses troupes positionnées à Djibouti, il n’en sera rien. La réduction des troupes sera limitée à 600 hommes, avec un calendrier « desserré ». Un premier contingent de 300 soldats quittera Djibouti dès cet été pour venir renforcer le plan Vigipirate en France. Fin 2017, le contingent des FFDJ ne comptera plus que 1350 hommes.

Photo : ministère de la défense

Ce nombre maintenu correspond à celui proposé par les rapporteurs Yves Fromion (UMP) et Gwendal Rouillard (PS) pour assurer le rayonnement de la France, la sauvegarde de ses intérêts stratégiques et le respect des termes du traité de Défense militaire signé le 21 décembre 2011. En effet ces deux élus indiquaient dans leur rapport « qu’un effectif limité à 950 personnels, forces spéciales et soutiens compris, ne permettrait en aucun cas aux Forces françaises stationnées à Djibouti de remplir leur contrat opérationnel. ». [1].
Ils ont été entendus à la lettre, et à travers eux, les inquiétudes de nombreux officiers mais également du Quai d’Orsay, à voir le rayonnement et les intérêts de la France sacrifiés pour cause de contraintes budgétaires et aux objectifs de déflation affichés par la loi de programmation, sans tenir compte « d’une analyse prospective portant sur les dix à quinze ans à venir. Or, à cet égard, Djibouti possède des atouts appréciables », selon les propos tenus par l’ambassadeur Serge Mucetti devant les rapporteurs parlementaires.
A ne pas s’y tromper, c’est Laurent Fabius qui a été à la manœuvre. Le rapport parlementaire des députés Fromion et Rouillard, aussi bien ficelé qu’argumenté qu’il a pu être, n’aurait pas pu avoir raison de la programmation militaire 2014-2019 souhaitée par le Drian. La relation entre les deux ministres n’est pas réputée pour être des meilleures. Même si Le Drian est « considéré » comme le ministre des Affaires étrangères pour les questions africaines, Laurent Fabuis vient de se rappeler à son bon souvenir : le rayonnement de la France en Afrique, et plus particulièrement à Djibouti, concerne en premier chef le Quai d’Orsay. Les élus parlementaires ont fournit le grain à moudre nécessaire au Quai d’Orsay pour construire sa plaidoirie auprès du chef de l’État français. L’ouverture imminente d’une base chinoise, a sans doute été l’argument qui manquait à Laurent Fabuis pour faire peser la balance en sa faveur, et envoyer « valser » les hypothèses invraisemblables étudiées par les états-majors de Le Drian.
Croire que c’est la volonté de respecter les termes du traité liant la France à la République de Djibouti et plus particulièrement de son obligation « à contribuer à la défense de l’intégrité territoriale de la République de Djibouti » qui est à l’origine du revirement des intentions de déflation de la France serait se méprendre fortement. Comme les députés le mentionnent, les responsables militaires français auraient leur propre grille de lecture de cette clause du traité : « En effet, pour justifier des déflations qui conduiraient à réduire au-delà du raisonnable notre dispositif, on pourrait arguer du fait que “contribuer à la défense” ne signifie pas “assurer seul la défense” ». Le traité ne peut être lu comme un engagement de la France à maintenir à Djibouti un volume de forces suffisant pour remplir sa mission.
Tout est dit ! Si l’on va plus loin dans l’analyse de nos amis français, l’argument resterait encore valable avec une présence de seulement une dizaine d’hommes. Aussi, il semble important, en ayant connaissance de la manière dont nos amis français interprètent cette clause importante à nos yeux, que lorsque le temps viendra de revoir les accords militaires, il sera impératif d’indiquer sur le traité un minimum de troupes devant nécessairement stationnées à Djibouti en tout temps… Selon le rapport d’information parlementaire, « Djibouti est le seul État avec lequel une clause de garantie automatique existe encore depuis que les accords militaires ont été tous revus » sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Le traité indique clairement cette mention : « la République Française s’engage à contribuer à la défense de l’intégrité territoriale de la République de Djibouti » !
La relation de la France et de la République djiboutienne est ancienne, les liens d’amitié sont solides, et rien n’indique que ceux-ci évolueront dans un sens contraire. Que la relation soit plus qu’amicale, solide comme un chêne, n’autorise pas la France à modifier sa voilure, son dispositif militaire, lorsque ces choix engagent le respect des engagements pris. Il s’agit tout de même de notre sécurité. Pourquoi n’avons nous pas été consultés, informés des hypothèses en discussion concernant la déflation des troupes ? Pourtant les deux états-majors disposent de part et d’autre d’officiers de liaison. Ce manque d’égards et de considération n’est ni acceptable, ni justifiable. Cette question du redéploiement envisagée des troupes françaises aurait du être discuté en amont, les autorités en être informées. Cette situation invraisemblable a même été soulignée par les auteurs du rapport. :
Les rapporteurs soulignent leur surprise notamment « compte tenu de l’ancienneté, de la densité des liens qui unissent la France à la République de Djibouti (…) qu’un plan définitif de déflation massive des effectifs des Forces françaises stationnées à Djibouti n’ait pas fait l’objet, à tout le moins, d’une information approfondie de la partie djiboutienne. Or, les rapporteurs n’ont pas tiré le sentiment de leurs entretiens avec les autorités djiboutiennes aient été étroitement associées aux discussions en cours ».
La France doit prendre conscience que la relation s’est légèrement modifiée. Djibouti n’est plus son « bac à sable », ni un « confetti d’empire », mais son partenaire, son allié, son ami…
Et, c’est cette relation d’amitié particulière, car ancienne, elle a cent trente ans, qui fait que la France bénéficie « d’une ristourne », d’ailleurs comme les rapporteurs le reconnaissent dans leur document : « un récent accord américano-djiboutien pérennise la présence américaine pour vingt ans et permet l’extension des bases américaines, moyennant une redevance annuelle relevée de 38 à 68 millions de dollars – à comparer aux 30 millions d’euros versés par la France ».
Pour moitié moins que la redevance versée par les États-Unis d’Amérique, la France occupe dix bases militaires sur l’ensemble du territoire, « ces emprises s’étendent sur 400 hectares, 290 000m2 de surface hors œuvre développée (SHOD) active (…) ». A comparer encore aux Italiens, qui versent 22 millions d’euros pour une base d’à peine 10 hectares.

