El-Sissi trace des « lignes rouges » pour l’Éthiopie : pas de sphère d’influence pour vous en Somalie ou dans la mer Rouge !
Les déclarations faites aujourd’hui par le président Abdel Fattah El-Sissi lors de sa conférence de presse conjointe avec le président somalien Hassan Sheikh Mohamud indiquent clairement que l’Égypte ne permettra pas à l’Éthiopie d’établir une sphère d’influence en Somalie ou dans la mer Rouge.
Ses déclarations reflètent également la volonté de l’Égypte d’étendre son influence militaire et politique dans des zones que l’Éthiopie considère comme faisant partie de sa sphère d’intérêt traditionnelle.
L’Égypte se positionne désormais comme un allié clé de la Somalie pour contrer toute tentative visant à diviser le pays ou à prendre le contrôle de ses ressources maritimes.
Le sommet d’Al-Alamein a tracé des lignes rouges claires dans la Corne de l’Afrique, signalant le retour de l’Égypte en tant qu’acteur central dans la sécurité et la stabilité de la région, face aux efforts accélérés de l’Éthiopie pour redessiner la carte du pouvoir régional.
La réaffirmation par El-Sissi de l’engagement de l’Égypte à soutenir l’unité et la stabilité de la Somalie vise clairement à freiner les récentes initiatives de l’Éthiopie au Somaliland, où Addis-Abeba a signé un accord controversé avec les séparatistes accordant à l’Éthiopie l’accès à un port maritime.
De plus, l’accent mis par El-Sissi sur la sécurité de la mer Rouge et la stabilité de la Corne de l’Afrique est un message direct rejetant toute tentative de modifier l’équilibre des pouvoirs dans cette région sensible, où l’Éthiopie cherche à prendre pied.
Le sommet a également confirmé la poursuite de la coordination militaire et sécuritaire entre l’Égypte et la Somalie, en particulier dans le cadre du protocole de coopération militaire signé en août 2024. Cela comprend la formation et l’équipement des forces somaliennes, le renforcement de leur capacité à faire face aux groupes terroristes et la possibilité pour l’État somalien d’étendre sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire, afin de faire face à la fois aux menaces internes et aux interventions extérieures.
Les deux dirigeants ont également souligné le soutien de l’Égypte à la participation à la nouvelle mission de l’Union africaine visant à stabiliser la Somalie, tout en appelant la communauté internationale à assumer la responsabilité de fournir un financement durable et prévisible à cette mission. Il s’agit là d’un message rejetant le vide que les puissances régionales, au premier rang desquelles l’Éthiopie, pourraient tenter d’exploiter.
El-Sisi a également salué les efforts de Hassan Sheikh Mohamud pour parvenir à un consensus national entre les factions somaliennes, à un moment où l’Éthiopie est accusée d’exploiter les divisions internes de la Somalie pour faire avancer ses objectifs géopolitiques.
Entre les déclarations officielles et les positions publiques, le sommet a adressé un avertissement sans équivoque à l’Éthiopie :
L’Égypte ne permettra pas qu’un nouveau statu quo soit imposé en Somalie, ni ne laissera la mer Rouge ouverte aux ambitions maritimes de l’Éthiopie.
Khaled Mahmoued, journaliste égyptien
Texte intégral du discours du président El-Sissi lors de la conférence de presse
Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux,
Mon frère, Son Excellence le président Hassan Sheikh Mohamud, président de la République fédérale de Somalie,
C’est avec grand plaisir que je vous accueille une nouvelle fois dans votre deuxième patrie, l’Égypte, pour une visite qui incarne la profondeur des liens fraternels qui unissent nos deux pays, enracinés dans une histoire, une religion et une culture communes, ainsi que dans des visions et des objectifs communs.
Cette visite reflète notre volonté mutuelle de continuer à faire progresser notre partenariat stratégique d’une manière qui serve les intérêts de nos deux peuples frères et contribue à soutenir les efforts de développement et à instaurer la stabilité en Somalie et dans la Corne de l’Afrique.
Mesdames et Messieurs,
Mes discussions d’aujourd’hui avec le président Hassan Sheikh Mohamud ont porté sur un dialogue approfondi sur un certain nombre de questions bilatérales et régionales d’intérêt commun, au premier rang desquelles figurent la sécurité et la situation politique dans la Corne de l’Afrique et la mer Rouge. Nous avons convenu de la nécessité d’intensifier la coopération afin d’assurer la stabilité de cette région vitale, qui a un impact direct sur la paix et la sécurité régionales et internationales.
