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Palestine : l’exemple du Belize ?

par Mahdi A., juillet 2025 (Human Village 54).
 

Anne Bernas sur le site de RFI explique qu’un certain nombre d’États ont décidé de se mobiliser dans le cadre du groupe de La Haye pour dénoncer l’action israélienne à Gaza contre la population palestinienne. « La barre des 58 000 morts a été franchie dans la bande de Gaza, en majorité des femmes et des enfants. Une dévastation qui met chaque jour un peu plus en exergue l’échec des cadres juridiques internationaux à protéger les civils. “Face à ce constat, plusieurs nations ont pensé que ce serait une bonne idée de réunir un groupe d’États pour essayer non pas de créer du nouveau droit international qui existe déjà, non pas pour exhorter, pour appeler à, pour condamner, mais pour appliquer des mesures concrètes de la part des États, c’est à dire des politiques concrètes, de façon collective et coordonnée, pour mettre fin au carnage, pour mettre fin au génocide. Quand sur des sujets précis, les États s’unissent et lèvent leurs voix, ils ont plus de poids et d’influence que lorsqu’ils sont isolés”, explique Guillaume Long, conseiller diplomatique principal du groupe de La Haye. » [1].
L’urgence d’agir s’impose d’autant plus qu’apparaît le projet de construction d’une « ville humanitaire » de 600 000 habitants pour parquer les Gazaouis. Même l’ancien premier ministre Ehud Olmert, condamne cette idée dans un entretien à The Guardian, en déclarant notamment « qu’après des mois de rhétorique violente, y compris des appels des ministres à “nettoyer” Gaza et des projets de construction de colonies israéliennes dans la région, les affirmations du gouvernement selon lesquelles la “ville humanitaire” visant à protéger les Palestiniens n’étaient pas crédibles. Lorsqu’ils construisent un camp pour “nettoyer” plus de la moitié de Gaza, la stratégie est inéluctablement conçue : il ne s’agit pas de sauver les Palestiniens, mais de les expulser, de les repousser et de les rejeter. Du moins, je n’ai pas d’autre interprétation. ». Des avocats et universitaires israéliens spécialisés dans les droits de l’homme décrivent ce plan comme un modèle de crimes contre l’humanité. Pour certains, s’il était mis en œuvre, « dans certaines conditions, il pourrait constituer un crime de génocide » [2].

Pressions américaines pour empêcher les dénonciations d’Israël
Selon Anne Bernas, le Belize, membre fondateur du groupe de La Haye, se serait retiré de cette campagne lancée sur un mot d’ordre simple : « Nous choisissons d’agir, non seulement pour la population de Gaza, mais aussi pour l’avenir d’un monde où la justice l’emporte sur l’impunité » par huit pays fondateurs (Bolivie, Colombie, Cuba, Honduras, Malaisie, Namibie, Sénégal et Afrique du Sud) [3].
Ils appellent d’autres d’États à les rejoindre pour redonner vie au multilatéralisme et au respect des règles communes. Il organisent à cet effet une rencontre à Bogota (Colombie) qui réunira une trentaine d’États les 15 et 16 juillet 2025. Or, cette initiative déplait fortement aux États-Unis d’Amérique. Un porte parole américain a ainsi déclaré que le groupe de La Haye « cherche à saper la souveraineté des nations démocratiques en isolant et en tentant de délégitimer Israël, préparant ainsi de manière transparente le terrain pour cibler les États-Unis, notre armée et nos alliés. Il ajoute que son gouvernement « défendra avec vigueur ses intérêts, son armée et ses alliés, y compris Israël, contre cette guerre juridique et diplomatique coordonnée. Nous exhortons nos amis à se joindre à nous dans cette entreprise cruciale » [4].
Lorsque l’on connait les moyens employés par l’administration Trump pour défendre bec et ongles son allié Israël, en attaquant le procureur auprès de la Cour pénale internationale (CPI), Karim Khan [5] [6], qui a émis un mandat d’arrêt contre Benjamin Netanyahou et Yoav Gallant, ou Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale des Nations unies pour les Palestiniens, sanctionnée par Washington la semaine dernière, on peut s’attendre à une série de mesures de rétorsions sur les pays qui s’affranchiront des avertissements à se désengager de cette action contre « l’enfant gâté du Proche Orient ». L’Algérie, le Bangladesh, le Brésil, le Chili, la Chine, Djibouti, le Honduras, l’Indonésie, l’Irlande, le Liban, le Nicaragua, Oman, le Portugal, le Qatar, Saint-Vincent-et-les Grenadines, l’Espagne, la Turquie et l’Uruguay, ainsi que l’Autorité palestinienne sont annoncés à cette rencontre. La République de Djibouti, par le truchement de son ambassadeur auprès de l’Union européenne, Aden Mohamed Dileita, a soutenu des mesures « concrètes et urgentes » pour faire respecter le droit international dans un discours sans détour : « Gaza est aujourd’hui réduite à un champ de ruines. Sa population, affamée et bombardée, continue de subir une campagne militaire brutale sans précédent », a-t-il déclaré, dénonçant le non respect des ordonnances de la Cour internationale de Justice (CIJ) de janvier dernier. Djibouti, a-t-il rappelé, avait soutenu dès le départ la procédure engagée par l’Afrique du Sud devant la CIJ et soumis un mémoire en 2023. [7]

Djibouti est inscrit sur la liste de 36 pays potentiellement soumis à une interdiction de voyage selon une information du Washington Post, pour des allégations d’« activités antisémites et anti-américaines aux États-Unis » de la part de ses ressortissants. Il semble cependant qu’un pays disposé à accepter des ressortissants de pays tiers expulsés des États-Unis ou à conclure un accord de « pays tiers sûr » pourrait voir atténuer les sanctions [8].
Il est possible que Djibouti refuse d’accueillir des personnes de pays tiers expulsées des État-Unis. Le gouvernement djiboutien n’a fait aucune déclaration sur le sujet, mais des propos du ministre nigérian des Affaires étrangères, Yusuf Tuggar, laissent penser qu’une telle demande similaire a pu être faite à Djibouti. « Il serait injuste pour le Nigeria d’accepter 300 Vénézuéliens expulsés », a-t-il déclaré, suggérant que les récentes restrictions imposées aux visas des voyageurs nigérians par les États-Unis n’étaient pas « réciproques » mais participaient aux pressions américaines. « Les États-Unis exercent une pression considérable sur les pays africains pour qu’ils acceptent que des Vénézuéliens soient expulsés des États-Unis, certains sortant tout droit de prison […]. Il sera difficile pour un pays comme le Nigeria d’accueillir des prisonniers vénézuéliens. Nous avons déjà suffisamment de problèmes, nous ne pouvons pas accepter les Vénézuéliens expulsés vers le Nigeria, bon sang ! » [9]

Notons que si Djibouti semble réservé sur ce programme américain d’expulsion vers des pays tiers, l’Eswatini [10] ne semble pas avoir les mêmes pudeurs, puisque dans un message publié aujourd’hui sur X, la secrétaire adjointe à la Sécurité intérieure, Tricia McLaughlin, a déclaré que des individus, citoyens du Vietnam, de la Jamaïque, de Cuba, du Yémen et du Laos, étaient arrivés en Eswatini par avion. Elle a précisé qu’il s’agissait de criminels condamnés et d’« individus d’une barbarie si particulière que leurs pays d’origine ont refusé de les accueillir » [11].
L’expression America First prend tout son sens…

Mahdi A.


 
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