Human Village - information autrement
 
Entretien avec Pierre-André Wiltzer
par Mahdi A., mai 2009 (Human Village 6).
 

Excellence, en qualité d’ancien ministre de la Coopération française, pourriez-vous donner une appréciation quant à l’état des relations entre la France et la République de Djibouti à la suite de la mission que vous venez d’effectuer à Djibouti ?
Mon impression est très positive. Ces relations sont anciennes et solides, mais elles bénéficient actuellement d’une nouvelle dynamique, malgré les difficultés financières et économique que connait le monde. J’ai pu le constater au cours du forum économique qui s’est tenu à Djibouti les 14 et 15 mars [2009], et auquel participait une forte délégation des chefs d’entreprise français organisée par le MEDEF. Beaucoup d’entre eux n’avaient jamais eu l’occasion d’y venir. Ils sont tous été impressionnés par les équipements dont Djibouti est désormais doté, notamment le nouveau port de Doraleh, et par les perspectives qui s’offrent ici aux investisseurs en raison de la stabilité du pays et de son positionnement stratégique au carrefour des grands courants d’échange entre l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe. J’espère que cela se traduira bientôt par des décisions concrètes. Quant à la coopération publique, elle est très active. En tant que président du Conseil d’administration de l’Agence française de développement (AFD), j’ai prolongé mon séjour pour pouvoir faire le tour de tous les projets que nous finançons à Djibouti dans notre mission d’opérateur de la coopération française. Avec nos partenaires djiboutiens, j’ai pu constater sur le terrain que les opérations avancent bien.

Pourtant on peut lire dans la presse française que l’AFD a été touchée durement, dans une certaine mesure, par la crise financière et que son budget a été revu à la baisse. Des projets de coopération ont été annulés en Afrique de l’Ouest. Y a-t-il un risque que la convention signée entre la France et la République de Djibouti le jeudi 6 novembre 2008, relative à un don de 5,5 millions d’euros afin d’appuyer la politique nationale de lutte contre la pauvreté puisse être annulée, à la suite des soubresauts que connait votre Agence ?
Vous me donnez l’occasion de rétablir la vérité. Contrairement à ce qui a pu ce dire ici ou là, il n’y a pas eu d’annulation de projets programmés cette année, pas plus en Afrique de l’Ouest qu’ailleurs. Les opérations prévues seront réalisées. J’ajoute que l’AFD ne connait pas des « soubresauts » dans sa gestion. Son statut d’établissement public de l’État la met à l’abri des turbulences qui secouent les banques.
Les volumes des crédits accordés à l’Agence par l’État pour financer des subventions et des dons se situe au même niveau qu’en 2008. Quant aux prêts permettant de financer des grands projets d’infrastructures rentables à terme et de soutenir les initiatives du secteur privé, notre objectif est d’atteindre en 2009 un montant de 5,2 milliards d’euros (1 156 milliards de fdj) contre 4,2 milliards d’euros l’année dernière. En ce qui concerne l’application de la convention signée le 6 novembre 2008, qui porte sur la réalisation d’un projet d’aménagement urbain et de réhabilitation du quartier de Balbala à Djibouti, pour un montant de 5,5 millions d’euros (1,2 milliards de fdj), je vous rassure entièrement : ce projet va commencer très rapidement. Je suis d’ailleurs allé sur place avec le maire de Djibouti et les représentants des autorités djiboutiennes pour examiner, plans en mains, les conditions de réalisation de travaux.
Juste avant, j’avais visité les équipements réalisés dans le quartier de l’Union de PK12 et dialogué avec tous les responsables qui le font fonctionner ainsi qu’avec les représentants des habitants du quartier. À Balbala, nous allons réaliser une opération du même type, mais de plus grande ampleur, car la population qui vit dans ce secteur est beaucoup plus nombreuse qu’au PK12.
Vous voyez que nous somme loin de réduire nos activités, même si le contexte économique international est difficile pour tout le monde en ce moment.

La crise fait néanmoins redouter que l’aide des grands bailleurs de fonds, en particulier l’Union européennes, se réduise. Ne pensez-vous qu’il y a un risque de contradiction entre le discours prononcé par Nicolas Sarkozy au sommet de Doha, dans lequel il assure que la crise n’affectera nullement le soutien des pays de l’Union européenne à la lutte contre la pauvreté, et les dures réalités ?
Rien ne permet de dire que l’aide de l’Union européenne, à laquelle la France contribue d’ailleurs très fortement, va se réduire. Les crédits attribués au Fond européen de développement (FED) sont fixés pour une durée de cinq ans et les contributions financière des États membres le sont aussi. Ces engagements ne sont pas remis en discussion.
Personne n’ignore que tous les pays traversent en ce moment de sérieuses difficultés, qui entraînent chez chacun d’eux un ralentissement économique, des faillites d’entreprises, une forte aggravation du chômage et des problèmes sociaux. Mais, à mon avis, il serait moralement indéfendable et économiquement contreproductif de réduire l’aide au développement destinée à lutter contre la pauvreté, en particulier sur le continent africain. C’est pourquoi, malgré les circonstances, le président Nicolas Sarkozy et le gouvernement français sont résolus à maintenir les efforts de la France et à inciter nos partenaires européens, aussi bien que les institutions financières internationales, à faire de même.