Nous avons également examiné les moyens de renforcer nos relations bilatérales à la lumière de la déclaration politique commune signée en janvier dernier, qui vise à élever nos relations au rang de partenariat stratégique global. Nous avons convenu de l’importance de tirer parti de la dynamique actuelle et de prendre des mesures concrètes pour approfondir la coopération dans des domaines d’intérêt commun spécifiques, en particulier les domaines politique, économique, sécuritaire et militaire, tout en soulignant la nécessité de poursuivre la consultation et la coordination sur les questions connexes.
En ce qui concerne la coopération militaire et sécuritaire, nous avons réaffirmé notre engagement à poursuivre la coordination dans le cadre du protocole de coopération militaire signé en août 2024, afin de soutenir les capacités des cadres somaliens et de renforcer le rôle des institutions nationales dans le maintien de la sécurité et de la stabilité, la lutte contre les organisations terroristes et extrémistes, et permettre à l’État somalien d’étendre sa souveraineté et son contrôle sur l’ensemble de son territoire national.
Nous avons également abordé la participation militaire et policière de l’Égypte à la nouvelle mission de soutien et de stabilisation de l’Union africaine en Somalie, qui vise à aider les efforts nationaux pour rétablir la sécurité. Nous avons convenu de l’importance de la coordination avec les partenaires internationaux et de la responsabilité de la communauté internationale dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales en assurant un financement suffisant, durable et prévisible pour la mission, afin de lui permettre de s’acquitter efficacement de son mandat.
Dans ce contexte, je salue les efforts déployés par mon frère, le président Hassan Sheikh Mohamud, pour parvenir à un alignement national entre les différentes composantes de la société somalienne sur les questions urgentes auxquelles son pays est confronté, telles que la lutte contre le terrorisme, la préservation de l’unité de l’État et la mise en place de ses institutions. Je lui ai réaffirmé le soutien total de l’Égypte à tous les efforts visant à parvenir à un consensus national sur les questions politiques en Somalie, afin de renforcer la sécurité et de jeter les bases d’une stabilité et d’un développement durables dans le pays.
Mon frère, Monsieur le Président,
Au cours des derniers mois, nous avons pris ensemble des mesures sérieuses et claires pour consolider nos relations bilatérales et approfondir notre coordination dans divers domaines. Aujourd’hui, nous devons poursuivre cette approche, en élargissant et en renforçant notre coopération afin de répondre aux aspirations de nos deux peuples frères.
En conclusion, je vous souhaite une fois encore la bienvenue, mon frère, Monsieur le Président, ainsi qu’à votre délégation, en tant qu’invités d’honneur en Égypte. Je me réjouis de la poursuite de notre étroite coordination sur diverses questions prioritaires et de notre collaboration pour la sécurité et la stabilité de la Somalie, de la Corne de l’Afrique et de la région de la mer Rouge.
« Nous nous occuperons d’eux en bleu » : cette phrase simple et populaire résume parfaitement ce qui vient de se passer il y a quelques instants lors du sommet d’Alamein entre le président El-Sissi et son homologue somalien, Hassan Sheikh Mohamud.
Ce vieil adage se traduit aujourd’hui clairement et simplement dans les déclarations publiques et les discussions à huis clos entre l’Égypte et la Somalie.
Heureusement, le bleu est la couleur des eaux de la mer Rouge et du Nil, et il figure également sur les drapeaux de la Somalie et de Djibouti.
Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed imagine pouvoir faire pression sur l’Égypte au sujet du Nil en construisant le barrage de la Renaissance, tandis que l’Égypte le coupe de la mer Rouge.
Il n’y a pas de négociation ni de compromis possible lorsqu’il s’agit de la sécurité nationale de l’Égypte.
Quant à la question du barrage, elle semble réglée. Le plan alternatif peut être activé à tout moment. Nous avons déjà accordé à Addis-Abeba plus de temps, d’efforts, de patience et de bonne volonté que la situation ne le justifiait.
Nous disposons des fondements juridiques, internationaux, historiques et politiques qui nous donnent le droit de nous défendre et d’utiliser la force si la situation venait à s’aggraver.
Personne ne devrait en douter le moins du monde. Cependant, nous sommes une nation qui comprend la responsabilité qui accompagne le pouvoir et la capacité, et nous ne parlons jamais avec arrogance.
Nous allons donc les battre dans leur propre camp, dans les eaux qu’ils espéraient contrôler.