La France doit intégrer la nouvelle donne : Djibouti est très convoitée
« En se rendant sur place, les rapporteurs ont pu mesurer l’ampleur des convoitises que suscite l’implantation française à Djibouti – signe, s’il en fallait, de l’intérêt stratégique de cette position. Lors de son audition, le chef d’état-major de l’armée de l’air a d’ailleurs insisté sur la lutte d’influence, voire la concurrence, qui s’opère à Djibouti entre différentes puissances. Selon lui, « il faut bien voir la concurrence : Djibouti attire… Pourquoi s’en retirer ? ».
N‘empêche, les courtisans resteront des courtisans, parfois cela deviendra des partenaires solides, mais rien ne peut effacer une amitié plus que centenaire.
Mais l’établissement d’une bonne relation durable implique que les deux parties fassent réciproquement des efforts pour entretenir ces liens particuliers … Ceux-ci ont été mis un peu à mal par ce manque de communication sur les intentions de la France quant à ces projets de déflation d’effectif à Djibouti.
Mais tout est bien, qui fini bien, puisque Jean-Yves Le Drian a annoncé ce matin, lundi 27 juillet 2015, que la France allait maintenir 1350 hommes à Djibouti, une configuration en baisse certes, mais qui permet aux FFDJ d’avoir la capacité d’assurer la sécurité de l’intégrité territoriale le cas échéant.

Mahdi A.


[1Voir le texte du rapport sur le site de l’Assemblée nationale.

 
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