Pourriez-vous nous indiquer les différentes actions entreprises par l’AFD en faveur de Djibouti ces dernières années ?
L’AFD intervient à Djibouti de différentes façon : d’abord avec des dons et des subventions, en utilisant les crédits que le gouvernement français lui confie pour cela. Ces crédits permettent de financer des opérations à caractère social. C’est le cas, par exemple, de l’aménagement urbain et de la réhabilitation de quartiers comme celui de l’Union au PK12, qui s’achève, et celui de Balbala, qui va débuter. Ces opérations s’intègrent dans le cadre de l’initiative nationale pour le développement social (INDS) lancée par le président Ismael Omar Guelleh et mis en œuvre par le gouvernement djiboutien.
L’AFD finance également les actions du ministre de l’Éducation nationale et de l’enseignement supérieur à travers plusieurs projets. L’un d’entre eux, axé prioritairement sur l’éducation fondamentale, a constitué à construire ou à remettre en état des écoles primaires dans les districts de Tadjourah et d’Obock, dans le cadre de programme adoptés par les autorités djiboutiennes en 2000 et 2005. J’ai été visité l’une de ces écoles dans le district de Tadjourah, ce qui m’a permis de dialoguer avec les autorités locales, les autorités traditionnelles, en particulier le sultan de Tadjourah, les enseignants et les parents d’élèves. J’ai constaté que ce projet donne toute satisfaction à tous mes interlocuteurs.
Enfin, toujours dans le secteur social, l’AFD finance un programme de santé publique qui comporte un important volet en matière de lutte contre le SIDA (prévention et traitement) et de prise en charge de la coinfection VIH/tuberculose. Il comporte par exemple la réhabilitation et l’équipement du centre Paul Faure à Djibouti. Là aussi, j’ai pu me rendre compte sur place que les travaux se poursuivent. En dehors de ces opérations financées sur dons, l’AFD intervient aussi avec des prêts et des garanties. Elle a ainsi accordé un prêt de 25 millions de dollars US (4,4 milliards de FDJ) à Djibouti-Telecom pour participer au financement du câble sous-marin Europe-India Gateaway (EIG) qui fera de Djibouti un pôle très important de redistribution de télécommunication à haut débit entre l’Asie, l’Afrique et l’Europe. La filiale de l’AFD spécialisée dans le financement des activités du secteur privé, Proparco, a aussi apporté une contribution financière à la réalisation du nouveau terminal de conteneur de Doraleh pour un montant de 23 millions de dollars US (4,1 milliards de FDJ). On peut également citer une garantie financière ARIZ apportée à la Banque Indosuez Mer-Rouge à Djibouti au profit d’une société de pêche, la Red Sea Fishing SARL, ou encore la garantie ARIZ accordée à la banque BCIMR, par une convention signée en ma présence entre cette banque et l’AFD le 18 mars, qui permettra, entre autres, de financer une usine d’embouteillage d’eau minérale. Vous voyez que les interventions de l’AFD sont nombreuses et diversifiées. Au total elles ont représenté en 2008 un montant global de 45,5 millions d’euros (10,1 milliards de FDJ). Ces financements de toutes natures ont contribué au développement économique et social de Djibouti, conformément à la mission confiée à l’AFD par le gouvernement français.

Comme vous l’avez dit, l’AFD, outre ses divers champs d’intervention pour appuyer des politiques gouvernementales de développement, dispose également, dans sa panoplie, d’instruments spécifiquement dédiés au soutien du secteur privé. Pourriez-vous nous indiquer de quelle manière votre filiale Proparco compte agir pour impulser le secteur privé en République de Djibouti ?
Je vous ai cité le premier financement sur prêt réalisé par Proparco à Djibouti en 2008, pour un montant de 23 millions de dollars US en faveur du Port de Doraleh.
D’autres projets sont à l’étude en 2009, en particulier dans le domaine de l’énergie. D’une manière générale, les activités de Proparco en faveur du développement du secteur privé vont s’accroitre pour soutenir, par des formules de prêts adaptées aux différents projets qui ce présenteront, les initiatives du secteur privé à Djibouti, qu’il soit nationale ou étranger. Nous savons en effet que le développement économique et social ne peut pas résulter seulement de l’aide publique mais qu’il doit s’appuyer sur un solide tissu d’entreprises locales dynamiques qui créent des emplois.

Enfin, que pouvez-vous nous dire à propos de deux grands projets qui conditionnent l’avenir de Djibouti : la réhabilitation du chemin de fer djibouto-éthiopien et le lancement de la phase 2 du port de Doraleh ?
En réalité, sur le plan économique, il y a un lien entre les deux projets, car l’existence d’une liaison ferroviaire moderne et sûre entre Addis-Abeba et Djibouti est une des conditions de succès du port de Doraleh. Ces deux opérations présentent, à mon avis, un intérêt majeur. Cela dit, s’agissant du chemin de fer de Djibouti-Éthiopie, il y a deux problèmes à résoudre. D’abord décider comment et par qui sera gérée cette ligne de chemin de fer. Ce choix relève exclusivement de la République de Djibouti et de l’Éthiopie. Une fois qu’une formule juridique aurait été choisie et qu’un gestionnaire aura été retenu, la seconde étape consistera à réunir les financements nécessaires pour réaliser les infrastructures.
Compte tenu de l’ampleur de dépenses, il faudra sûrement faire appel à plusieurs bailleurs de fonds. L’AFD sera naturellement prête à étudier un tel projet, qui est essentiel pour l’avenir économique de Djibouti. Il en sera de même pour la phase 2 du Port de Doraleh, puisque Proparco a déjà participé au financement de la phase 1. Mais avant de passer à la phase 2, il faut achever la phase 1 et lui laisser le temps d’atteindre son niveau de fonctionnement optimal.

Mahdi A.

 
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